Campagne de Pécresse : la duplicité de Sarkozy

par Fergus
mercredi 16 février 2022

Nicolas Sarkozy apportera-t-il son soutien à Valérie Pécresse ? Rien n’est moins sûr. Et la calamiteuse prestation de la candidate Les Républicains en meeting au Zénith de Paris le dimanche 13 février n’est pas de nature à encourager l’ex-président à sortir de sa zone de confort...

Certes, Pécresse a rencontré Sarkozy le vendredi 11 février, mais à sa demande formulée quelques jours plus tôt, sans avoir été invitée par l’ex-président. Comme l’on pouvait s’y attendre, la candidate LR s’est, à l’issue de l’entretien, déclarée « très heureuse » d’avoir échangé avec l’ancien chef de l’État lors d’« une conversation franche et affectueuse » pour reprendre les mots convenus qu’elle a prononcés en affichant pour les médias une mine confiante de circonstance. Mais, à sa grande déception, aucun soutien n’est venu couronner ce « moment de famille » dont il est évident que Pécresse attendait plus. Pas même une photo qu’elle aurait pu tweeter et exposer en bonne place deux jours plus tard lors de son meeting parisien.

Nul doute que la candidate LR, en panne dans les enquêtes d’intentions de vote, a pris sur elle en sollicitant cet entretien. Impossible en effet pour elle d’oublier que la veille, le jeudi 10 février, Le Figaro rapportait dans ses colonnes les propos peu amènes de Sarkozy à son endroit. Pécresse était décrite par l’ex-président comme une « pimbêche » incapable d’imposer sa candidature dans la campagne. « Elle est inexistante », assénait même l’ancien chef de l’État dans le média conservateur. Il est vrai qu’en politique la vérité d’un jour est rarement celle du lendemain. De là à obtenir de Sarkozy qu’il affiche publiquement son soutien, il y avait un pas infranchissable. Mais peut-être l’ex-petite fille de Neuilly croit-elle encore au Père Noël ?

Pourquoi Sarkozy freine-t-il des quatre fers pour soutenir la candidate de son parti ? Au-delà de la médiocrité de Pécresse – très largement mise en évidence au Zénith, tant sur la forme que sur le fond* –, la réponse est on ne peut plus claire : l’ancien chef de l’État n’entend pas renoncer à son statut de « commandeur » de la droite républicaine qu’une présidence LR en 2022 risquerait de ranger dans la naphtaline. En 2017 déjà, Fillon avait contacté Sarkozy peu avant le grand meeting du 5 mars au Trocadéro pour lui annoncer que, plombé par le Penelopegate, il envisageait de jeter l’éponge. Non seulement Sarkozy n’avait pas « débranché » Fillon, mais il l’avait encouragé à poursuivre sa campagne en sachant pertinemment que son ex-Premier ministre allait au casse-pipe électoral.

Sarkozy verrait en outre d’un mauvais œil un nouvel ex-président – Macron en cas de défaite – venir piétiner ses plates-bandes. Or, il se trouve que l’actuel chef de l’État se montre plutôt courtois avec l’époux de Carla Bruni. Et lui au moins ne recycle pas le « Kärcher » pour lutter contre la délinquance et le « travailler plus pour gagner plus » que Pécresse s’est approprié sans vergogne et sans lui en demander l’autorisation préalable, ce que l’ancien président, d’un naturel chatouilleux, n’a paraît-il pas apprécié. Ajoutons à cela que Sarkozy, sous la menace d’un bracelet électronique**, a peu goûté la tirade de Pécresse sur les délinquants laissés libres avec cet accessoire : « C’est un signe d’impunité terrible ! » avait-t-elle dit le 9 septembre sur l’antenne d’Europe 1.

Wait and see, tel est la règle qui guide actuellement le positionnement de Sarkozy. Lui si friand de sondages doit évidemment les scruter avec beaucoup d’attention afin de voir comment vont évoluer dans les prochaines semaines les scores de Pécresse, Le Pen et Zemmour. Que la candidate LR soit en position de se qualifier pour le 2e tour, et il ne fait aucun doute que, même tardivement et sans enthousiasme apparent, Sarkozy lui apportera son soutien. Si en revanche Pécresse semble vouée à une 3e ou 4e place non qualificative, Sarkozy n’aura aucun état d’âme : non seulement il se lavera les mains de la défaite annoncée, mais il pourrait bien porter le coup de grâce en affichant ostensiblement le respect qu’il porte à Macron, au risque de précipiter l’explosion de LR cinq ans après celle du PS.

Dépassée par Zemmour dans les derniers sondages, Pécresse, plombée par ses propres insuffisances mais aussi par la ligne ultradroitière imposée par Ciotti au lendemain de la primaire LR, traverse incontestablement une mauvaise passe qui risque fort d’induire une dynamique négative. Et ce ne sont pas la récente défection de Woerth et la tentation de départ de quelques autres personnalités et élus républicains vers la majorité présidentielle qui sont de nature à remonter le moral de la Versaillaise. Certes, la candidate LR a reçu cette semaine le soutien du très hautain et très compassé Balladur – 93 ans au muguet – mais, sans faire injure à cet ancien Premier ministre du siècle dernier, force est de constater que ce has been, inconnu des jeunes générations, ne pèse plus d’aucun poids politique.

Avec pour ne rien arranger un directeur de campagne – le dénommé Stéphanini, naguère au service de Fillon – flingué de tous les côtés, l’avenir de Pécresse s’annonce peu radieux. Et en l’état actuel du panorama électoral, on voit mal Sarkozy se mouiller pour une candidate LR en difficulté, lui qui, durant toute sa carrière, a toujours en priorité mis son énergie au service de ses intérêts personnels. Dès lors, il serait naïf de penser qu’il puisse en aller autrement dans le contexte de cette campagne présidentielle si mal engagée du côté de LR. Qu’à cela ne tienne, Pécresse fait peut-être sienne la célèbre parole de Coubertin : « L’essentiel, c’est de participer ». C’est peut-être tout ce qui lui reste. Mais cela n’empêche ni de prendre des coups ni d’avaler des couleuvres.

Aux dernières nouvelles, échaudée par les retombées négatives de sa prestation dans son propre camp, Valérie Pécresse aurait renoncé à organiser un autre grand meeting.

** Le 1er octobre 2020, Nicolas Sarkozy a été condamné pour « financement illégal de campagne électorale » à un an de prison ferme, exécutable sous la forme d’une « détention à domicile sous surveillance électronique ».


Lire l'article complet, et les commentaires