Arnaud Montebourde
par LM
vendredi 19 janvier 2007
Le cirque Royal commence par le spectacle du clown, avec le nez rouge pour le porte-parole. Problème : Marie-Ségolène n’est pas du genre à payer sa tournée.
Le PS ou le PSG ? A voir les champignons magiques qui parsèment la campagne de Mme Ségolène depuis quelques jours, on peut se poser la question. Yannick Noah ne serait-il pas le bienvenu au QG de campagne de la Poitevine vertueuse, pour remettre un peu d’ordre et de notion de sacrifice dans la tête des équipiers socialistes ? Guy Lacombe, récemment limogé, pourrait éventuellement remplacer ce pauvre Arnaud de Montebourg, exclu « un mois » par sa cheftaine pour non-respect de « l’ordre juste ». Pas de brebis égarée chez les socialistes, s’il vous plaît. On est prié de rester dans le rang, et si possible, de ne pas se laisser aller à quelque plaisanterie que ce soit, surtout quand il s’agit de dénigrer le compagnon de la reine des roses. Le « défaut de Ségolène » était bien prêt à passer l’éponge, lui qui n’est pas plus dépourvu de rondeurs que d’humour, mais « madame », elle, ne passera ni éponge ni écart de langage, tout sera sanctionné, sans délai, sans appel. Exit, donc, Montebourg, porte-parole aux dizaines de surnoms, dont celui de « Montebourde », une spécialité, peut-être.
Il est sympathique pourtant, ce Montebourg, un des rares hommes politiques à s’intéresser par exemple aux flux financiers, aux paradis fiscaux, aux manipulations en tout genre, aux financements occultes des partis politiques. Un des rares dernièrement à soutenir publiquement l’action, ou le combat, comme on voudra, de Denis Robert, là où Hollande, lui, on le sait, a plutôt eu tendance à vouloir gommer l’affaire Clearstream, comme on néglige un fait divers. Parfois agaçant, parfois chevalier blanc, Montebourg défend en tout cas certaines valeurs essentielles sans lesquelles aucune politique n’est envisageable, sinon celle qu’on nous sert et qu’on nous vend depuis trente ans, c’est-à-dire une politique assise entre le mensonge et l’arnaque.
Oui, mais voilà, ce Montebourg-là, inventeur de la VIe république et depuis quelques mois bodyguard de Ségolène Royal, s’est cru autorisé, avant-hier, à tenter une vanne sur sa favorite en raillant son compagnon. Pas de quoi fouetter un âne, fût-il du Poitou, mais la dame n’a pas du tout apprécié
. « Carton jaune », a sifflé Ségolène, ajoutant que son rôle est de remettre de l’ordre (juste, cela va de soi) dans la maison quand les enfants chahutent. Carton jaune, donc, le sifflet coupé pour le porte-parole, et une nouvelle rocambolesque pantalonnade pour la campagne socialiste qui décidément n’en finit plus de dérailler.
Un petit jeu : qui a dit : « C’est une connerie, une faute qui peut plomber la campagne ! »... Réponse : Ségolène Royal. A propos de quoi ? Montebourg ? La bravitude ? La justice chinoise « plus rapide qu’en France » ? Du tout : c’était adressé au « seul défaut » de Ségolène Royal, François Hollande, à propos de sa déclaration, « au nom du projet socialiste », sur une éventuelle hausse des prélèvements à venir. C’était deux jours avant la bourde d’Arnaud ; du coup peut-être que ce dernier s’est vu encourager dans sa vanne en écoutant ces propos-là ? Peut-être le porte-parole n’a-t-il fait que rapporter, justement, la parole de Royal... Qui sait ce qui se passe dans la tête d’un porte-parole ?
En tout cas, à droite on se gausse de ce « crash », cette « sortie de route », Sarkozy lui-même en reste bouche bée, et la gauche est emm... Ca ne se passe décidément pas du tout comme c’était prévu. Le Royal circus a démarré son spectacle par des numéros de clowns, rien ne dit que la suite sera moins drôle, peut-être quelques savants numéros d’éléphants, qu’on devine en train de barrir de plaisir en attendant les fauves, ou un numéro d’équilibriste poitevin, ce qu’on appelle un programme, dans votre ville, dès le 11 février, place du marché. Entrée gratuite pour les enfants.