Le différend entre les États-Unis et la Chine sur Taïwan

par Carlo Marino
mardi 7 août 2018

Taïwan reste une question de la plus haute importance dans le différend entre les États-Unis et la Chine. Après une parenthèse relativement calme de vingt ans, l’importance géopolitique de l’ancienne île de Formose est de nouveau mise en évidence. Au niveau diplomatique, le 16 mars, la Taiwan Travel Act est entrée en vigueur. Il s’agit d’une mesure américaine qui encourage l’échange de visites entre hauts responsables américains et taïwanais. Cela a provoqué l'indignation de Pékin. L'Institut américain de Taïwan a également été inauguré et décrit par son président James Moriarty comme la pierre angulaire des relations bilatérales entre Washington et Taipei.

 

Sur le plan stratégique, Taïwan fait partie du confinement anti-chinois des États-Unis qui va du Japon à l'Inde, en passant par la Corée du Sud, les Philippines, l'Indonésie et le Vietnam. Une barrière tenue par les États-Unis pour empêcher à la Chine d'étendre son influence en Asie de l'Est. Taipei dans ce cadre est une sorte de porte-avions américain qui pointe vers le territoire chinois. Pékin veut annexer Taïwan d'ici 2050, l'année après le centenaire de la fondation de la République populaire. La réunification est considérée comme un élément essentiel du processus de « résurgence nationale » recherché par Xi Jinping, qui devrait être achevé au milieu du siècle.

Cependant, la route menant à la solution de la question taïwanaise est entravée par des obstacles. Pour commencer, le Parti progressiste-démocrate taïwanais (PPD) est au gouvernement depuis mai 2016 et contrôle désormais à la fois l'exécutif et le parlement. Le PPD rejette le principe "un pays, deux systèmes" promu par Pékin et semble être indépendantiste (une ligne rouge infranchissable pour Pékin), en dépit du fait que le président Tsai Ing-wen a tenté d'atténuer la tension et garantir la paix. Avant l’arrivée du PPD, les Chinois envisageaient de réaliser une unification pacifique par le biais de concessions économiques unilatérales à Taïwan, qui devraient transformer progressivement une sorte d’interdépendance économique en influence politique. Cependant, ce projet a provoqué une vague d'indépendance dans la population taïwanaise, qui ne veut perdre son indépendance de facto, et qui s'est achevée par l'occupation du Parlement par le Mouvement des tournesols en 2014. Le nouveau plan de Xi serait d’attirer de plus en plus de Taïwanais dans la République populaire de Chine en garantissant l’égalité de traitement et des opportunités économiques considérables et en cherchant dès lors à réaliser au départ une intégration sociale et, plus tard, politique. Pékin travaille également à la déstabilisation de Taïwan en désarticulant son réseau de relations diplomatiques et d’alliances. En fait, la Chine est en train d’"achèter" l'un après l'autre les pays qui ont des relations avec Taipei, les derniers en date étant le Burkina Faso et la République dominicaine, qui, en échange des avantages économiques promis par la RPC, ont mis fin à leurs relations diplomatiques avec Taïwan.

Aujourd'hui, moins de vingt États ont des relations diplomatiques avec l'ancienne île de Formose : la plupart des petits États du Pacifique et le Vatican. Loin de l'affichage des titres des média, un rapprochement hésitant entre le Vatican et Pékin est en train de se dessiner peu à peu. Le Saint-Siège et la République populaire de Chine (RPC) ont intensifié les pourparlers bilatéraux et plusieurs réunions ont eu lieu alors que les parties tâchaient de naviguer dans les multiples complexités d’un accord pour la nomination d’évêques catholiques sur le territoire chinois. Un accord mettrait fin à 70 ans de relations problématiques depuis la rupture des rapports suite à la prise de contrôle de la Chine par les communistes. En cas de succès, un accord représenterait la première fois que la Chine moderne établira des relations formelles avec un guide spirituel. Les États-Unis de toute façon soutiennent officiellement la politique d’une seule Chine, qui ne reconnaît qu’une seule Chine depuis 1979. Malgré cela, la « province rebelle » de Taïwan continue d’être un outil utile pour exercer une pression sur la République populaire et redéfinir les relations reciproques.

Pour ces raisons, les États-Unis sont aujourd'hui le principal sponsor de la sécurité de l'île et augmentent leurs approvisionnements militaires à Taipei. Les forces armées taïwanaises vont bientôt acquérir une centaine de chars américains M1A2 Abrams pour relancer leurs forces blindées, en remplacement des M60 et M48 désormais obsolètes. Il y a une mise en œuvre de la stratégie de "dissuasion multiple" contre d'éventuelles invasions militaires. Le ministre taïwanais de la Défense a révélé que son pays négocie avec les Etats-Unis une éventuelle acquisition du F-35B (Short Take-Off Vertical Landing - version décollage court et atterrissage vertical), conçu pour s'affranchir des longues pistes d'atterrissage extrêmement vulnérables aux missiles balistiques chinois, ce qui garantirait une flexibilité considérable en cas de guerre. Les États-Unis continueront d’exploiter Taïwan comme arme de négociation et comme instrument de pression à l’égard de Pékin, conformément à la stratégie d’endiguement de la RPC qui sera renforcée dans les années à venir. En faveur de Taïwan sera joué un match décisif de cette confrontation géopolitique au niveau mondial.


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