Inutile de vous agiter : les retraites ce sera comme a et pas autrement ! Circulez, y a rien voir

par Alain Alain
mardi 29 octobre 2019

Manuel Macron qui, lui seul, sait ce qui est bien pour son bon peuple, a déclaré à propos de la réforme des retraites : "Je veux aller au bout de cette réforme, (...) je n'aurai aucune forme de faiblesse ou de complaisance" ; lundi 28 octobre 2019, RTL.

Donc la pseudo concertation qu'il vient d'ouvrir sur le sujet après deux ans de concertation tous azimuts ne portera que sur les modalités d'application.

Donc, bis repetita, ce sera la retraite par points. Point final.

 

Il n'y a aucune possibilité de polémiquer sur les deux faits établis suivants concernant chaque système de retraite, par répartition ou par points. Et c'est pour cela que je vous les expose.

 

Dans le système actuel, le montant de la pension est un pourcentage du salaire, certes plafonné dans le privé à 50% de 3 380 euros brut pour ceux qui gagnent au-delà, plafond qui sera compensé par les complémentaires au prix de cotisations plus élevées en particulier pour les cadres. Pour une carrière complète, avec l’apport des complémentaires, il représente un taux de remplacement en moyenne d'un peu moins de 75% dans le privé comme dans le public. Le montant est fixé une fois pour toute et est revalorisé en principe au niveau du taux d'inflation. Hélas, plus depuis quelques années où il est resté bloqué.

Personne ne peut nier que ce qui vient d'être décrit est la réalité vraie.

 

Dans le système par points les cotisations apportent des points et le montant de la pension est calculé par une simple multiplication de la valeur du point par le nombre de points acquis.

L'inconnue est la valeur du point. Celle-ci sera déterminée en fonction des fonds disponibles et de divers paramètres apparemment tous les deux ans. (Puisque on nous dit que la valeur du point pourra être connue deux ans avant le départ en retraite. Mais cela reste à confirmer.)

En période de difficultés budgétaires cette valeur recalculée baissera automatiquement pour assurer l'équilibre des comptes sinon cette réforme n'aurait aucun intérêt. C'est ce qui s'est passé récemment en Suède : "les retraités qui ont vu baisser leur retraite par trois fois en 2010, 2011 et 2014." (Retraites : doit-on suivre le modèle scandinave ? - 25/10/2019, France Culture.)

Autre fait : rien ne garantit que le taux de remplacement restera équivalent à celui du système par répartition actuel.

Personne ne devrait ignorer que ce qui vient d'être décrit est la réalité vraie.

 

En tout cas tous les politiques, tous les "experts" en économie, tous les syndicalistes, tous les journalistes (enfin ceux qui comprennent quelque chose à ce qu'ils commentent) favorables au régime par points savent que c'est la réalité vraie.

Alors sur cette indétermination inhérente au système, ils mentent par omission. Ils n'en parlent pas puisqu'on ne le leur demande pas. On verra plus tard.

 

A la place, ils parlent de ces malheureux que les difficultés rencontrées dans leur vie empêchent d'avoir une retraite suffisante et qu'il faudra aider, idem pour la pénibilité, etc., comme quoi il y a matière à négocier. Au passage ils oublient d'expliquer qu’il faudra sans doute prendre sur les cotisations de tous les autres pour financer ces aides au combien nécessaires. Et donc la valeur du point ne sera calculée que sur une partie du total des cotisations prélevées. A moins que l’état ne veuille prendre en charge le surplus nécessaire financé par des impôts spécifiques tels CSG ou RDS.

A la place, ils parlent des privilégiés qui bénéficient injustement de régimes tellement plus favorables. Un don du ciel sans doute mais devenu inopportun aujourd’hui. Ils donnent toujours l'exemple des conducteurs de la RATP (Hé, ho, madame Léa Salamé) tellement avantagés par rapport à ceux de Nantes par exemple. Vous voyez, il faut bien abaisser le niveau de ceux qui ont mieux, ou, de ceux dont certains jugent qu'ils ont trop. Mais pourquoi pas le contraire ? Monter au meilleur niveau pour tous. N'était-ce pas ce qu'on appelait jadis le progrès social ?

 

Il est évident que le fondement du choix au mieux de l'intérêt des travailleurs entre les deux systèmes est dans la comparaison objective et honnête de ces deux caractéristiques indiscutables : pour l’immense majorité des salariés, pension proportionnelle au salaire et fixée une fois pour toute ; pour tous, pension dépendant de la valeur d'un point déconnectée du salaire et régulièrement révisable.

Ce qui n'est jamais soumis au débat, ou presque.

 

Au contraire, on rencontre des arguments si extravagants parfois qu'on a du mal à en percevoir le lien avec le sujet débattu et pourtant sur lesquels se fonderont des choix.

