Ibrahim Boubacar Ke´ta, une lutte anti-corruption en trompe-l’œil

par Maka T
jeudi 12 juillet 2018

En matière de lutte anti-corruption, le bilan du président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, qui se présente à sa propre succession le 29 juillet prochain, n’est malheureusement pas très glorieux. Et ce en dépit de nombreuses promesses.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, au Mali, l’heure est au bilan. En matière de lutte anti-corruption, notamment, alors que le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), avait fait de ce sujet l’un des points d’orgue de son mandat. Début 2014, ce dernier affirmait effectivement vouloir mettre au pas les amateurs de pots-de-vin et autres rétributions indues  ; une entreprise habile politiquement, mais dangereuse, le chef de l’État n’étant lui-même pas exempt de tout reproche. Et soumis de facto à un retour de bâton.

Toujours en 2014, par exemple, IBK a garni sa flotte présidentielle d’un Boeing 737 pour 19 milliards de francs CFA — ceci alors qu’il disposait déjà d’un appareil. Problème : l’opération, opaque s’il en est, a transité par une société-écran située dans un paradis fiscal des Caraïbes, et prévoyait toute une flopée de commissions attenantes. D’après le Bureau vérificateur général (BVG), une autorité indépendante malienne, cet épisode a mis à jour des pratiques de surfacturation, de détournement de fonds publics et même de fraude.


«  Échecs des politiques mises en œuvre  »

Difficile, dans ces conditions, d’être crédible lorsqu’on prône la transparence pour le bien des Maliens. Maliens auxquels IBK n’hésite d’ailleurs pas à faire payer ses goûts de luxe, s’agissant notamment de son domicile — le palais présidentiel ne lui convenant pas —, dans le quartier de Sébénikoro (Bamako), dont les travaux de rénovation ont été supportés par les contribuables. En réalité, la volonté de lutte contre la corruption affichée par IBK ne semble être qu’une façade.

Deux ans après le lancement en trombes de la lutte anti-corruption au Mali, en 2016, Transparency International rend d’ailleurs public un sondage qui l’égratigne fortement — et le chef de l’État au passage. Selon l’organisation, 30 % des personnes interrogées dans le pays affirment ainsi avoir versé des pots-de-vin à des agents publics, tandis que 56 % des sondés pensent que «  le gouvernement ne lutte pas suffisamment contre le phénomène  ». Des économistes, réagissant aux résultats, estiment alors que «  ce rapport est inquiétant et démontre l’échec des politiques mises en œuvre pour lutter contre la corruption au Mali  ».

Soumaïla Cissé, figure de l’opposition

Il y a pourtant urgence à remettre un peu de crédibilité et de confiance dans la conduite — et la pratique — budgétaire. Car si l’économie du pays enregistre de bons chiffres — la croissance est bonne et la demande des ménages soutenue —, le taux de pauvreté (45 % environ) reste alarmant. Les Nations unies (ONU) placent d’ailleurs le Mali en 176e position — sur 188 — pour ce qui est l’indice de développement humain. Un classement qui s’explique, certes, par la situation sécuritaire, extrêmement précaire, et toutes les difficultés entraînées, mais pas que.

En effet, la pauvreté se concentre essentiellement dans le sud du pays, où la densité démographique est la plus forte, alors que les différents groupes terroristes qui émaillent le Sahel se trouvent plutôt au nord. Globalement, endiguer la corruption servirait à débloquer des fonds pour faire reculer cette pauvreté, mais encore faut-il en avoir l’intention. Et les Maliens — ceux qui appartiennent à l’opposition politique du moins — l’ont très bien compris  ; une vague de «  dégagisme  » a d’ailleurs vu le jour en prévision de la présidentielle.

Fin mai, lors d’un Conseil national extraordinaire, le Parti pour la renaissance nationale (PARENA), dirigé par l’ancien ministre Tiébilé Dramé, a choisi de ne pas présenter de candidat, afin de soutenir la candidature de Soumaïla Cissé, de l’Union pour la République et la démocratie (URD). Un choix fort, qui exprime clairement la volonté de l’opposition de ne pas apparaître morcelée lors des élections. Ceci afin de faire tomber le président sortant et mettre fin aux «  dérives graves du régime, la gouvernance patrimoniale faite de tâtonnements, d’improvisation, de détournements impunis des maigres ressources publiques, de pillage sans précédent […] des ressources publiques  ». En d’autres termes : à la corruption.


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