La reconnaissance par Hollande du massacre de français musulmans d’Algérie le 17 octobre 1961 par la police française est décriée par la droite

par menou69
jeudi 18 octobre 2012

Que s'est-il passé le 17 octobre 1961 à Paris ?
 
En réponse au couvre-feu qui leur est imposé par la préfecture de police et dans un climat de tension à cause des attentats de l'OAS, le FLN appelle le 17 octobre 1961 à une manifestation pacifique et sans arme.

30 000 français musulmans d'Algérie, dont des femmes et des enfants, venant principalement des bidonvilles de Nanterre et Aubervilliers répondent à l'appel et convergent vers la place de l'Étoile à Paris. Mais alors qu'ils arrivent vers le boulevard Saint-Michel, le préfet de police Maurice Papon ordonne de stopper la manifestation. Ce sera fait dans un déchaînement de violence.

Le bilan officiel est de trois morts et 64 blessés mais l'historien Jean-Luc Einaudi, qui a publié en 1991 La bataille de Paris (Points), estime que la réalité est plus proche des 200 morts, voire de “plusieurs centaines”. (Voir ci-dessous une vidéo d'archives de l'INA)

Le site "Rue 89" a publié le 27 septembre 2011 un article de Robert Zaretsky, professeur d'histoire à l'université de Houston, traduit par Agathe Raymond Carlo, qui décrit dans le détail ce fait douloureux de notre passé.

Le journaliste et écrivain Jean-François Kahn était sur place ce jour là. Sa version des faits avait été refusée par le journal pour lequel il travaillait à l'époque. Ce dernier avait préféré la version du préfet de Paris en exercice au moment des faits, Maurice Papon, également celle du ministère de l'intérieur : "pas de manifestants tués par la police française mais des règlements de compte entre Algériens. (Écouter son témoignage sur France Info ).


 

Ce mercredi 17 octobre 2012 François Hollande a reconnu la répression sanglante de 1961.

A l'occasion du 51e anniversaire de ces évènements, François Hollande dans un court communiqué a déclaré : "le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes".

Le chef de l'État se différencie ainsi de ses prédécesseurs, particulièrement de Nicolas Sarkozy, qui ont toujours refusé de reconnaître ces faits. L'année dernière, pour les commémorations des cinquante ans de cette tragédie, la pression politique s'était intensifiée sur l'Élysée, mais Nicolas Sarkozy n'avait présenté aucune excuse, au grand dam des associations.

Il faut noter que François Hollande reconnaît la répression, mais ne fait pas acte de repentance. François Hollande n'est pas allé jusque-là. Il me semble qu'il a eu raison. Les faits et l'histoire doivent primer sur les jugements moraux.

La France fait un pas vers l'établissement de la vérité sur cette période. Si les Algériens acceptent d'en faire autant sur les atrocités qui ont eu lieu aussi chez eux, le temps des mea culpa pourra venir ensuite. La priorité, c'est d'ouvrir les archives. Des deux côtés de la Méditerranée.

 

L’opposition n’a pas apprécié la prise de position officielle de François Hollande

Cette reconnaissance a provoqué la colère de Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Pour lui il est intolérable de mettre en cause la police républicaine et avec elle la République toute entière"

"S'il n'est pas question de nier les événements du 17 octobre 1961 et d'oublier les victimes, il est intolérable de mettre en cause la police républicaine et avec elle la République toute entière", écrit-il dans un communiqué.

"Le président de la République doit préciser si son simple et très court communiqué vaut reconnaissance de la responsabilité de la France", ajoute le député UMP.

Un peu plus tard il déclare à des journalistes dans les couloirs de l'Assemblée : "Nous sommes en 1961 avec un président de la République qui est le général de Gaulle, avec une démocratie qui fonctionne".

Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du Front national, a également critiqué la décision de François Hollande de reconnaître la responsabilité de la France.

"Ces gens qui mettent la France, les responsabilités de la France en cause, ils ne sont pas chargés de ça, pas plus Mr Chirac que Mr Hollande n'ont autorité pour reconnaître la culpabilité ou l'innocence de la France", a-t-il dit sur RTL.

François Fillon lui non plus n'a pas apprécié la reconnaissance par François Hollande : "J’en ai assez que tous les 15 jours, la France se découvre une nouvelle responsabilité, une nouvelle culpabilité. On n’a pas besoin de ça", a pesté l’ex-Premier ministre sur Europe 1. "Bien sûr qu’on peut reconnaître. Mais il y a aussi les crimes en Algérie au lendemain de l’indépendance, les massacres contre les harkis, les archives algériennes jamais ouvertes. Ou on met tout sur la table, ou on ne le fait pas", a-t-il conclu. ( Voir vidéo ci-dessous).


François Hollande a-t-il eu raison de reconnaître ces faits ?

Contrairement à ce que disent certains des membres de l'UMP c'est bien la police parisienne qui s'est déshonorée dans le massacre de 1961 et pas seulement le préfet Maurice Papon. C'est donc bien un crime qui engageait l'État. Et un crime contre des Français puisque, ne l'oublions pas, l'Algérie était française à ce moment-là.

Ce communiqué du Président de la Républque est un signe d'apaisement envers l'Algérie, et aussi envers tous les Algériens de France dont les enfants sont souvent français. Car les enfants des manifestants de 1961 sont des citoyens français. D'autant que depuis plusieurs années il y avait autour du massacre du 17 octobre et de sa non-reconnaissance une certaine crispation en France chez les jeunes gens issus de l'immigration.

Le geste de François Hollande est également stratégique : l'Algérie a une influence forte dans la région du Sahara, en Libye, au Mali, et sur la question des otages. C'est un allié potentiel qui joue un rôle essentiel. On ne peut pas s'en passer.

Sources : Rue 89, France Info, L'Express, RTL,


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