Le coup de gueule de Carla, ou Sarko-les-miquettes

par Fergus
vendredi 5 septembre 2014

Cela s’appelle du « storytelling », autrement dit l’art de raconter des bobards pour faire passer un mensonge ou une inflexion politique en l’enrobant dans une belle histoire. Et si le coup de gueule de Carla Bruni n’était qu’une manière de préparer l’opinion à un renoncement de Sarkozy ? 

Ils sont comme cela, les leaders politiques : ils détestent être pris en flagrant délit de faiblesse. Et cela vaut tout particulièrement pour une personne comme Sarkozy. Doté d’un ego hypertrophié et d’un penchant naturel à la mégalomanie, l’homme se croit un destin messianique. Malheureusement pour lui, le paysage politique français n’évolue pas dans un sens favorable à son retour. Alors, forcément, Sarkozy doute.

Les Français se détournent en effet de lui, et les électeurs de l’UMP se montrent eux-mêmes nettement moins enthousiastes à l’idée d’un remake de film dont ils connaissent chaque trait de caractère du héros. Refaire confiance à un homme aussi clivant, aussi générateur de haines, aussi marqué par des dérives comportementales peu compatibles avec la fonction présidentielle, est évidemment un repoussoir pour un nombre croissant d’électeurs de droite. Pour ceux-là, le battu de 2012 n’est plus le meilleur champion possible pour défendre leurs couleurs. C’est pourquoi Sarkozy doute. 

Tout naturellement, cela se traduit dans les enquêtes d’opinion où joue de plus en plus l’effet de vase communiquant : plus Juppé monte, plus Sarkozy descend. Et les épées de Damoclès judiciaires qui pèsent sur la tête de l’ex-président ne sont pas faites pour rassurer les électeurs libéraux, désireux de balayer à coup sûr les socialistes du pouvoir en 2017. Or, comment en être certain si le champion désigné peut, à tout moment, exploser en plein vol, tel un Strauss-Kahn, rayé de tout avenir présidentiel par un « acte manqué » aux allures de suicide politique ? Bref, Sarkozy doute !

C’est dans ce contexte que Le Parisien nous a appris que Carla Bruni aurait « fait une crise  ». L’objet de ce spectaculaire coup de gueule savamment médiatisé : le retour annoncé de son mari au premier plan de la scène politique nationale. Un retour dont l’ex-première dame ne voudrait plus entendre parler, tant elle aurait souffert au côté du président en exercice durant le précédent mandat.

Bizarre, non ? Voilà une femme qui n’a jamais tari d’éloges sur les prodigieuses capacités de son mari, jamais manqué de souligner la chance que son retour aux affaires représenterait pour la France en ces temps difficiles. Or, c’est cette femme-là qui, aujourd’hui, perdrait son sang-froid, au point de laisser penser dans l’opinion que le retour au premier plan de Sarkozy lui causerait une indicible souffrance.

La stratégie du retour programmé de l’ex-président n’en reste pas moins d’actualité. Et pour cause : Sarkozy crève d’envie d’en découdre et d’effacer l’affront de mai 2012. Mais, malgré les œillères qui ont toujours occulté une partie de sa vision, il mesure également les énormes obstacles qui vont se dresser sur sa route. Ne serait-ce que cette primaire UMP actée par les militants, et que le coup d’avance joué par Juppé a contribué à rendre encore plus incontournable. Se confronter à « Ducon » ou « Durien » dans l’arène de cette primaire est un « piège à cons » où il n’y a que des coups à prendre. D’où les miquettes d’un Sarko échaudé par le grave et spectaculaire échec de Ségolène Royal en 2011 !

C’est dans ce contexte qu’intervient l’intérêt de faire monter Carla au front médiatique, à charge pour elle de communiquer sur la frayeur que lui inspirerait le retour annoncé de son mari. Objet de la manœuvre : permettre à Sarkozy, par amour pour la dame de son cœur, de renoncer sans perdre la face à ce retour au premier plan. En inspirant une telle histoire à son entourage, Sarkozy ménage l’avenir, et cela quelle que soit la décision qu’il prendra. Soit, appelé par son devoir, il montera au combat pour « sauver le pays du désastre ». Soit, avec une admirable volonté, il renoncera à son destin messianique « par amour pour la mère de sa fille ». Tout un art, le storytelling ! 


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