La démocratie survivra-t-elle à notre époque de démences politiques et collectives ?

par Bernard Dugué
jeudi 21 avril 2016

La démence caractérise une perte de contact avec la réalité. Il existe plusieurs types et degrés de démence, avec un usage de cette notion dans le champ des psychopathologies lourdes mais aussi dans des domaines plus anodins comme peuvent l’être les réactions politiques et collectives à notre époque de médiatisation outrancière. Qu’est-ce la démence sinon une perturbation du système cognitif et dans le cas de notre époque médiatisée, il est clair que la circulation des informations possède un potentiel d’altération des facultés raisonnables du sujet. La démence au sens social et politique se comprend comme une réaction exacerbée du système mental immunitaire qui s’emballe et conduit à déployer des pratiques dont la puissance est disproportionnée par rapport au problème constaté ou alors dont la justification repose sur des fantasmes et non des constats. La chasse aux sorcières en Europe du 16ème au 18ème siècle représente un cas de démence politique. On peut en dire autant de la panique consécutive à quelques cas de grippe détectés à Mexico, métropole de 20 millions d’âmes minée par la pollution, cette grippe ayant été alors analysée comme étant du type H1N1, le même que celui de la grippe espagnole. D’où l’emballement du système de santé suivi par les médias et les politiques. Nous avons eu un cas de démence collective qui s’est achevé dans une farce sanitaire avec une campagne de vaccination boudée par les populations. Ce qui est réjouissant car cela montre que l’opinion publique possède encore des réflexes pour s’immuniser contre les démences collectives propagées tel un virus de sida mental pouvant perturber les défenses immunitaires d’ordre cognitif.

La démocratie se pervertit lorsqu’elle accepte d’utiliser comme ressort politique la rencontre entre les démences politiques et les démences collectives. Ce propos mérite une allégorie. Une démocratie pervertie et bancale fonctionne de travers, à l’image d’un meuble Ikea dont la notice de montage est incomplète et dont les pièces sont mal usinées. Quant à la philosophie, elle a aussi son mot à dire. Pour Léo Strauss, chaque régime suppose qu’il y ait un bon citoyen. Et donc, un bon citoyen dans un régime communiste ne le sera pas dans un régime démocratique et inversement. On en dira autant d’un dirigeant qui s’il est bon dans un régime autoritaire ne le sera pas dans un régime démocratique. Ces remarques permettent de nous interroger sur le fonctionnement de la démocratie à une époque où le citoyen comme le politicien est sujet aux processus de démence intellectuelle et obsessionnelle.

Notre époque devient crispée comme en témoigne l’état du débat public et l’impossibilité de débattre sereinement, ce qui traduit les signes d’une démence somme toute légère mais avérée. D’autres signes se dessinent dans le domaine de la gestion des risques et de l’écologie. Dans ces domaines sensibles, il appartient à la société de débattre. L’exemple le plus récent de démence politique supposée concerne les mesures de vide sanitaire décrétées pour les éleveurs de volailles ainsi que les particuliers hébergeant des volatiles susceptibles de transmette la grippe aviaire. Ces mesures et les nouvelles normes ont déjà découragé quelques professionnels qui suite à ces décisions, ont jeté l’éponge et cessent leur activité. Il appartient aux intéressés et aux spécialistes de jauger la nécessité impérieuse de ce vide sanitaire, ce qui permettrait d’établir s’il y a ou non un phénomène de démence politique.

