Le paravent

par Philippe Bilger
vendredi 19 octobre 2007

Dire comme Olivier Besancenot et Arnaud Montebourg qu’on "s’en tape" du divorce de notre président de la République est à la fois une grossièreté et une absurdité. Le mystère de leur intimité ne nous regarde pas - même si L’Est républicain de ce matin lève un coin du voile - mais quel citoyen peut dire qu’il ne se sent pas, fût-ce un peu, concerné ?

La majorité sénatoriale vient de voter pour la création du Contrôleur général des prisons, institution dont à plusieurs reprises j’ai écrit tout le bien que j’en pensais.

Pourtant, la gauche, alors qu’elle en approuvait le principe, s’y est opposée au motif curieux qu’il s’agissait "d’un paravent pour masquer un arsenal juridique de plus en plus répressif ".

Se manifeste là, dans ce comportement, la persistance d’une politique du pire qui préfère le combat partisan au bien public. Aujourd’hui, c’est la gauche qui s’y livre. Hier, ce pouvait être la droite traditionnelle. Je ne parviens pas à concevoir comment, lucidement, en invoquant un prétexte, on peut décider de refuser l’instauration du souhaitable pour s’abandonner au statu quo. La gauche, en quelque sorte, se lave les mains et l’esprit de son hostilité contraire à son choix profond puisqu’en définitive, ce Contrôleur général verra le jour grâce à la droite. Aurait-ce été si grave, pour elle, de mêler ses voix à celles de son adversaire en avalisant une proposition qui favoriserait la surveillance de tous les lieux d’enfermement et un regard extérieur, seul capable d’assouplir les rigidités pénitentiaires ?

Ainsi, cette institution serait "un paravent" pour dissimuler le détestable d’une politique pénale de plus en plus répressive. Curieux "paravent" qu’une mesure qui va précisément permettre, essentiellement dans les prisons, d’imposer des limites à cette dureté prétendue !

Plus profondément, sans répéter les raisons qui font que j’approuve cet "arsenal juridique", il me semble pertinent, d’une part, de ramener la dénonciation partisane à de justes proportions et, d’autre part, de rappeler l’attente populaire, les promesses présidentielles et le désir de vraie justice au coeur de l’esprit public. Sur ce plan, nous pouvons aujourd’hui renvoyer au remarquable texte publié dans Le Monde, "La justice sans attendre", sous la signature du garde des Sceaux. Tout y est, et notamment ce qui me tient à coeur : la responsabilité des magistrats.

La gauche sénatoriale, en dénigrant par tactique, saisit mal ce qui constitue le fondement d’une politique pénale réussie. Elle demeure dans ses frontières anciennes où la sévérité était laissée, pour parler vite, à la droite tandis qu’elle s’octroyait la générosité. Alors que la vérité n’est plus dans cet absurde clivage, mais dans une philosophie individuelle et sociale faite d’humanisme vigoureux et d’humaine fermeté, à l’aune d’une démocratie qui saurait se défendre sans se renier.

Puis-je souligner, avec le plus grand respect pour le Parlement, que force est d’admettre qu’une part de la Haute Assemblée date un peu ? On a le droit, sans trahir, de fluidifier les lignes et de sortir de ces forteresses infiniment commodes car elles autorisent immobilisme intellectuel et idéologique. On a le droit d’accepter le risque de l’intelligence.

La gauche sénatoriale n’aurait pas dû voter contre ce qu’elle approuvait.


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