Bienvenue en technocratie

par B.D.
samedi 5 avril 2014

Il serait temps que tous les commentateurs, professionnels ou amateurs, prennent conscience que nous vivons dans une démocratie de façade, et cela depuis plusieurs décennies. 

On peut le déplorer, mais aussi s'en réjouir. C'est une question de point de vue. 

J'entame ici le premier article d'une longue série consacrée à la technoscience et aux nouvelles technocraties, dont fait partie la France.

Mes propos sont d'une telle évidence, que je songe à la lettre volée d'Edagr Allan Poe. Quelle est le facteur déterminant des sociétés dites modernes ? Les institutions, la politique, la morale, l'économie... Non, non, non et encore non. 

Ce facteur déterminant, c'est tout simplement la technoscience. Penser cette technoscience, c'est penser le rouage essentiel qui gouverne le monde. Bien sûr, je ne dis pas que le reste est inutile ou dérisoire, j'affirme qu'il est secondaire par rapport à la technoscience. 

Hors, nous arrivons à un incroyable paradoxe : qui pense cette technoscience ? En somme, qui se revendique technologue ? Dans les médias de masse ( merci la technoscience ), je lis partout, j'entends partout parler de technologie... Quelle confusion ! Ils parlent de techniques, et non de technologie qui est un discours sur la technique. A de très rares exceptions, c'est toujours un discours promotionnel, béat ou vaguement inquiet, et qui repose sur l'absurdité suivante : " la technique n'est ni bonne ni mauvaise, c'est selon l'usage que l'homme en fait". 

Si je devais qualifier en un mot la civilisation humaine , que dirais-je ? C'est une civilisation technicienne. La technique fait l'unanimité, et le fameux " on arrête pas le progrès " fait office de programme. Enfin, non, il y a des exceptions qui retiennent mon attention, comme les lois bioéthiques ou l'exploitation des gaz de schistes. 

Dans un monde technicien, la politique n'a plus sa fonction ancestrale, car elle est subordonnée aux experts. Le remarquable Zemmour, qui sent bien que le monde politique n'est plus qu'un monde de représentation, n'englobe malheureusement pas dans sa réflexion la suprématie technicienne et son impact déterminant sur le plan anthropologique. La globalisation, la mondialisation, l'importance de la com, découle inévitablement de la technoscience. La finance folle, certes... surtout depuis l'essor de l'informatique. 

Un pays dit moderne n'est pas un pays riche, c'est un pays à la pointe du développement technique, et la domination d'une nation sur les autres s'exerce avant tout par la technique : Hitler l'avait compris, et l'Allemagne est devenue un temps la nation la plus technicienne du monde. 

Mais s'arrêter aux objets techniques serait le signe d'une forte myopie : l'homme fabrique un monde qui le fabrique. Comment imaginez que le monde politique ne soit pas peuplé de techniciens plongés dans des diagrammes et autres pourcentages ? N'est-ce pas d'ailleurs ce que réclament en priorité mes concitoyens : avoir à la tête de l'Etat des gestionnaires efficaces ? 

Etre moderne, c'est être technocrate. 

 


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