Il existe un autre champ assez fertile pour voir pousser les cas de démence politique. C’est celui de l’écologie. Je ne vais pas me faire des amis mais je suis obligé de constater que la Cop-21 a été le lieu de convergence entre les démences climatiques de nature collective et les structures politiques. D’un côté les ONG et les militants de la cause verte, de l’autre côté des milliers d’officiels et autres notables de la politique placés sous l’autorité du guide suprême de la vertitude, Laurent Fabius et de son ayatollah écolo Nicolas Hulot. L’actuelle ministre de l’écologie n’échappe pas au soupçon de démence politique. Un trait qui ne trompe pas dès lors que ces personnalité à l’ego surdimensionné passent dans les médias et montrent comment le déni de réalité les obscurcit au point de nier les conclusions des audits financiers ou alors de décréter des mesures aussi vaines comme par exemple ce concours de vertitude proposé aux métropoles et les mesures suggérées pour plaire au ministère. Les deux-roues immatriculés avant 2000 seront interdits dans la ville de Paris. Sans oublier l’obsession pour la voiture électrique, un non sens autant écologique qu’économique et qui de surcroît, coûte une fortune à l’Etat avec ses mesures d’accompagnement. Je préfère me taire sur la démence du genre et une ministre de l’éducation obsédée par l’égalité entre les garçons et les filles. Il faudrait gommer toute différence sexuée à l’école, faire en sorte que les garçons jouent à la poupée et que les filles s’amusent avec des pistolets en plastique.

Accompagner ! accompagner les parcours de santé, les parcours professionnels, les installations paysannes, les apprentis de la culture, des créateurs d’événements, les acteurs de l’économie solidaire, les démarches qualités ou participatives… Accompagnement ! Les bureaucrates, éducateurs et autres prélats de la vertitude n’ont que ce mot à la bouche. Les accompagnateurs du troupeau de citoyens assurent la fonction ecclésiale mais laïque de l’Etat pastoral. Mais l’on sait que les services ecclésiaux ne sont pas gratuits et que dans le sillage de la simonie des prêtres médiévaux, les serviteurs patentés de la grâce étatique et autres accompagnateurs réclament un bon salaire. Ce qui finalement ouvre le champ à un questionnement sur la gouvernance démocratique à notre époque. La politique n’est-elle pas minée par l’instrumentalisation de la machine étatique à des fins personnelles. Pour les politiciens, il faut soigner les névroses des mégalopathes chroniques alors que dans la bureaucratie, les fonctions sont créées artificiellement pour caser les fils de bonnes familles après leurs études dans des écoles diverses ou même des masters spécialisés. Et des revenus suffisants pour flâner après le travail sur les terrasses de café et participer au french way of life en sirotant un mojito.

Comme on le voit, la démocratie ne produit rien de bon si les citoyens et les gouvernants ne se soucient pas vraiment de l’intérêt général, privilégiant des intérêts particuliers mais aussi agissant en étant mus par une sorte de démence implicite, silencieuse, mais coûteuse si l’on mesure les moyens engagés. La société elle aussi est sujette à des phénomènes de démence à bas bruit. On le constate d’abord dans les mouvances plus ou moins sectaires, Greenpeace, WWF, médecins du monde, la nuit debout, les lubies sur la constituante et la gouvernance par tirage au sort, les activistes verts, sans oublier nombre de militants encartés qui, et j’en ai l’expérience sur les marchés, pratiquent le déni de réalité et sont ou bien dévots des politiciens présents dans leur camp, ou alors obsédés par quelques idées fixes comme le non cumul des mandats qui selon certains, est une mesure permettant de solutionner les problèmes de la démocratie. Je n’ose même pas évoquer ici les démences religieuses dans certaines communautés.

J’aimerais insister sur le mode pathologique de communication à l’ère des réseaux sociaux et des chaînes d’info en flux. Le mode relationnel est basé sur le principe immunitaire. Pour exister et participer au débat public, les intéressés se croient obligés de pratiquer des agressions immunitaires qui en retour provoqueront des activations du système de défense immunitaire dont le but est de protéger l’identité du moi face aux agressions verbales ou écrites qui le menacent. Ce jeu se déroule à tous les niveaux, entre personnalités politiques ou dans la société, à l’échelle des réseaux sociaux où de jeunes ados se frittent au risque de provoquer un suicide en cas de fragilité psychique pour l’un d’entre eux. Ces attaques sont aussi courantes à l’échelle diplomatique si l’on entend les mots acides échangés par les dirigeants et les attaques identitaires sur les nations avec des chargés de désinformation. A l’ère démentielle, les incidents diplomatiques ne se résument plus à des accrochages à balles de fusil aux frontières mais des infections virales parcourant les systèmes de communication.

