Ils sont forts, ces gilets jaunes !

par Michel DROUET
vendredi 28 décembre 2018

De moins de 300 000 manifestants le 17 novembre à moins de 40 000 samedi 22 décembre (selon le Ministère de l’Intérieur), les gilets jaunes auront tout de même (selon le gouvernement et la Banque de France) réussit à plomber l’économie de tout le pays en ces veilles de fêtes. Enfin, c’est ce qu’on nous affirme… Il faudra nous expliquer

Les gilets jaunes bientôt responsables de l’éruption du Vésuve ?

On exagère à peine : pas un reportage sur le marasme économique qui ne débute ou se termine par « à cause du mouvement des gilets jaunes » sur les chaînes de télé. Bientôt, ils se verront attribuer les mauvais chiffres du chômage, ou bien encore l’intégralité du déficit de la balance commerciale et l’inflation ou enfin l’épidémie de gastro à venir.

Les gilets jaunes, c’est le mal absolu et l’on chiffre l’impact négatif du mouvement sur l’économie entre 2.2 et 4.4 Milliards d’euros (admirez la précision !), la baisse d’activité du petit commerce à 70 % et celle de l’hôtellerie à 50 % dans les zones touristiques, sans compter la baisse des dons au Téléthon dont ils sont bien sûr responsables en partie. C’est tellement simple l’économie !

Et, oui, en rassemblant moins de manifestants sur toute la France qu’un appel de la CGT, ils ont réussi ce tour de force, toujours selon les statistiques de plomber le pays et d’empêcher de commercer en rond en ces veilles de fêtes.

Un bouc émissaire tout trouvé !

En affublant de tous les maux les gilets jaunes et en leur faisant porter l’entière responsabilité de l’état du pays, le gouvernement se livre à une très belle opération de communication, relayée par les médias, consistant à masquer, d’une part, sa propre responsabilité dans l’éclosion du mouvement et d’autre part les résultats calamiteux de sa politique.

C’est pratique, ça ne mange pas de pain et cela permettra, le moment venu, de légitimer une nouvelle politique de rigueur destinée à faire rentrer dans les caisses les sommes concédées sous la pression et la trouille et de nouvelle formes de répression policières.

Le futur débat national devrait être le bon moyen pour revenir aux fondamentaux économiques dictés par Bruxelles, relais naturel des systèmes financiers et économiques qui ambitionnent de diriger le monde.

En y regardant de plus près…

C’est-à-dire en interrogeant les véritables responsabilités, que découvre-t-on ? Tout d’abord une volonté de Réforme tous azimuts visant à donner de l’argent à certains en piquant dans la poche des autres. Au titre des « dons » on citera la diminution de la taxe d’habitation, la suppression de l’ISF ou bien encore la suppression de cotisations sociales pour les actifs.

Ce « choc fiscal » a diversement été apprécié compte tenu de la nature des « dons » : immédiat et sans contreparties pour l’ISF, étalé dans le temps et modulé par des décisions locales pour la taxe d’habitation et en deux temps pour la diminution des cotisations sociales. Le tout sur fond de prélèvement massif avec la CSG, d’inflation importante ou bien encore d’augmentation de prix du carburant, lié en grande partie à l’augmentation automatique des taxes.

On nous a souvent dit que les entreprises avaient besoin d’un environnement fiscal stable pour commencer à réinvestir et à embaucher et la relative instabilité de ces dernières années servait de prétexte à l’attentisme des entreprises, malgré les cadeaux fiscaux comme le CICE.

On peut penser qu’il en a été de même pour les particuliers qui en présence d’un pseudo chambardement fiscal et de ses effets largement annulés par l’inflation et la hausse des carburants a provoqué un réflexe de repli de la consommation chez les ménages.

En conséquence, imputer aux seuls gilets jaunes le recul de notre économie relève d’une manipulation pure et simple de la part du gouvernement, des éditorialistes économiques et des journalistes bien dans la ligne. Il faut à tout prix convaincre le bon peuple des méfaits de ce mouvement y compris en lui attribuant toutes les erreurs économiques de Macron. C’est du billard à deux bandes.

S’il fallait conforter l’analyse qui précède par un exemple, on citera celui des dons aux associations caritatives qui sont en baisse importante depuis la suppression de l’ISF, les assujettis étant généreux tant qu’ils payent l’impôt en cherchant à faire de l’optimisation fiscale mais qui gardent tout dans la poche lorsqu’ils n’y sont plus soumis.

Toujours dans le but de dédouaner les gilets jaunes en matière d’impact sur l’économie on rappellera que l’INSEE, qui avait mis en garde en début d’année le gouvernement sur les effets de sa politique fiscale en matière de dégradation du niveau de vie, s’est vu sommé par Bercy de corriger ces prévisions qui ne collaient pas avec l’optimisme ambiant du gouvernement.

Enfin, on se rappellera que les soldes d’été ne furent pas très bonnes et on pourra conclure que la politique de l’offre qui consiste à créer un environnement favorable aux entreprises ne marche pas lorsque dans le même temps la demande des consommateurs est en berne, en raison d’un prélèvement massif de la CSG sur les retraités et de l’inflation qui a largement grignoté les effets des mesures de « pouvoir d’achat » pour les actifs. Ajoutons aussi que les prévisions en matière de panier moyen pour les cadeaux de Noël faisaient état d’une baisse avant même que le mouvement des gilets jaunes ne prenne de l’ampleur

Cerise sur le gâteau, la réforme du code du travail qui favorise les contrats courts largement utilisés par les entreprises mais qui n’offre aucune sécurité morale et financière pour les détenteurs, ce qui n’incite pas non plus à la consommation.

Chacun sa part

Au final, une politique illisible de la part du gouvernement, empreinte de dogmatisme économique, mais qui au final est ressentie comme un tour de passe-passe au profit des plus riches et d’entreprises qui confisquent les efforts des citoyens. Le soutien à l’économie ne peut pas marcher dans ces conditions et l’état actuel de l’économie n’est pas une surprise.

Les gilets jaunes n’ont pas grand-chose à voir dans tout cela, même si localement et ponctuellement leurs actions ont pu freiner l’activité économique, mais comme dit le petit peuple « qui veut tuer son chien l’accuse de la rage ».

Chacun doit prendre sa part et en premier lieu, l’exécutif, qui devrait assumer ses erreurs au lieu de les imputer aux autres et reconnaître que ce sont ses décisions qui ont provoqué le mouvement des gilets jaunes. Cela s’appelle le courage politique… 

 


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