Le Front National, réincarnation du Parti Communiste

par Laurent Herblay
samedi 10 octobre 2015

Un parti à une extrémité du champ politique, présent pendant des décennies et qui a rassemblé jusqu’à plus d’un quart des Français, sans pouvoir diriger un gouvernement  : cela rappelle quelque chose ? En fait, avant le FN, il y a eu le PCF. Serait-il sa réincarnation pour prolonger la pensée de Todd.

 
Une filiation évidente
 
Jusqu’en 1981, le Parti Communiste faisait parti de la bande des quatre partis qui dominaient la vie politique Française, avec le PS, l’UDF et le RPR. En 1979, il talonne le parti néogaulliste aux élections européennes et en 1981, Georges Marchais fait encore plus de 15% des voix, contre 18% à Jacques Chirac au premier tour des élections présidentielles. Mais en 1983, le Front National émerge et atteint 10% des voix lors des élections européennes de 1984. Plus jamais les communistes ne parviendront à atteindre ce score, tombant jusqu’à 2% avec la candidature de Marie-Georges Buffet en 2007. Les deux partis partagent la même base électorale, populaire, avec une forte présence dans le Nord, dans le Sud-Est ou la Région Parisienne, même si leur géographie électorale n’est pas exactement la même.
 
Ces deux partis sont les partis de la périphérie politique, des rejetés des élites éduquées et aisées, avec un très fort sentiment d’appartenance, contraste saisissant avec l’abandon des classes populaires, quand ce n’est pas le mépris, par les élites de la nation. L’autre point commun de ces partis, assez peu courant pour les grandes démocraties occidentales, c’est d’avoir occupé, de manière durable, une place importante dans la vie politique nationale (y compris la première), sans pour autant n’avoir jamais été en position de prendre le pouvoir, le PCF n’ayant été qu’une roue de secours, un allié loin du centre de gravité de la majorité à laquelle il participait, que ce soit en 1936, au sortir de la guerre, ou encore en 1981. Après plus de trois décennies au-delà de 10%, le FN reste lui aussi loin du pouvoir.
 
Vers une répétition de 2012 en 2017 ?
 
Bien sûr, aujourd’hui, certains frontistes voient le pouvoir au bout du chemin. Pourtant, le destin du PCF, et plus encore, les résultats en demi-teinte des élections départementales (excellent résultat au premier tour, pour une poignée dérisoire d’élus au regard des suffrages réunis), indiquent qu’une grande majorité des Français refusent absolument de lui confier le pouvoir, comme cela était le cas pour le PCF avant. Bien sûr, entre une majorité socialiste discréditée, et une opposition menée par un ancien président sulfureux, jamais le contexte politique ne pourra être meilleur. Si, en 2017, Marine Le Pen affrontait François Hollande et Nicolas Sarkozy, elle incarnerait le changement. Pourtant, même à l’échelle sans doute moins impliquante de conseiller départementale, le FN peine à réunir une majorité.
 
Tout ce qui fait ce parti, et que j’ai toujours dénoncé, forme un cordon sanitaire démocratique, qui l’éloigne heureusement du pouvoir. En outre, si Marine Le Pen a su surfer sur la vague étatitque post-2008, on peut se demander si le logiciel du FN actuel, malgré les succès électoraux récents, outre ses incohérences, sa démagogie et son amateurisme, ne fait pas fausse route. Je crains que la sortie de la monnaie unique soit sortie abîmée de l’épisode Grec et les vents économiques actuels sont tellement libéraux qu’Hollande va souvent plus loin que Sarkozy sur le sujet. Mais l’économie est devenue la digue de protection des anciens UMP face au FN, notamment auprès des personnes âgées et des classes moyennes, en durcissant son discours sociétal. Sarkozy n’aurait-il pas plus de mal face au FN de 2007 ?
 
Voilà pourquoi, même s’il semble acquis que Marine Le Pen sera au second tour en 2017 et que seule la seconde place serait encore à jouer, l’équation est sans doute plus complexe. Non seulement, la présidente du FN serait sans nul doute largement battue, mais elle n’y est pas encore…

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