Le Front National : « danger », « recours » ou simple défouloir ?

par Jean de la Beauce
jeudi 12 septembre 2013

On aime ou on déteste Le Pen. Mais si on doit retenir une de ses citations, ce serait celle-ci : "on s'engage en politique pour réagir à une injustice". D'autres ne retiendront que l'affaire du "détail" et les provocations de ce fantasque tribun. Toutefois beaucoup de gens ont suivi l'axiome précité au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2002 en votant pour lui. Il obtint 18% des voix, un électorat très hétéroclite où on retrouvait d'authentiques démocrates choqués par le baratin et le rouleau compresseur politico-médiatique qui a suivi le 21 avril. Chirac transformé en chevalier blanc de la république ! La France en danger ! Allons bon ; les esprits critiques ont surtout retenu que ce sont ceux qui ont aggravé les conditions de vie de nos compatriotes qui ont appelé au front "antifasciste"... c'était un peu facile. Chirac était déjà impliqué dans les affaires de la ville de Paris, en tant que président il a renié ses engagements des années 70 - le fameux appel de Cochin - et les socialistes viraient au libéralisme intégral eux-aussi. Economie de marché, ouverture des frontières, déréglementations etc. les couches populaires ont dégusté, pour le plus grand profit d'une élite qui n'admettra jamais qu'un parti d'opposition réelle prenne le pouvoir...

Je fais partie de ceux qui sont allés voir le FN relooké. Celui d'après 2007. En républicain. Et j'ai vu l'envers du décor de cette baudruche que le système érige comme une menace pour mieux canaliser les mécontents. Quelqu'un pense-t-il réellement que ce parti puisse accéder au pouvoir ? Certainement pas les cadres du parti, qui vivent aussi bien que les élus socialistes ou UMP qu'ils dénoncent. L'intérieur du front ? 25000 adhérents maximum à jour de côtise dont 50% de cas sociaux admis au demi-tarif... car on croise peu d'intellectuels et de cadres d'entreprise dans les sections FN. Certes il y a la crainte légitime de représailles en cas d'adhésion. Mais d'autres vérités dérangent l'état-major frontiste... la base militante est très "populaire" : chômeurs, salariés à faible niveau d'étude, beaucoup de dépressifs, des retraités nostalgiques du bon vieux temps... pas terrible pour un parti qui entend prendre des mairies l'an prochain. Peu d'extrémistes véritables toutefois car Marine a fait le ménage, autant par conviction (elle n'est pas de la génération de son père) que par nécessité. 

Donc j'ai vu et j'ai circulé. Ce camarade au chomdu qui souhaitait devenir maitre auxiliaire après avoir bavé sur les fonctionnaires pendant des années... il n'arrivait pas à trouver tout seul l'adresse d'un rectorat sur le net ! Les bonnes soirées "kronenbourg" dans une permanence FN concédée par une municipalité ; parmi ces joyeux drilles peu exerçaient une activité professionnelle véritable. Bon, il y avait aussi des gens cultivés et volontaires... mais ils ne s'attardaient pas au front ; citons Philippe Bernard et Alain Soral par exemple...

Autre malaise : beaucoup de nouveaux adhérents viennent de la "gauche", de Chevènement à l'ex-LCR... ils y voient une force sociale et participent au discours économique progressiste du mouvement, ce qui est une nouveauté dans la mouvance nationaliste française. L'époque ou Le Pen serrait la main de Reagan, c'est fini... on s'adapte à l'époque pour mieux râtisser.

Cependant le front n'est pas plus démagogue que les autres partis. Hollande redresse-t-il le pays ? N'agit-il pas dans la continuité de son navrant prédécesseur ? Délocalisations, baisse du niveau de vie, logements chers, insécurité et délinquance... vivre en France n'est pas de tout repos. Mais le français moyen fatigué de l'incompétence et de l'hypocrisie des partis du pouvoir peut se défouler dans les urnes. C'est le rôle "tisane" du FN...

Cet article n'est pas un énième bavoir d'ancien adhérent. Juste un constat répété. Certes il est scandaleux que le FN n'ait pas les 70 sièges qu'il mérite à l'assemblée nationale et que l'UMP et le PS ne veulent pas concéder (pas fous, ces places sont bonnes)... mais peut-il sérieusement être crédible ? Pas pour ceux qui sont passés par là. Le vote blanc et l'absention ont de beaux jours devant eux. Une classe politique impuissante au pouvoir, une "gauche" qui a trahi ses idéaux et s'est éloigné des classes populaires, une "droite" qui a renié ses valeurs... difficile de croire encore en la politique. 

Une dernière chose : vous remarquerez le niveau des commentaires des militants FN énervés par ce genre d'article ci-dessous : fautes d'orthographes, insultes, aucune jugeotte... vous donne-t-il envie de faire la révolution avec eux ?


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