Comment Manuel Valls est devenu Premier ministre

par Pelletier Jean
jeudi 3 avril 2014

La composition du gouvernement, si celle-ci s’est faite essentiellement sous l’autorité du Président de la république, qui a placé « ses hommes » à presque tous les ministères régaliens, porte néanmoins la marque de Manuel Valls. Il avait dit aux représentants d’EELV, lors des tractations, que s’ils refusaient d’entrer au gouvernement il ne ferait pas appel à des personnalités écologistes. C’est, sans conteste, la marque d’une conception de la politique qui préfère les lignes droites aux méandres et aux courbes.

Pour autant, il sait aussi louvoyer et mener sa barque à bon port. Anticipant le poids qu’Hollande mettrait dans la répartition des ministères, il a préparé très tôt le terrain, en rencontrant dès samedi les deux poids lourds de la gauche du PS que sont Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Ils sortent d’ailleurs gagnants et renforcés dans leurs prérogatives ministérielles, Hamon décroche le ministère de l’Education nationale, des universités et de la recherche, Montebourg celui de l’Economie. Le fait que Benoît Hamon est un ancien rocardien a facilité le rapprochement, l’ambition de Montebourg a fait le reste.

De la même manière, il avait su se mettre dans la poche Jean-Yves Le Drian, à tel point que ce dernier refuse le poste de Premier ministre et propose à François Hollande de nommer plutôt Manuel Valls. Il met de la même manière dans son camps, deux protégées du Président de la république Aurèlie Filippetti et Najat Vallaud-Belkasem, qui en œuvrant pour sa nomination se sont assurées, pour l’une son maintien au Ministère de la culture et de la communication, ce qui était loin d’être acquis, et pour l’autre une belle promotion comme Ministre Des droits de la femme, de la ville, de la jeunesse et des sports.

En fin connaisseur du Parti socialiste, il a su accompagner le subtil dosage des courants qui est la marque de fabrique de François Hollande. Le seul qui pourrait se plaindre est celui de Martine Aubry, laquelle n’a plus que Marylise Lebranchu pour la représenter dans ce gouvernement et reste, à 64 ans, barricadée et isolée dan son fief de Lille.

Celui, qui s’est trouvé juste derrière Ségolène Royal à la primaire des présidentielle avec 6 %, a réussi l’exploit de décrocher la timbale : l’Hôtel Matignon. Il a donc franchi une étape de taille dans sa course à l’Élysée, ce dont il ne s’est jamais caché. François Hollande, qui a été d’une certaine manière contraint dans ce choix, devra veiller au grain, s’il ne veut pas se retrouver dépassé par ce poulain de course à l’échéance de 2017. En même temps en se l’associant pour le reste du quinquennat, il le condamne à son échec ou à son succès. La partie sera donc serrée pour les deux hommes. En cas d’échec, il sera difficile à Manuel Valls d’apparaître comme l’alternative à Hollande, en cas de succès il aura les mains liées.


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