Bachar, mon ami

par Babord toute
mardi 1er octobre 2013

Les révolutions arabes ont fait jaillir à la lumière du jour les compromissions entre des hommes politiques français et les pires dictateurs. De droite comme de gauche, les dictateurs ont bénéficié des soutiens actifs de politiciens français. Et le conflit récent en Syrie ne déroge pas à la règle.

Sous le précédent gouvernement on apprenait que François Fillon bénéficiait à titre privé des largesses d'Hosni Moubarak (Voir article du Figaro).
L'histoire se déroulait peu de temps après que Michèle Alliot-Marie se soit fait chopper à bénéficier de celles de proches de Ben Ali. (Voir article du Figaro)
Nicolas Sarkozy, magnanime comme seuls les grands princes savent l'être, pardonna aux deux imprudents. (Voir article du Figaro)

Je cite l'article :

"Pas un centime d'argent public n'a été détourné, pas un seul", a souligné le chef de l'Etat. "La politique étrangère de la France n'a été impactée ni par le déplacement en Tunisie ni par le déplacement en Egypte."
"Il n'y a là qu'une attitude courante qui a été développée des dizaines et des dizaines de fois par les responsables politiques", a-t-il ajouté.

La bonne excuse !

Par la suite, c'est Nicolas Sarkozy lui-même qui s'est vu soupçonné d'avoir bénéficié d'un coup de main financier de Kadhafi. (Voir l'enquête de Mediapart).


Plus récemment, c'est Claude Guéant qui se voit suspecté d'avoir touché de l'argent des libyens. (Voir article des Inrocks). Ce dernier a démenti

Des faits qui ne sont pas à l'honneur du gouvernement précédent.

Nouvelle majorité, nouvelles pratiques ?

Depuis, c'est la Syrie qui s'est embrasée. La guerre civile fait rage. On dénombre près de 40 000 victimes. Son président, Bachar el-Assad est accusé d'avoir tué des centaines de personnes le 21 août 2013 à Moadamiyat al-Cham et dans la Ghouta orientale, deux régions contrôlées par les rebelles à l'ouest et à l'est de Damas, en ayant recours à des gaz toxiques. (Lire l'article du Huffington Post)

Combien de dictateurs a-t-on laissé agir en justifiant notre lâcheté par la non-ingérence dans les affaires d'autrui ? François Hollande s'est engagé sur une piste politique dangereuse mais courageuse en condamnant ouvertement le régime de Bachar el-Assad et en mêlant les actes aux paroles.

Des parlementaires socialistes et écologistes, conduits par le député PS Philippe Baumel ont insisté pour que la France apporte une aide militaire à la rébellion syrienne, « dans un cadre contrôlé » et « élargi avec un ensemble de pays », conformément à la politique de Hollande.

« La perspective d’un contrôle international de ses armes chimiques est une avancée importante, mais elle ne doit pas nous faire oublier que la guerre fait rage en Syrie (...) Pour éviter que la Syrie ne s’enfonce dans un tête-à-tête entre un régime sanguinaire et une nébuleuse djihadiste, la France prône la seule option décente : le renforcement de l’opposition démocratique (...) Nous appelons à poursuivre et approfondir cette stratégie de soutien pour rendre enfin possible une solution politique », écrit M. Baumel. (Voir l'article de Libération)

Et voici qu'un député PS, Gérard Bapt, président du groupe d’amitié France-Syrie à l’Assemblée nationale (Voir le site de l'Assemblée Nationale), traditionnellement proche du régime de Bachar el-Assad, prend position en faveur du dictateur !!! Et une prise position musclée de surcroît ! (Voir France 3).

Brandissant le spectre d'une menace islamiste, Gérard Bapt s'est déclaré "en désaccord avec l'option de livraison d'armes à l'ASL".

En Septembre 2011, il déclarait : "Une intervention militaire est exclue". Depuis, acculé par les massacres récents, il a du revoir légèrement sa position et déclara tièdement qu'il faut "action doit être ciblée, rapide et sans perte civiles". Au moins il ne prend pas de risque. Et sous la pression américaine de rajouter : "Le débat de la responsabilité est derrière nous. Si le congrès américain accepte de suivre Barack Obama, je vois mal comment la France pourrait se dédire d’une intervention militaire. Bien entendu, il faut que cela reste une intervention d’avertissement, pas une guerre pour faire tomber le régime." ( Lire l'article de Carré d'info)

Surtout ne pas faire tomber le régime et maintenir l'ami Bachar el-Assad !

Et d'ajouter enfin : "nous, députés, avons écrit à Bachar El-Assad pour exprimer notre désaccord notamment concernant les heurts avec la population civile. Nous n’avons reçu aucune réponse."

Entre un risque de menace islamiste d'un côté et les dizaines de milliers de morts de l'autre, la position de ce député est surprenante. Les centaines de personnes, femmes, enfants, qui se sont faites exterminer à Moadamiyat al-Cham n'auraient-elles pas souhaité bénéficier d'un support armé pour résister dignement avant de mourir ?

Dans combien de conflits la France s'est-elle contenté de se trouver des excuses pour ne pas intervenir ? Que ce soit en Afrique, sur son propre territoire, et à présent en Syrie, les dictateurs ont toujours pu compter sur l'aide active de quelques politiciens français pour prôner l'attente et la passivité face à leurs exactions.


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