Le destin de Macron était en marche bien avant janvier 2017

par Bernard Dugué
jeudi 11 mai 2017

Destin, ce mot est employé en théologie mais aussi en philosophie. Destin et providence peuvent aussi se conjuguer, avec une résolution dialectique. Destination est une autre notion qui s’accorde avec l’essence de la philosophie dont la finalité est d’ouvrir des chemins. C’est en marchant que les chemins s’ouvrent. Et que la providence effuse depuis les hauteurs du Dasein historial. Le Kronos en marche, le Telos hégélien supprime le PS, le LR, FI et enfin FN. Le Telos heideggérien montre l’avènement, l’Ereignis dans le monde historique. Et Manuel qui Valls sur Hegel, affirmé, supprimé et le verdict final de l’Aufhebung, conservé ou pas ?

Je me rappelle de ce moment précis lorsque, le 9 janvier, les élections semblant pliées pour François Fillon dont le chemin vers l’Elysée semblait tracé, j’écrivais un article. Trois jours plus tard, une intuition m’a conduit à envisager une possible élection d’Emmanuel Macron dans le contexte d’un effacement du PS et d’une alliance avec François Bayrou. Ce n’est que plus tard que les ennuis judiciaires allaient commencer pour le leader des LR et que les ennuis politiques se dessinaient pour le PS et son lauréat des primaires. Le destin était en marche.

Depuis le début de l’année 2017, les événements politiques se sont entrelacés, sous le règne des deux qualités du Temps, Kronos et Telos. Le 7 mai 2017, le candidat en marche est arrivé au terme provisoire de son chemin pour une première station, seulement deux ans après avoir lancé son mouvement et guère plus de trois à figurer sur les radars médiatiques. Tous les analystes ont été surpris. Je note aussi sur mon carnet de route un article du 4 janvier sur le piètre état de la philosophie française. Ce qui est consistant avec les propos de Michel Onfray largement dépassé par les événements pour éclairer cette élection, lui qui s’est improvisé historien pour nous conter l’histoire occidentale comme longue décadence.

Personne ne dispose des outils philosophiques complets pour expliquer le phénomène Macron. La plupart s’expriment en affichant des préjugés, des fantasmes, des obsessions, des jugements partisans, bref, tout ce qui éloigne de la clarté en obscurcissant l’intelligence des choses. Que d’idioties lues sur les réseaux sociaux et les médias citoyens. L’ignorant de l’ère numérique transposé au début du 19ème siècle et regardant Napoléon sur le pont d’Arcole aurait conclu à un numéro de cirque exécuté par un cavalier venu frimer pour la galerie. Hegel y a vu l’Esprit du monde. Les ignorants ont vu chez Macron le candidat des banques, du système, ou alors une marionnette fabriquée par les médias au service du néo-libéralisme. C’est la marque du populisme qui refuse d’entrer dans la complexité des choses et se repaît de jugements simplistes.

L’élection de Macron se situe dans la continuité d’une ascension politique inédite et s’explique par plusieurs facteurs. D’abord une personnalité forte et atypique, plutôt bienveillante, refusant le clivage, capable de revoir à chaque moment le cap. Puis un contexte économique, global, et technologique profondément bouleversé en 25 ans. S’ajoute à cela la mécanique politicienne ancienne, la possibilité de communication avec les réseaux sociaux, les partages d’information. Et puis l’énigme du Temps et des émergences. Les qualités énergétiques des candidats aussi. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen entrant dans la catégorie des joueurs démoniaque si bien décrite par Broch dans son traité sur la folie des masses.

Ce qui se passe en France, c’est la fin d’un système bipolaire organisé autour du PS et du RPR et de surcroît déphasé par rapport aux transformations du monde. La Cinquième République est en crise. Ce n’est pas une crise des institutions mais des hommes. Cette situation rappelle la fragile république de Weimar. Avec les deux mouvances qui l’ont achevée en une longue décennie. Mélenchon rappelle par certains aspects la Ligue spartakiste qui incarna l’insoumission gauchiste face à Weimar alors que Le Pen et le FN sont des mouvements sectaires jouant un rôle équivalent au NSAPD mais avec des traits très éloignés, excepté l’autoritarisme et le culte du chef.

Broch donc, et Heidegger pour entendre l’appel résolutif du Dasein avec les harmonies sombres des frontistes et des insoumis et les harmonies plus apaisantes des gens en marche. Faut-il convoquer Jung et les symboles inconscients de l’humanité ou Jaspers et les symboles à lire comme signes des temps ? Le Dasein parle aussi à travers les symboles. Mais les Français savent-il entendre, eux qui pour beaucoup se situent dans un déni de réalité comme du reste Gérard Miller, venu du divan pour devenir un dévot de Mélenchon au risque de perdre la raison. Où sont les Lumières, Voltaire et Kant dont la célèbre devise incite à avoir le courage d’utiliser son entendement. Et en 2017, de savoir entendre les choses avec lucidité sans se laisser manipuler par les simplismes nourrissant les ressentiments. Le tour de magie est redoutable. Les gens démoniaques vous font croire que la saleté est dans le monde, dans le système, et que vous, purs agneaux issus de Jeanne d’Arc ou de la Révolution, êtes victimes de ces puissants et des élites mondialistes.

Osons un clin d’œil herméneutique sur cette marche symbolique de trois minutes exécutée par Macron avec en arrière fond la pyramide du Louvre. C’est un symbole qui est à double tranchant, à double sens. La plupart y ont vu la continuité avec Mitterrand ce qui est trivial, tout comme le signe du pouvoir suprême qui s’exerce dans la solitude. La pyramide, lorsqu’elle est inachevée, symbolise l’œil d’Horus, l’œil de la providence. C’est un symbole maçonnique, une pyramide tronquée que l’on retrouve, surmonté par un œil, sur le billet de 1 dollar dessiné par un comité réunissant le franc-maçon Franklin et Jefferson. Ces notes pourront servir aux allumés du complotisme qui y verront la marque des Illuminati et du diable maçonnique avec les puissances lucifériennes de la finance.

L’autre interprétation repose sur Macron incarnant un personnage biblique. Lors d’une émission télévisée sur la Trois, l’un des invités évoqua une figure christique pour ensuite se décaler vers une autre figure, celle de Moïse. En ce cas, la marche de Macron symbolise la sortie d’Egypte et pour plus de précision, on lira ce lumineux texte que représente l’Exode et qui s’il est interprété au niveau le plus haut, raconte non pas une sortie depuis un espace mais depuis un temps. Lorsqu’une époque est achevée et que l’on est devenu esclave du passé, il faut ouvrir un nouveau chapitre de l’Histoire. C’est un peu le sens de l’élection de Macron. Ouvrir le futur, prendre les distances avec les anciennes formations en évitant le « naufrage prévisible avec Mélenchon et Le Pen ».

L’œil de la providence et les racines du Dasein ont propulsé une nouvelle étape incertaine pour la vie politique française. Macron nous invite à prendre racine dans une autre période mais l’essence du marcheur, c’est de tracer aussi son propre chemin. Si la république est en marche, elle ne pourra s’accomplir qu’avec la dissidence en marche.

Il y aurait beaucoup d’autres choses à expliciter et à comprendre. J’en ai assez dit pour le lecteur moyen. La seule attitude sage se résume à une formule ; wait and see ! Complétée par une seconde ; DO IT !


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