La souveraineté de la France

par MUSAVULI
vendredi 9 novembre 2012

Il devient quasiment vital pour la démocratie que la France entreprenne sérieusement de reprendre certains acquis traditionnels de sa souveraineté. Les conditions dans lesquelles le traité budgétaire européen a été ratifié le 11 octobre dernier continuent de susciter des questionnements légitimes. Pas de véritable débat national sur un texte de cette importance ?

Le projet du traité avait été initié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Dénoncé par les socialistes lorsqu’ils étaient dans l’opposition, ces derniers l’adoptent finalement une fois élus. Il n’y a même pas eu de véritable débat entre la gauche et la droite parce que l’UMP (opposition) et la majorité de gauche ont tous massivement voté le texte. Le seul débat qui les a opposés consistait à se traiter mutuellement de « menteurs ». Il y avait pourtant des questions de fond sur ce traité qui va avoir des répercussions directes sur « la vie des gens ».

Au lieu de s’affronter sur le fond des problèmes, nos politiques se fourvoient dans des sujets dérisoires comme cette affaire du « pain au chocolat ». On en est donc là et personne ne parle du « dépouillement » de sa souveraineté que subit progressivement la France du fait de la mondialisation et de l’accaparement « boulimique » de nos pouvoirs nationaux de décision par les institutions de l’Union Européenne.

Tout ceci se traduit dans le visage des élus de bonne foi qui voudraient juste décider d’un petit rien dans un petit coin de la France et qui se retrouvent quasiment les mains liées.

Les fruits et légumes que nos paysans parviennent à produire « par la sueur de leur front » sont jetée dans la nature, parfois pour moitié, parce qu’ils ne correspondent pas à la « bonne taille » prescrite par les « normes ». Pendant ce temps, quelque part dans le monde, et même dans la ville juste à côté, des familles se retrouvent devant un frigo vide.

Comment en sommes-nous arrivé là ?

Il ne s’agit pas ici de prôner le « repli-sur-soi » et la fermeture des frontières. Les politiques d’ouverture à l’Europe et au monde étaient, au départ, objectivement justifiées. La France aurait été ruinée comme la Corée du Nord si elle s’était refusée à la moindre ouverture de son économie sur la mondialisation libérale. On y a perdu, mais aussi, on y a beaucoup gagné. On n’ose même pas ce qu’il en serait advenu de l’Hexagone tellement une telle politique de fermeture aurait exigé de répression d’Etat et de privation de libertés.

Il fallut donc jouer le « jeu » de la mondialisation et de l’ouverture sur l’Europe. Sauf qu’aujourd’hui, il parait opportun de se demander si on n’est pas allé trop loin et trop vite et qu’il faut revenir sur certaines concessions qui se traduisent par la ruine progressive du peu de souveraineté que nous croyions encore détenir entre nos mains.

Qu’il ne puisse pas y avoir de malentendu : la construction européenne répondait à l’impératif de la « paix durable » après qu’on se fut entretué pendant des siècles sous la bannière de nos nations respectives. Les excès des nationalismes ont mené à d’épouvantables boucheries au cœur-même de l’Europe. Dès lors, plus personne de normalement constituée n’oserait se laisser aller à des choix politiques qui mèneraient à des tragédies de cette nature. La shoah, Solferino, les tranchées, le carnage sur les plages de la Normandie,…

Tout ceci est connu de tout le monde, mais ne doit ni expliquer ni justifier un tel niveau d’abandon des souverainetés nationales. Les Français, comme « nation », doivent pouvoir s’assurer qu’ils peuvent décider souverainement sur certains sujets sans être obligés de se conformer aux règles imposées d’ailleurs, parfois sur des sujets dérisoires.

Sur le budget national, par exemple, les députés et sénateurs ont encore la possibilité de mener la fronde. On ne va pas figer dans le marbre un texte qui prévoit d’infliger de lourdes sanctions à un « Etat souverain » si elle laisse échapper quelques dépassements budgétaires. Dans les entreprises et même dans les ménages, les dépassements sont fréquent, mais elles se rattrapent sans qu’il ne soit besoin de se soumettre au dictat de quiconque. Les gens ne sont pas des irresponsables, encore moins des élus disposant du mandat d’un peuple.

Ou alors on considère qu’ils sont effectivement irresponsables, auquel cas on prend acte et on en tire toutes les conséquences. On supprime les institutions nationales (parlement, présidence, gouvernement,…) et on s’en remet directement à ceux qui croient détenir tous les pouvoirs sur les peuples, y compris la taille des poivrons.

Dans un tel scenario, on exige que les commissaires européens, à l’origine de cette véritable opération de dépouillement des pouvoirs nationaux, se présentent directement devant les peuples avec leurs programmes détaillés.

C’est tellement facile, lorsqu’on est nommé, et non pas élu, de rédiger des « lois » sachant qu’on ne viendrait pas affronter la colère des populations à la base qui en subiraient les effets.

La liste de tous les pans de la souveraineté française qui ont été perdus est tellement longue que les élus devraient désormais se préparer à « rechigner » chaque fois qu’un possible nouveau transfert des pouvoirs de décision à Bruxelles est envisagé. Dans l’état où on en est, il n’est même pas besoin de militer dans les milieux d’extrême droite pour se rendre compte qu’on est allé trop loin et trop vite et qu’il faille reconsidérer certaines choses.

Il parait qu’après le Général de Gaulle et Georges Pompidou, nous n’avons plus eu véritablement de Président-qui-décide…

Boniface MUSAVULI


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