Après la crise des dettes publiques, la crise des démocraties

par Henry Moreigne
mercredi 27 février 2013

L’Italie a beau être habituée aux tremblements de terre, les élections qui viennent de s’y dérouler constituent un séisme politique et institutionnel ressenti dans toute l’Europe. Elles signent l’échec d’une solution ahurissante qui consistait à confier, pour cause de crise économique, les clefs d’un pays à un chef de gouvernement choisi sur son seul profil technocratique. Elle confirme surtout le désarroi des peuples face à une austérité ressentie comme injuste et une colère grandissante à l’encontre d’une caste politique sans vision et souvent sans éthique.

Avec une Chambre des députés à gauche et un Sénat sans majorité, l’Italie, troisième puissance économique européenne, est désormais ingouvernable. Mais l’Italie comme l’écrit Marc Lazar, n'est pas pour autant une anomalie, pas plus que le fruit d'une sorte d'exotisme méditerranéen. Elle pourrait bien en revanche être le laboratoire politique de ce qui nous attend demain ici en France.

Le désespoir des électeurs italiens provient en grande partie du fait que Mario Monti, annoncé comme l’homme du redressement (super Mario) a, à leurs yeux, échoué. Il n'a rien réglé, ni la dette publique ni la reprise économique. Il a tout au plus vidé les portefeuilles de la classe moyenne et protégé les banques. Son seul crédit serait d’avoir amélioré l'image de l'Italie à Washington ou à Bruxelles. Une déception de plus, une déception de trop qui renforce la fracture entre popolo grasso et popolo minuto, entre aristocratie politique attachée à ses privilèges et classes moyennes condamnées au déclassement.

Il serait suicidaire de ne pas entendre cette colère populaire qui monte en Europe. Jean-Luc Mélenchon pour la campagne des présidentielles avait usé d’une violence verbale récurrente résumée dans son slogan "qu’ils s’en aillent tous". Non sans hasard, le mot d’ordre de Beppe Grillo (en photo), s'en approche : "a casa" (à la maison).

Autre point commun entre l’ancien comique italien et le leader du Front de Gauche, de très grands rassemblements populaires dans toutes les grandes villes du pays et des accusations contre les médias accusés d’être aux ordres du système ou des propriétaires privés (Berlusconi).

Grillo, a surtout su devenir avec son mouvement "MoVimento 5 Stelle" le porte-voix des sans nom qui rejettent une classe politique médiocre et corrompue ainsi qu’une Europe devenue carcan, accusée d’être la mère de tous les maux. Et il faut croire que la société Italienne va suffisamment mal pour accorder à une sorte de Coluche transalpin près de 9 millions de voix et 108 sièges de députés. Le problème n'est pourtant pas tant la multiplication de bouffons en Italie que dans le manque d'hommes d’État en Europe.

Ici en France, le fossé est énorme entre le candidat François et le président Hollande. Le premier avait intuitivement pris le pouls de l’opinion et répondu aux attentes en promettant simultanément une grande réforme fiscale, une république exemplaire, la mise au pas de la finance et une réorientation de la construction européenne.

Le second a sombré dans ce qu’Edwy Plenel décrit comme un "étrange renoncement" en référence à l’étrange défaite de 1940 décryptée par l’historien Marc Bloch. Le fondateur de Mediapart stigmatise une gouvernance qui, sous prétexte de pragmatisme, pratique les adaptations successives. Attention prévient-il, "Le désastre social de 2013 appelle une sanction électorale en 2014".

Les augures romains ont parlé. Le président Français saura-t-il les entendre, voir plus loin, plus haut et plus large ? Trois enjeux cruciaux sont devant lui. Positionner la France et l’Europe face aux grands enjeux internationaux, offrir des clés de compréhension du monde et des politiques menées, et enfin, répondre à un besoin de signifiance. Autrement dit, donner du sens au collectif mais aussi conforter le sentiment d’appartenance à un territoire et à une république restaurée.

A commencer très concrètement par le dépoussiérage de notre démocratie. Rien ne serait pire qu’un Acte III de la décentralisation sans souffle et sans ambitions qui apparaîtrait comme un simple marchandage de pouvoirs entre les différentes strates d’élus. C’est d’une révolution institutionnelle dont la France à besoin. Un grand chambardement qui mette un terme à la concentration des pouvoirs à Élysée d’une part mais aussi à une caste d’élus devenus quasi-inamovibles dans les faits par le biais du cumul des mandats.

Ségolène Royal a eu tort d’avoir raison trop tôt. Le temps de la démocratie participative et du renouvellement des pratiques et des élus est venu. Le temps de l’audace, tout simplement.

Crédit photo : Niccolò Caranti


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