La SÚnatrice Marie-Christine Blandin (EELV) et les paroles de la Marseillaise…

par Bawedin V
mercredi 29 mai 2013

La Sénatrice Marie-Christine Blandin (EELV) et les paroles de la Marseillaise… ou quand une certaine gauche oscille entre inculture historique et haine de la Révolution.

Dans le cadre du projet de loi sur la refondation de l’école, la sénatrice EELV Marie-Christine Blandin a fait, le 24 mai, une intervention au Sénat pour s’émouvoir des paroles de La Marseillaise (lien).

Le passage incriminé est le suivant « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Il ne s’agit rien de moins que du refrain de La Marseillaise (lien). La sénatrice écologiste y voit « un appel à la xénophobie » et une « hérésie scientifique ».

Si l’on ne peut être que d’accord sur le fait qu’aucun sang qui coule dans les veines, quelles qu’elles soient, est impur, à hérésie, hérésie et demie ! L’hérésie de Madame Blandin est une hérésie historique. Quant au rapprochement qu’elle fait de ces paroles avec les actes terroristes survenus en Angleterre cette semaine, il est tout simplement abject.

Car qu’est-ce que La Marseillaise sinon un chant révolutionnaire de combattants qui luttaient contre le retour de l’Ancien Régime ? Et quid de ce « sang impur » qui a fait couler beaucoup d’encre ? Selon les Historiens André Devyver et Frédéric Dubourg1, le « sang impur » n’est pas celui de l’ennemi mais celui des révolutionnaires (ils se nommaient eux-mêmes « les sangs impurs ») prêts à donner leur vie en combattant, dans les sillons, contre l’aristocratie. Cette auto-désignation, qui révèle une certaine autodérision, est faite en opposition au sang bleu des aristocrates, un sang soit disant « pur » et « noble ».

Doit-on rappeler que dans l’Europe monarchique, la France est alors le seul pays où souffle un vent révolutionnaire qui amènera à la République ? Madame la sénatrice oublie-t-elle la longue opposition catholique à la Marseillaise, parce que chant Révolutionnaire ? D’ailleurs, l’une des dernières personnalités politique à avoir publiquement souhaité le changement des paroles de La Marseillaise est une certaine… Christine Boutin (lien) ! Madame Blandin a de drôles d’accointances sur le sujet. Nous n’irons pas jusqu’à penser, puisque Madame Blandin aime à se raccrocher à l’actualité récente, qu’il y a un rapprochement de la sénatrice écologiste EELV avec le mouvement du « Printemps français ». Mais incontestablement, la pente d’un révisionnisme pour changer les paroles de la Marseillaise est une pente glissante. Et quand bien même, si l’on n’adhère pas à la thèse des historiens précités, ce « sang impur » serait celui des ennemis de la Révolution. Pouvait-on combattre la fleur au fusil ? Ce chant est un chant guerrier réalisé au moment de la déclaration de guerre à l’Autriche le 20 avril 1792, prémices du processus qui entrainera la chute de Louis XVI dont on sait comment il finit. Il serait inconvenant de demander à Madame Blandin, si à la Convention nationale, le 21 janvier 1793, elle aurait voté pour la décapitation de Louis XVI. Mais nous avons de quoi en douter… .

Plus inquiétant encore est le rapprochement que fait Madame Blandin, par la phrase allusive de son discours, avec les meurtres commis en Angleterre par des fous de Dieu ! Comparerait-elle les fous d’Hala aux révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle ?

Les acquis de la période révolutionnaire, comme ceux du Conseil National de la Résistance (CNR) après guerre, sont aujourd’hui détricotés par le gouvernement PS/EELV, comme par le précédant. Non seulement on assassine une seconde fois les révolutionnaires et les résistants avec les politiques menées actuellement, mais on voudrait en plus gommer les paroles des chants qui leur mettaient le cœur à l’ouvrage !

Alors que « la maison brûle et (que) nous regardons ailleurs » pour reprendre l’excellente formule de Chirac au IVe Sommet de la Terre à Johannesburg (septembre 2002), les conséquences du dérèglement climatique étant une priorité qui devrait intéresser les écologistes ; alors que le monde de la finance étouffe les peuples, certains parlementaires ne trouveraient pas d’autre urgence (sic) que de changer les paroles de la Marseillaise ?

L’inconsistance de ceux qui réclament des paroles de bisounours en sortant ce chant de son contexte est affligeante. A moins qu’il s’agisse d’une haine enfouie de la République et de l’histoire révolutionnaire. L’un n’empêche pas l’autre. Y compris à gauche visiblement...

1 Frédéric Dufourg, La Marseillaise, Paris, Le Félin, 2008


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