Le système médiatique provoque ces états de démence collectives souvent dues à des fantasmes qui comme l’indique l’étymologie, sont des mécanismes psychiques hallucinatoire. Il suffit de diffuser en boucle des images de glaciers fondants, d’ours polaires désorientés sur un morceau de banquise dérivant, de cyclones aux vents dévastateurs, fracassant les digues, de tempêtes colossales inondant les plaines et les villes et voilà comment se crée une démence climatique. En politique, les idéologies sont voilées pour autant qu’elles soient bien marquées, les programmes sont sans saveur ni vision, aussi le jeu politique utilise le relais des images. Le débat d’idées est remplacé par des polémiques et des agressions immunitaires. Le FN est le parti le plus surveillé. On en sait plus sur toutes les affaires des cadres du parti que sur un éventuel programme que proposerait Marine le Pen. Il faut reconnaître aussi que le FN a fait de l’agression immunitaire une de ses spécialités, comme on l’a vu lors d’une fameuse invective au parlement européen visant à humilier le président face à une chancelière qui n’est demandait pas tant. Il y a quelques années, Jean-Luc Mélenchon défia François Hollande non pas sur son programme mais sa posture de capitaine de pédalo. Le temps des grands débats est révolu. La graphosphère a fait place à la médiasphère. On le lit plus les écrivains, on les regarde. Les politiciens jouent dans des postures de vedette de cinéma et les journalistes se prennent pour des politiciens en commentant et bousculant les stars de la politique venus risquer leur image tels des gladiateurs iconiques.

Le journaliste français se complaît dans la polémique, contaminant de ce fait les âmes excitées et paumées sur les réseaux sociaux. Les élites profitent également de cet état de démence collective qui se réduit à l’ignorance par le citoyen des rouages du système, de la perte des valeurs et de l’intelligence du monde. Le verdict est sévère. La démocratie ne peut pas s’exercer dans les meilleures conditions. Elle est malmenée sans être vraiment déglinguée, autant que peuvent l’être les citoyens formant la meute des créances du bien-être sur fond de démence collective à bas bruit. En Europe et aux States, la démocratie tente de surnager dans cet univers de folie des masses. Au Brésil, la démence et la manipulation auront peut-être la peau de la démocratie. Dans d’autres pays, une religion qui se prétend politique en organisant toute l’existence entretient les individus dans un état de démence apaisée et interdit l’avènement de la démocratie. Qui s’est pas liée au marché mais à l’usage par les citoyens de la raison ainsi que d’une aptitude à la vision. A noter que notre Etat devenu protecteur et accompagnateur se présente sous un jour théocratie mais avec l’Etat qui a pris la figure de Dieu. Ultime aboutissement du processus séculier en France. Et enterrement de la démocratie. Les citoyens sont en colère contre les élites mais ils n’ont pas l’âme démocratique. Ils sont devenus des abrutis déments et d’ailleurs, ils avalent n’importe quelle idiotie publicitaire, comme ces histoires de mutuelles qui protègent de tous les aléas de la vie alors que les parents hélicoptères tournent autour de leur progéniture pour s’assurer qu’ils sont permanence avec des activités et en apprentissage pour réussir dans le monde technique. Venir au monde pour vivre comme un bagne, cela ne choque plus les nouveaux parents qui fabriquent des petits tyrans. La démocratie n’est pas compatible avec l’état de démence propagé par les médias. Il n’y a pas de solution actuellement à ces maux. Il faut apprendre à vivre dans un monde en décomposition mais qui sait se recomposer et ne sombre pas encore.

Le lecteur attentif aura compris que le sujet traité dans ce billet n’est pas anodin et mérite de plus amples développements. Même un livre mais comme le monde des éditeurs, des lecteurs et des médias s’avère réfractaire à toute forme d’intelligence qui secoue de plus les consciences et malmène les narcissismes, ce livre ne sera pas écrit par mes soins. D’autres peut-être. Je résiste tout en jetant l’éponge. Le nombre de lectures de ce billet confirmera ce que je pense de la génération…. (censuré)


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