De la signification antipatriotique du vote FN – par Georges Gastaud
par PRCF
vendredi 27 mars 2015
Beaucoup d’électeurs issus du monde ouvrier ont, hélas, voté pour le « rassemblement bleu marine » ce 22 mars. Certains d’entre eux, hélas, sont depuis longtemps gagnés par la haine de l’autre, de l’ouvrier étranger, du chômeur prétendument « assisté », du fonctionnaire « planqué », du syndicaliste « rouge »… Ainsi va la crise systémique du capitalisme qui, chômage et précarité de masse aidant, tend à opposer entre eux des hommes que tout devrait unir.
Cependant le phénomène nouveau et très inquiétant, c’est que nombre de travailleurs qui ne sont pas (encore ?) spécialement racistes, croient sincèrement émettre un vote patriotique, voire un vote de classe « antisystème » en soutenant le FN.
Les dirigeants de l’UMP et du PS qui, meutes de journalistes branchées à l’appui, font doctement la leçon aux électeurs ouvriers du FN, sont alors fort mal placés pour poser au « défenseur de la démocratie » : comment en effet les dirigeants du Parti Maastrichtien Unique (PS, UDI, UMP) qui désossent la France, son industrie, sa langue, ses services publics, ses acquis sociaux, pour installer l’U.E. atlantique du capital seraient-ils qualifiés pour décerner des brevets « républicains », eux qui obtempèrent aux moindres commandes du MEDEF, de Bruxelles ou de Washington visant à aligner notre pays sur le contre-modèle anglo-saxon ?
UN VOTE FN OBJECTIVEMENT AUSSI ANTINATIONAL QU’ANTIOUVRIER
Contre votre classe car celle-ci ne peut peser socialement que lorsqu’elle s’unit dans la lutte FACE A LA CLASSE CAPITALISTE plus arrogante que jamais. Or le FN passe son temps à opposer les travailleurs selon leur origine et leur religion, à fustiger les grévistes et la CGT, à vomir les communistes – qui, grâce au Front populaire et aux luttes antifascistes de la Résistance, ont apporté au peuple français la Sécu, les retraites par répartition, le Code du travail, les statuts publics, les conventions salariales collectives, la nationalisation d’EDF et de Renault…
Contre la France également. D’abord en effet, il est faux que le FN veuille sortir notre pays de l’euro et de l’UE. Sortir de l’UE, il n’en est pas question sur le site national du FN. Quant à la sortie de l’euro revendiquée par le FN en fonction du public auquel il s’adresse, elle relève de la pub mensongère : sur son site, le FN ne parle en effet que de « sortie concertée de la zone euro » ; en clair, une France « bleue marine » ne sortirait de l’euro que si les 18 pays membres de l’euro-zone, RFA en tête, décidaient à l’unanimité de revenir aux monnaies nationales ! Comme on dit, « c’est pas demain la veille » donc, que la France sortirait de la funeste monnaie unique, donc qu’elle se dégagerait des diktats de Bruxelles, de Berlin et de leurs complices du CAC-40, qu’elle romprait avec l’euro-austérité à perpète et qu’elle stopperait les privatisations et les délocalisations permises par le Traité de Maastricht (selon lequel « l’UE est une économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée »). DANS LE CADRE DE L’U.E. ET DE L’EURO, LES PROMESSES DE NATIONALISATION, DE « PROTECTIONNISME INTELLIGENT » et de « REINDUSTRIALISATION » prodiguées par Marine Le Pen sont du PIPEAU, exactement comme le sont les promesses d’ « Europe sociale » que dispensent, avec de moins en moins d’écoute, le PS et ses flancs-gardes de la fausse « gauche radicale ».
LA VERITABLE ATTITUDE DE L’UM’ PEN SUR L’EUROPE, OU l’EURO COMME « MONNAIE d’ECHANGE » POLITIQUE
LE F.N. COMPLICE DU TOUT-ANGLAIS IMPERIAL
Pour mieux s’en convaincre, il suffit d’observer l’attitude du FN sur les questions linguistiques. Superficiellement, le FN semble opposé à la scandaleuse politique d’arrachage linguistique que l’UE, le MEDEF et leurs amis « bobos » font subir à la langue française au profit du tout-globish. Mais dans les faits, le FN se garde de heurter le puissant groupe de pression des angliciseurs du MEDEF, de Bruxelles et de l’UMPS. Pire, au moment des européennes, on a vu Marion Maréchal (nous voilà) Le Pen s’afficher en Belgique avec le fascisant Vlaams Belang, ex-Vlaams Blok, qui persécute les francophones en Flandre et qui rêve de rattacher Lille et Dunkerque à une future Flandre indépendante… Et la première intervention de Marion Maréchal nous voilà ? Le Pen, à la tribune du Parlement, aura été pour demander que les maigres crédits alloués à l’Education nationale pour faire cours en arabe à quelques centaines d’enfants primo-arrivants soient réaffectés… non pas pour renforcer l’enseignement si mal loti du français, mais pour habituer les petits Français à l’anglais dès leur plus jeune âge. En réalité, de la langue française, « langue de la République » et ciment de la Francophonie internationale, le FN s’en contrefiche…
« P.M.U. »ET U.M.’PEN, DEUX MANIERES DE METTRE LE POINT FINAL À L’HISTOIRE DE FRANCE…
La seule chose qui arriverait sans doute, si Marine Le Pen devenait chef de l’Etat, c’est qu’aussitôt, les heurts intercommunautaires éclateraient opportunément dans le pays (et s’ils n’éclataient pas « spontanément », qui doute qu’on les susciterait un petit peu en sous-main ?) ; ce serait aussitôt le choc… frontal entre la jeunesse antifasciste et l’appareil d’Etat déjà en voie de fascisation (tant les lois « sécuritaires » liberticides se succèdent de Sarkozy à Valls). La France des Lumières, de 1789, de 36 et de 45 donnerait au monde le spectacle déshonorant de sa fascisation et de ses guerres civiles et interreligieuses larvées : ce serait de fait la mort et le discrédit mondial de l’héritage humaniste issu de l’Edit de Nantes (qui mit fin aux guerres de religion), de la laïcité républicaine à la Jaurès, du droit de grève dans les services publics……
ET D’ENTERRER LE CNR ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE !
Bref, la France et sa classe travailleuse ont raison de retirer leur soutien aux partis maastrichtiens qui dissimulent l’euro-dissolution de la France et de ses acquis derrière un discours pseudo-républicain. Mais la tentation vertigineuse de s’abandonner aux héritiers de Versailles, de Vichy et de l’OAS pour redresser le pays n’est qu’une autre forme de suicide républicain : il s’agirait alors de remplacer la mort lente de l’UMPS par la mort violente et déshonorante de l’UM’ Pen : quelle aubaine pour l’oligarchie mondiale qui, 25 ans après la contre-révolution anticommuniste à Moscou, pourrait danser sur le cadavre de la Révolution française et du CNR reniés et salis par les descendants des Sans Culottes !
PRIORITÉ AUX LUTTES ! SORTIR DE L’U.E. ATLANTIQUE PAR LA PORTE À GAUCHE !
Georges Gastaud
Georges Gastaud, philosophe, syndicaliste et militant communiste et antifasciste est le secrétaire national du PRCF. www.initiative-communiste.fr
Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Marxisme et Universalisme, classes, nations, humanités qui vient de paraître aux Editions Delga