Emmanuel Macron fait ce que Sarkozy n’avait pas osť faire !

par Laurent Herblay
mercredi 22 octobre 2014

Dans quelques années, quand on prendra un peu plus de recul sur ce qu’il se passe, on regardera sans doute avec étonnement cette majorité prétenduement de gauche, qui parie son mandat sur la libéralisation de l’économie, après 10 ans de pouvoir de droite  !

Je libéralise, tu libéralises, il libéralise, nous libéralisons
 
Il est tout de même effarant que les médias ne notent pas davantage l’effarant paradoxe qu’il y a à ce qu’une majorité dite de gauche ponde une loi de libéralisation de l’économie après dix années de majorité de droite. Après tout, François Hollande n’avait pas reproché à Nicolas Sarkozy d’’avoir été trop dirigiste pendant son mandat et de ne pas avoir fait assez d’effort pour libérer les entreprises pendant la campagne de 2012. Il l’avait, logiquement, plutôt attaqué par la gauche. Et voilà que deux ans et demi après, la majorité dite de gauche, par la voix d’Emmanuel Macron, nouveau ministre de l’économie, dénonce les « trois maladies de la France : la défiance, la complexité et le corporatisme  ».
 
Un tel discours semblerait plus cohérent dans la bouche de Margaret Thatcher, après avoir repris les rênes de la Grande-Bretagne que dans celle d’un ministre d’une majorité « socialiste » qui a récupéré le pays deux ans auparavant, après dix années de pouvoir de la droite. Au programme : facilitation du travail le dimanche et le soir, dérégulation des professions dites protégées avec ouveture du capital des pharmacies, ouverture du transport par autocar, qui pousse la SNCF dans un sens toujours plus élitiste et éloigné du service public et poursuite des cessions d’actifs de l’Etat. Mais après tout, cela est dans la continuité pour un PS qui a plus privatisé que la droite et dérégulé la finance comme personne.
 
La dérive thatchérienne du PS se poursuit

Finalement, ceci n’est pas surprenant. Au final, le programme commun et 1981 n’ont été qu’une parenthèse pour un parti que le Général de Gaulle aurait dit ne pas aimer car il n’était pas socialiste. François Mitterrand a fait plus pour la libéralisation de la finance que quiconque et Lionel Jospin davantage privatisé qu’Edouard Balladur et Alain Juppé. Mais la politique économique du PS place le pays dans une impasse politique car les Français se retrouvent à choisir entre deux variantes légères de la même potion austéritaire néolibérale, seuls quelques détails parvenant encore à différencier les politiques menées par les deux camps. Comment trouver une alternative quand les deux partis sont si proches.

Mais s’il y aurait une certaine logique à ce que l’UMP cède à ces sirènes, il est effarant, pour reprendre Paul Krugman, que François Hollande adopte les politiques de la droite la plus bête. Tout ceci montre que plus personne ne réfléchit au PS, parti qui est bien davantage uni aujourd’hui par la défense tribale de ses prés carrés que par une quelconque idéologie, si ce n’est sur quelques questions sociétales peut-être. Mais il faut être honnête : l’UMP ne vaut pas mieux. Comment ne pas être sidéré par le manque de curiosité intellectuelle de nos deux grands partis de gouvernement qui ne réfléchissent plus à rien, et qui ne semblent que gérer à la marge ce que l’époque semble leur dicter.
 
L’Humanité a bien raison de critiquer le projet d’Emmanuel Macron et de la majorité. Mais je ne suis pas persuadé que le qualificatif de « réactionnaire  » soit le bon. Au final, le PS ne fait que suivre le courant de laisser-faire et laisser-passer qui domine notre vie politique depuis 30 ans.

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