La montée du FN vue depuis la Belgique

par Jonatan G.
jeudi 10 avril 2014

Une des principales observations des municipales en France, c'est la montée du Front National. Comment cette montée est-elle perçue depuis la Belgique ?

Le Parti Socialiste s'est pris une gifle, le Front National est en hausse et s'empare de plusieurs mairies. La France semble inquiète du résultat des urnes.

La Belgique est un pays à la fois proche mais si différent de la France. Le système politique belge est beaucoup plus complexe et impose des coalitions au sein desquelles, généralement, socialistes et libéraux sont amenés à gouverner ensemble.

Les deux systèmes ont leurs avantages et inconvénients. Faire cohabiter la gauche et la droite (une situation "ingouvernable" d'après de nombreux Français) a pour conséquence de confronter davantage de points de vue et d'arriver à un compromis, le plus juste possible. Bien entendu, chaque parti ne verra que quelques éléments de son programme appliqués.

En France, un parti a toute la latitude nécessaire pour mener sa politique pendant plusieurs années. Cela permet d'être nettement plus entreprenant, mais expose bien plus la majorité aux critiques.

La France est aussi fort cataloguée extrême-gauche, gauche, droite et extrême-droite. En Belgique on parle plutôt de socialistes, libéraux, chrétiens-démocrates/humanistes, écologistes. Il faut aussi préciser que les extrêmes sont nettement moins représentés chez nous, hormis peut-être le Vlaams Belang en Flandre, mais qui a perdu des plumes au profit des nationalistes de la N-VA.

En Belgique, on se plaint beaucoup de nos politiciens, quelle que soit leur couleur. Mais ce n'est pas pour autant que nous irions manifester ou que nous changerions radicalement notre vote d'élection en élection. Certains diront : c'est bien simple, on peut voter pour qui on veut, de toute façon ils se retrouveront tous dans la même coalition au gouvernement.

L'impression que peut donner la France, c'est que quand la gauche est au pouvoir, le citoyen décide de voter pour la droite. Et inversement. Et le Français a la réputation de ne jamais être content.

Cette montée du FN inquiète, parce que derrière une apparence de parti solide et organisé plane cette réputation probablement fondée de groupement liberticide, négationniste voire néo-nazi, qui emploie un ton moins provocateur pour se dédiaboliser mais qui n'oublie pas ses origines.

Les sombres périodes de notre histoire paraissent loin, mais il y a lieu de rappeler que Hitler a été élu démocratiquement, avec un masque de "redresseur" de l'économie qui cachait un tout autre personnage.

L'histoire est plus proche qu'on ne le pense. Et ce qui fait d'autant plus peur, c'est que la majorité des électeurs du FN ne l'ont probablement pas fait par conviction profonde, mais plutôt par dépit. Ces électeurs ne sont sans doute ni fascistes, ni racistes, ni néo-nazis. Ils ont voté pour le FN comme ils auraient pu voté pour n'importe quel parti s'affichant "ennemi" des partis traditionnels.

Et il nous apparaît comme un signal très dangereux que de donner tant de pouvoir à un parti dont on peut, à juste raison, douter des intentions réelles. L'acte de voter est un choix. Lorsqu'on désigne un parti ou un candidat, on émet le souhait de voir ce parti ou candidat au pouvoir. Avec toutes les conséquences que cela suppose. On ne vote jamais contre un parti, mais toujours pour un parti ou un candidat.

Ce phénomène de vote contestataire existe très peu en Belgique et nous interpelle sur l'usage qui est fait de cette démocratie durement acquise.


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