Le front républicain, ligne Maginot de la démocratie

par Henry Moreigne
lundi 17 juin 2013

Tout un symbole. Le premier tour de l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, ex circonscription de Jérôme Cahuzac, ressemble à un coup de canon. Le candidat socialiste ne sera pas au second tour faute d'avoir franchi la barre des 12,5 % des inscrits, dans un contexte de forte abstention (54%). Les électeurs auront donc le choix entre un candidat UMP et un jeune candidat FN. Loin d'être un accident politique cette élection aux allures de nouveau 21 avril pourrait bien être la dernière répétition avant une prochaine vague de fond frontiste, aux allures de marée noire ou marée blonde, c'est selon.

L'élection partielle de Villeneuve-sur-Lot n'a rien d'anecdotique. Nous ne sommes plus dans un mouvement de balancier entre les deux grands partis de la vie politique française. L'UMP ne profite pas, ou que par léger défaut, de l'effondrement du socle électoral du PS. Outre une abstention qui au fil des scrutins n'en finit pas de monter, c'est la banalisation du FN qui interpelle. Marine Le Pen est en passe de réussir là où son père a échoué même si on peut s'interroger sur les intentions du chef de clan, plus proches de la provocation que d'une volonté d'accéder au pouvoir.

Les résultats de Villeneuve-sur-Lot doivent être mis en perspective avec un sondage de l'institut britannique YouGov pour l'édition française du Huffington Post et la chaîne i-Télé. Selon ce dernier, le Front national effectuerait une percée (18 %) dans les intentions de vote pour les élections européennes, en se hissant à la deuxième place derrière l'UMP (19 %) mais devant le Parti socialiste (15 %). Il y a donc le feu au lac.

Las, les temps ont changé. L'époque actuelle, marquée par une crise économique et morale qui touche l'ensemble du vieux continent est propice au retour des vieux démons. La faute globalement à une classe politique médiocre, sans âme et sans talent, incapable de voir plus loin que la défense de ses propres intérêts. De Mitterrand à Copé, le FN d'aujourd'hui c'est un peu le Frankenstein qui a échappé au contrôle de ses géniteurs.

Heureux les simples d'esprit. Harlem Désir, a appelé les électeurs à faire "barrage au candidat du Front national" au second tour dimanche prochain. "Cette élimination est avant tout le produit d'un choc Cahuzac, et de l'abstention et de la division de la gauche" affirment dans un communiqué le premier secrétaire du PS et Christophe Borgel, secrétaire national aux élections.

Pied de nez de l'histoire. Il est paradoxal de constater que l'effondrement du PS au profit du FN coïncide avec l'apogée de l'ascension d'Harlem Désir, ex-président de SOS racisme, ex-marionnette aux mains de Mitterrand devenu apparatchik puis responsable du parti socialiste.

A écouter les dirigeants socialistes, le temps n'est pas à balayer devant le seuil de Solférino mais devant la porte des autres. L'échec de ce week-end serait à les écouter le fruit d'un manque de division de la gauche. Mais la gauche en 2013, c'est quoi ? Quel programme, quelle vision de la société et du monde ? A défaut de clairvoyance, le PS notamment aurait pu sauver électoralement sa peau en apparaissant comme un parti de gestionnaires rigoureux et honnêtes. L'affaire Cahuzac a profondément semé le doute sur cet aspect là. Quant à la droite, elle est aux abonnés absents.

Loin de répondre à cette crise de confiance et au désenchantement ambiant, on nous rejoue le refrain éculé du front républicain aussitôt requalifié de "ripoublicain" par le FN.

"Maintenant le choix qui se pose est très simple, soit les électeurs continuent avec l'UMPS, représentée ici par la seule UMP, ou soit ils font le choix de l'espoir, du changement, de l'espérance, et ça nous sommes les seuls à l'incarner au Front national" a déclaré le candidat FN, Etienne Bousquet-Cassagne.

Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. Parce que la lucidité doit guider nos réflexions, il convient de ne pas céder à la peur et aux réflexes grégaires vers lesquels certains voudraient nous entraîner. "Ma droite recule, ma gauche est menacée, mon centre est enfoncé. La situation est excellente : j'attaque" déclarait le maréchal Joffre avant la bataille de la Marne.

Nous ne sauverons pas la République sans engager une refondation de la droite et de la gauche. PS et UMP sont aujourd'hui en état de mort cérébrale. Les vieux habits d'hier doivent être abandonnés. Les rendez-vous majeurs que constitueront en 2014 les municipales et les élections européennes doivent être l'occasion d'apporter une réponse politique différente qui tienne les deux bouts de la chaîne, du local au global. Le changement à tous les niveaux ce doit être maintenant mais dans les faits, pas sur le papier. Avant qu'il ne soit trop tard.


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