Je ne sais pas assez d’anglais pour bien vivre en France

par Orélien Péréol
vendredi 15 juillet 2022

Je suis obligé fréquemment de faire traduire par google translate des mots anglais que je ne connais pas et que je rencontre au milieu du français. J’en entends beaucoup sur les radios de service public. Il arrive assez souvent que les présentateurs traduisent eux-mêmes le mot anglais qu’ils disent. Ils font comme des professeurs d’anglais, ils sentent que c’est un mot nouveau et qu’ils doivent nous en donner le sens, ils nous l’apprennent pour les prochaines fois. En tant que représentant d’un service public, ils ne devraient pas créer la substitution de mots anglais à des mots français.

Photo Karine Sasportes (Bastia)

Quand je fais remarquer ça, je reçois des réponses me signifiant que les langues évoluent, comme si je ne le savais pas ! Freiner une évolution négative a un intérêt. S’y soumettre, y voyant une liberté, m’étonne beaucoup.

Sans les conservatoires de musique dans les grandes villes des pays développés, on aurait perdu de longue date Mozart, Bach, Wagner, Verdi… on aurait perdu l’opéra…etc. Bien des musiciens de variété, de jazz, rock… et d’autres formes modernes ont débuté dans un conservatoire. Ça ne les a pas rendus conservateurs. Conserver n’implique pas une passion pour la conservation, encore moins un refus de l’évolution.

C’est ce bloc idéologique, tel que je viens de le décrire qu’il faudrait casser.

Noter ce prestige de l’anglais (de l’américain en fait) comme excessif puisque l’anglais a le pouvoir de dire à des mots français : « Pousse-toi de là que je m’y mette ! » me fait passer pour un vieux schnock, tandis que l’envahissement se perpétue dans une ambiance festive, à prétention révolutionnaire.

 

La langue est notre outil commun et nous devrions en prendre soin. L’intrusion de mots anglais sans plus-value, à la place de mots français, n’est pas une évolution de la langue française : l’arrivée de l’adverbe « possiblement » est une évolution de la langue française. Et si on veut à toute force la prendre pour une évolution, ce n’est pas une évolution enviable.

Critique de ce moment de radio : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-du-week-end/l-invite-du-week-end-du-dimanche-20-fevrier-2022

Les animateurs et l'invitée se fichent de la gueule d'Antoine Compagnon, d'une façon indigne. Leur grille est que l'évolution est un progrès et qu'on ne peut que l'accueillir et l'anticiper. Julie Neveu répète que l'académie parle de slogans et non de conversations, la conversation n'aurait pas changé et ne serait pas envahi de mots et de syntaxe anglaises ! Mon expérience dit le contraire. Pour elle, la langue française serait particulièrement forte et vivante parce qu’elle saurait « absorber » des mots étrangers. Elle ne parle pas de ce qui se passe, elle nie ce qui se passe : il ne s’agit pas du tout d’absorption mais de substitution.

Le ton condescendant, ironique, riant pendant qu'Antoine Compagnon parle, n'est pas acceptable, sauf à vouloir vaincre par tous les moyens, y compris en blessant. Et là, si la règle est celle-là, montrée dans ce passage, on n’est pas dans l’information, ni dans le débat, on est dans la guerre : faire taire en blessant.

Je demande un droit de réponse. Cet amour de la substitution de mots anglais à des mots français, montre que le français ne sait plus dire ces choses, ou que l'on n'a plus confiance dans le fait qu'il sait dire ces choses, c'est une haine de soi, un amour du plus fort (les USA), une soumission à l'Empire, enthousiaste et qui hait la résistance. Comment l'Université (Julie Neveu) relaie-t-elle et développe-t-elle cela, dégradant la relation à ceux qui s'y opposent par une tonalité de mépris et de moqueries ? Comment Radio-France s'allie avec cette université pour s'en faire l'écho, surtout sous couvert d'une pluralité des points de vue, qui n'est qu'un guet-apens, une embuscade, rusée et pas honnête ? Julie Neveu demande à Compagnon : « Vous voulez défendre la langue française ou la laisser évoluer ?… » Toujours cette même binarité trompeuse. D’autre part, s’il s’agit de la « laisser évoluer », il n’y a pas besoin de Julie Neveu, la France fera des économies.

 

Je ne sais pas ce qu'est un heube, que j'entends. Centre.

Je suis allé faire traduire « deadname ».

Je trouve une pub pour un produit qui aide à dormir. Ce produit s'appelle dodow, c'est une imitation de l'anglais, non ?

Des jeunes femmes récupèrent des soutien-gorge, c'est une action écologique. Cette activité a un nom. Vous pensez que la langue française a inventé un nouveau nom pour cette nouvelle chose. Bien sûr que non. Le français est moche et sans intérêt. C'est donc un mot anglais : upcycling, c'est-à-dire recyclage. Une télé de service publique nous apprend à dire des mots anglais là où il y a un mot français. Elle nous apprend, à cette occasion, le prestige de l'anglais et la vanité du français.

Je trouve dans un mail, un « catering ». Je ne sais pas ce que c'est. Renseignement pris, il s'agit d'un buffet. Quelqu’un m’explique que ce n’est pas vraiment un buffet, mais un grignotage, un en-cas, genre cacahuètes, chips d’apéritif, quelques boissons, et que c’est un mot lié aux plateaux de tournage. Ces explications signifient que je suis un âne. Je ne vois toujours pas la nécessité d’un mot anglais. « En-cas » va très bien.

Même quand il y a une légère différence de sens, que les partisans de l’anglais dans le français m’explique, je ne vois pas pourquoi un mot français nouveau ou ancien n’aurait pas pu prendre en charge cette différence.

J'entends down town à la radio, je suis obligé d'aller consulter un dictionnaire, cela veut dire centre-ville.

Si je dois aller dans le dictionnaire bilingue, c'est que le français devient une langue étrangère pour moi. Je ne vois pas d'intérêt à se soumettre à la domination américaine, je pense que résister est une valeur. Ceux qui m’opposent mon ringardisme à vouloir contrer un peu cette substitution sont globalement pour ne pas se laisser faire, sont globalement contre le libéralisme et renversent leurs positions philosophiques sur ce sujet. C’est quand même curieux.

Mon modèle pourrait être dans la pharmacie. Il y a un grand nombre de médicaments, et un grand nombre de nouveaux médicaments. Ils ont des noms qui sonnent assez bien français, qui sont assez bien articulés par ce qu'ils contiennent et l'étymologie des mots français... On devrait faire cela pour tout et dire aux Amerloques qu'on les emmerd... au lieu de dire, ben c'est comme ça, toutes les langues évoluent, allez-y, mettez les pieds sur la table… prenez ce qui vous tombe sous la main, jetez le par la fenêtre et mettez des objets qui vous plaisent à la place, débauchez les mots français, embauchez des mots anglais, vous êtes nos patrons, allez-y. On adore, on accélère, on vous aide, on attend qu’il n’en reste plus…

Le meilleur, le pire plutôt pour la fin : une pub Ricard : Ricard born à Marseille ! Born sous le sun…


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