La tentation du tripatouillage électoral de la macronie

par Laurent Herblay
samedi 5 septembre 2020

Dans la deuxième quinzaine de juin, nous avions eu droit à l’invraisemblable feuilleton du potentiel report des élections régionales prévues en 2021, avant que la majorité ne finisse logiquement par abandonner l’idée. Mais il semble que les marcheurs n’aient pas abandonné tous leurs projets dignes d’une république bananière, avec la possible réforme du mode de scrutin législatif

 

La démocratie façon autocrate

Il y a eu beaucoup d’indulgence dans la présentation de l’abracadabrantesque projet de report des élections régionales. Après tout, en démocratie, les élections locales se tiennent toujours à dates fixes. En revanche, un dirigeant peut choisir d’avancer des élections nationales pour trancher démocratiquement un débat important. Mais reporter une élection est plutôt une pratique d’autocrate impopulaire qui souhaite éviter le verdict des urnes. Macron semblait carrément prêt à monnayer ce report, dont le seul et unique objectif était d’éviter une nouvelle débâcle à ses troupes à un an de la présidentielle, et ne pas donner d’air électoral à la droite avant 2022. Cela aurait été un pur report de convenance.

L’habillage était un exercice de langue de bois totalement surréaliste tant il n’était pas crédible, incapable de camoufler la seule raison, purement politicienne… Soutenir qu’une élection en mars risquait de perturber la mise en place du plan de relance n’avait aucun de sens. Logiquement, une partie de l’opposition a refusé et dénoncé cette grossière manœuvre et l’exécutif a été contraint de reculer. En reste un nouvel épisode au passif de la macronie, qui n’a aucune limite pour tenter de servir ses intérêts jusqu’à vouloir repousser une élection gênante. Et pour couronner le tout, ce manque de respect pour la démocratie s’accompagne d’une grande légèreté tant il était évident que l’idée ne passerait pas. Elle était tellement saugrenue qu’au début, j’ai pensé à une fausse information qui allait être démentie…

Mais rien n’arrête la macronie, comme le confiait le Canard Enchaîné il y a quelques semaines. Voilà que les marcheurs veulent s’attaquer au mode de scrutin pour les élections législatives. Encore une fois, il ne leur vient pas à l’idée que la manœuvre est extrêmement grossière et va forcément être très critiquée. Un changement en début de mandat peut être une question de principe. Mais, en fin de mandat, surtout si l’on conçoit un mécanisme inédit, destiné à maximiser le nombre de sièges de la majorité, cela ressemble à s’y méprendre à une manœuvre que bien des marcheurs dénonceraient si elle avait lieu dans certains pays. Et la copie rendue par Jean-Louis Bourlanges, du Modem, a de quoi rendre méfiant n’importe quel citoyen ou commentateur de la vie publique un minimum objectif.

Alors que la France compte des régions et des départements, le député propose la création de 53 nouvelles circonscriptions, regroupant en général deux départements, à quelques exceptions près. Le scrutin resterait à deux tours, mais à la proportionnelle, en se limitant à un seul en cas de liste dépassant la majorité. Difficile de ne pas y voir une grosse manipulation destinée à favoriser les marcheurs, ce chamboule-tout visant à affaiblir les députés implantés depuis longtemps, ce que peu de marcheurs sont. Même si cela ne nécessite qu’un accord de l’Assemblée, on peut penser qu’un tel projet, arrivant si tard dans le calendrier, devrait provoquer une forte opposition, et a peu de chances de voir le jour.

Mais ce faisant, la macronie apparaît à nouveau sous un bien mauvais jour. Non seulement de tels projets ont un caractère peu démocratique, pour ne pas dire plus. Mais en outre, cela donne une impression de très grande légèreté et de superficialité, à se lancer de telle manière dans des projets aussi délicats qui ont tout pour se retourner contre eux…


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