Récemment au cours d'une discussion où était à peine évoquée cette réforme des retraites, j'ai été sidéré par une anecdote violemment assénée : la SNCF a recruté quelques-uns de ses retraités pour encadrer des personnels d'un pays d'Asie via une de ses filiales basée à l'étranger.

"Ils prennent leur retraite à 52 ans et après ils vont conduire des trains en Chine !" Fin du débat... Venant d'un retraité qui effectue régulièrement des petits travaux au noir.

Ce qu'on ne lui a pas dit, c'est que la SNCF a oublié de prévenir ses employés retraités qu'ils devaient déclarer ces revenus supplémentaires à leur caisse de retraite et compte tenu des montants perçus en salaire ils n'auraient plus droit à leur pension provisoirement. Aussi ils devront rembourser tout ce qu'ils ont reçus de leur retraite sur toute la période où ils étaient en contrat.

Pourquoi suis-je abasourdi par ce genre de, je ne sais comment dire, argumentation, démonstration, réflexion ou, ragot ? Parce que c'est sur ça aussi que se fonde l'opinion publique pour engager l'avenir de toute une population.

 

Des questions jamais abordées comme : dans le public il n’y a pas de complémentaires, que va-t-on faire ? Supprimer celles du privé ? Combien faudra-t-il cotiser pour acquérir des points sans que cela devienne plus coûteux aux salariés que les cotisations d’aujourd’hui ?

 

Encore un dernier sujet à soumettre que seules quelques rares personnes évoquent.

Une fois les régimes de retraite unifiés en un seul système simplifié au maximum dans son fonctionnement, le pas à franchir pour sa privatisation est infime. J'entends déjà tous ceux qui ne jurent que par le privé pour être efficace et performant : "et alors ? "

Et alors ! La recherche du profit maximal est consubstantielle à la gestion du privé. Donc les cotisations versées devront aussi servir à payer de substantiels dividendes aux futurs actionnaires.

 

D'habitude je me contente dans mes articles de proposer des sujets de réflexion éclairés par des informations documentées. Mais pour celui-ci j'irai un peu plus loin : au lieu de ce régime par points paupérisateur, je suis pour que soit négocié, d’une part, un système de retraite unifié mais tiré vers le haut pour le mieux de tous, maintenant au minimum un niveau de vie digne pour tous, et, d’autre part, les moyens de son financement pour lesquels des propositions sérieuses ont été faites mais rejetées à priori par le pouvoir.

Etant retraité ceci n’est pas une plaidoirie pro domo.

 

Pour aller plus loin encore, découvrez les idées nouvelles et réalistes proposées, mais pas seulement pour les retraites, par Thomas Piketty dans son dernier livre, Capital et idéologie, propositions qui sont décrites pour l’essentiel dans les 200 dernières pages si vous n'avez pas la possibilité de lire tout l'ouvrage.

 

Quant à Emmanuel Macron qui fait passer de vieilles recettes pour des inventions personnelles sorties de sa seule pensée géniale, il ne fait que reprendre les recommandations du conseil européen concernant le programme national de réforme de la France pour 2018 :

"Actuellement, 37 régimes de retraite coexistent en France. Ils concernent des catégories de travailleurs différentes et fonctionnent selon des règles qui leur sont propres. Une uniformisation progressive de ces règles améliorerait la transparence du système, renforcerait l’équité entre les générations et faciliterait la mobilité de la main-d'œuvre. Une harmonisation des règles de calcul contribuerait également à une meilleure maîtrise des dépenses publiques. Si les réformes des retraites déjà adoptées devraient réduire le ratio des dépenses publiques de retraite à long terme, un système des retraites plus simple et plus efficient générerait des économies plus importantes et contribuerait à atténuer les risques qui pèsent sur la soutenabilité des finances publiques à moyen terme. Selon une étude récente, l’alignement de différents régimes de retraite des secteurs public et privé réduirait de plus de 5 milliards d’euros les dépenses publiques à l’horizon 2022. "

5 milliards d'économisés sur le dos des retraités, y’a bon Macron. (En parodiant le célèbre mais un peu raciste slogan publicitaire d'avant le milieu des années 1970 : « Y'a bon Banania ».)

 

Il a beau dire « je veux aller au bout de cette réforme », lui tout seul !

Il sait bien que ce n’est pas lui qui va travailler sur toutes les difficultés d’une telle transformation et dont personne ne sait si elles pourront toutes être surmontées sans gros dégâts.

Il ne sait pas ni où il va ni comment ni pourquoi. Sinon il serait plus modeste devant la tâche à accomplir.

Heureusement il va pouvoir appeler la CFDT à son secours. Je crois. Mais je peux me tromper.


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