Comment la France se mit à déraper…

par Pelletier Jean
mercredi 25 septembre 2013

La volte-face de François Fillon vis-à-vis du Front National et surtout à l’égard des propos d’extrême droite a bel et bien ouvert en grand les vannes à un déferlement de haine et de violence à droite, qui n’est pas sans rappeler les années 1936. Sa responsabilité, comme celle de Nicolas Sarkozy qui tout au long de sa campagne a ouvert largement le bal aux idées fascistes, est belle et bien engagée. Les propos de M. Eric Doligé, sénateur UMP sont, hélas, là pour en témoigner.

D’abord qui est M. Doligé, pour situer la hauteur de sa responsabilité ? Un militant surexcité, ayant abusé de la boisson au fond d’une salle surchauffée ? Non, c’est un notable bien installé et cumulard, comme il se doit. Né en 1943, il est entré dans sa 70ième année, il siège au Sénat depuis 2001 et préside le Conseil général du Loiret depuis 1994. Bien occupé, il est préside aussi l’Etablissement Public Loire, de même celui du conseil d’administration, du service départemental d’incendie et de secours du Loiret.

Nous n’avons donc pas à faire à n’importe qui. Est-ce son expérience d’élu au service de la prévention des incendies qui l’a poussé à mettre le feu aux poudres ? Pourtant son expérience de chef d’entreprise et de président du CEPRI, centre européen de prévention des risques d’inondation aurait dû le rendre prudent, en maniant l’eau contre le feu.

Ses propos ont été enregistrés et sont donc vérifiables. Il a déclaré, hier, au cours des journées parlementaires de l’UMP qui se sont tenues à l’Assemblée nationale :

 « Moi je dois vous dire que j'ai un instinct meurtrier en ce moment. Je suis comme la plupart des citoyens, moi je ne supporte plus Hollande et sa bande !.... Mais il faudrait qu'on évite de se tirer dessus entre nous et qu'on fasse tout pour tirer plutôt... enfin moi j'ai une liste de gens que je peux vous donner, sur qui il faut tirer, hein. Il y en a une quarantaine, c'est tous ceux du gouvernement. »

Circonstance aggravante, le propos n’a suscité aucun recul, aucune indignation dans l’assemblée des élus UMP, pire le sinistre maire de Marseille Jean-Claude Gaudin a cru faire un bon mot en rajoutant : « Je peux donner les kalachnikovs ! ».

Malgré la gravité des propos, tenus par un parlementaire de la Haute Chambre, on aurait pu s’attendre à un recul, à défaut d’excuses. Nenni, ce fût pire. C’est à son journal régional, La République du centre qu’il a déclaré ne pas renier ses propos.

Nous en sommes donc là… Tristement là. Alors que l’UMP et le PS pourraient débattre de leurs propres orientations politiques et souligner leur différence, apporter leurs arguments, critiquer le gouvernement, c’est à un appel au meurtre, dirigé principalement contre le chef de l’Etat, que nous assistons ! Les mots, la syntaxe, le ton … je peux donner une liste de gens sur qui il faut tirer… une quarantaine… rappelle une sinistre époque que l’on croyait révolue. Même au front national on n’a jamais osé appeler à l’assassinat du chef de l’Etat.

Le plus triste, c’est que j’ai beau observer autour de moi… je ne vois nulle colère, aucun démenti, une atonie des médias… seuls bien sûr les députés PS s’insurgent. L’indifférence et l’appel à la délation et au meurtre sont les ingrédients d’une aube aux couleurs de crépuscule, sombre jusqu’à en être noire et tachée de sang.

Pour finir, bien qu’hélas inaudible, je rappellerai la mise en garde du PS, ou du moins d’une partie du PS, son aile gauche dite la gauche Forte : « "Les Français ont élu François Hollande président de la République, les parlementaires UMP se doivent de respecter ce choix. (...) Les élus républicains, dans l'opposition ou non, se doivent de respecter les institutions garantes de leur propre légitimité. La Gauche forte attend de la part de l'UMP une réponse ferme et proportionnée à la gravité de la situation qui doit être l'exclusion d'Eric Doligé et de Jean-Claude Gaudin du parti ».

A cette heure… silence radio, aussi attendons nous en pire dans une société qui tolère cela.

 


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