Jean-Pierre Chevènement entre en résistance

par Laurent Herblay
jeudi 18 juin 2015

Il y a 75 ans, le plus grand homme de l’histoire de France faisait un geste fondateur, emmenant la France à Londres, pour continuer le combat contre le nazisme. Il y a quelques jours, Jean-Pierre Chevènement a pris une décision dans sa lignée, en quittant le MRC dont il était pourtant la figure tutélaire.

 
Des convictions et de savoir dire non
 
La décision de Jean-Pierre Chevènement est cohérente avec le parcours de celui qui est un des plus grands hommes de la Cinquième République. Il a toujours été un homme qui a su dire non quand l’essentiel était en jeu, quittant par trois fois les ors de la République, portant, avec Philippe Séguin et Philippe de Villiers le non au traité de Maastricht en 1992, puis l’opposition au TCE en 2005, et portant ses propres couleurs en 2002 à l’election présidentielle. Depuis, comme il me l’avait dit aux universités de rentrée du MRC en 2010, sa stratégie consistait à être dans le cockpit de l’avion quand il aurait des difficultés. C’est pour cela qu’il avait soutenu Ségolène Royal en 2007 et François Hollande en 2012.
 
Mais il faut bien constater aujourd’hui que cette stratégie n’a pas marché. S’il avait trouvé une oreille ouverte à ses idées en 2007, le président actuel n’a que faire des idées que Jean-Pierre Chevènement porte depuis des décennies. Déjà que la campagne présidentielle en était bien éloignée, le cap eurolibéral assumé de plus en plus clairement, notamment avec le pacte de compétitivité et la loi Macron, la réforme du collège, ou même la politique suivie avec la Grèce mettent la majorité actuelle en porte-à-faux complet avec tout ce qu’a défendu le lion de Belfort. Le parti qu’il a inspiré ne souhaitant pas se distancier davantage de la majorité, il a logiquement choisi de ce distancier de son enfant politique.
 
Esprit de résistance contre esprit de clan
 
Le spectacle d’un MRC qui choisit une ligne de « soutien lucide  », pour reprendre les mots de Jean-Luc Laurent, son président, au point de pousser son fondateur à partir, est assez intriguant. Le sénateur est la colonne vertébrale de ce parti. Qu’en restera-t-il après son départ ? Le débat porte, entre autres, sur l’appel à un dialogue de Mélenchon à Dupont-Aignan. L’évocation de NDA semble faire l’effet d’un chiffon rouge à certains, qui le jugent trop rapidement, même si le soutien apporté à Robert Ménard, certaines alliances aux départementales, ou des propos malheureux sur le FN n’aident pas. Après tout, le MRC n’aurait-il pas pu souscrire à 95% de son programme en 2012 ?
 
Mais surtout, alors que la France est aujourd’hui coincée dans une triple impasse, PS, UMP et FN, n’est-il pas plus que légitime, même de salut public, que tous ceux qui ne veulent aucun de ces trois-là discutent à minima des moyens de faire parvenir une majorité plus proche de leurs idées au pouvoir. Du moment que l’on ne souhaite aucun de ces trois-là, le dialogue semble un minimum pour tous ceux qui veulent reprendre le gouvernail du pays et refuser la voie eurolibérale, tantôt libertaire ou répressive, suivie depuis des années. Refuser le dialogue n’est-ce pas être plus attaché au clan qu’aux idées ? Jean-Pierre Chevènement, lui, montre encore une fois son caractère d’Homme d’Etat.
 

Dans des circonstances différentes, l’appel du sénateur de Belfort est profondément gaulliste dans sa démarche. Il refuse l’esprit de capitulation des républicains de gauche face au PS et appelle au dialogue entre tous les républicains pour sortir notre pays de l’ornière. Merci.


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