Le salut gauche peut-il venir de la « Primaire populaire » ?

par Fergus
mercredi 8 décembre 2021

Officiellement lancé en septembre 2021, le processus de la Primaire populaire a pour ambition de faire émerger un panel de candidats de progrès qui seront soumis au vote des participants afin de les départager dans l’optique d’une candidature unique de gauche à la présidentielle 2022. A priori, un excellent moyen de surmonter les divisions mortifères. Faut-il croire pour autant au succès de cette démarche ?

À la date du 7 décembre 2021, plus de 225 000 citoyens – soit un nombre nettement plus élevé que celui des votants de la primaire Les Républicains – ont adhéré à la démarche de la Primaire populaire, « un ovni politique nécessaire pour faire face aux enjeux actuels », pour reprendre la définition donnée par les femmes et les hommes à l’origine de cette démarche. Lesdits citoyens pourront, le moment venu, voter pour la désignation du candidat qui leur semblera le mieux armé pour – avec leur soutien militant – défendre les mesures qui figurent sur le socle commun. Notamment en termes de réforme de nos institutions, de plus en plus inadaptées aux légitimes attentes des citoyens, et de soutien des valeurs de progrès social et écologique dans une société toujours plus soumise aux effets d’un néolibéralisme décomplexé.

Le problème est qu’à ce jour, aucun des grands leaders de la gauche (au sens large) n’a accepté de se soumettre au vote de départage qui se tiendra en ligne du 27 au 30 janvier 2022 sur la base innovante du jugement majoritaire. Malgré des sit-in organisés durant plusieurs semaines devant les locaux de leurs sièges respectifs, Anne Hidalgo (PS), Yannick Jadot (EELV) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) ont, jusque-là, refusé de s’inscrire dans cette démarche. Faut-il s’en étonner ? Hélas ! non, car ces personnages politiques restent prisonniers de leur ego et d’une logique de rivalité partisane dont chacun sait pourtant à quel point elle est délétère. Chacun(e) reste bercé(e) par l’illusion qu’il (ou elle) peut se qualifier seul(e) pour le 2e tour de la présidentielle, en l’absence de toute démarche fédératrice sur une base d’objectifs communs.

Le 15 janvier sera arrêtée la liste des personnalités dont les noms seront soumis moins de deux semaines plus tard au vote des citoyens inscrits à la Primaire populaire. Cette liste comportera les noms des femmes et des hommes qui, à l’image de Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, François Ruffin ou Christiane Taubira ne se sont pas lancé(e)s dans l’aventure présidentielle. Mais ces personnes ne seront pas les seules : figureront également sur la liste les noms des personnalités de gauche d’ores et déjà candidates à la présidentielle : Hidalgo, Jadot, Mélenchon et Roussel. Et cela malgré leur refus d’adhérer à la démarche ! Un bon moyen, jugent sans doute les membres du collectif, de leur faire prendre conscience, par le biais du jugement majoritaire, de leur capacité réelle à conduire un projet de consensus et à entraîner l’adhésion des électeurs.

Cela peut-il être suffisant pour, comme le professent les adhérents de la Primaire populaire, « pousser les partis et les candidates et candidats à faire ce qu’ils n’ont pas réussi à faire tout seuls : se rassembler autour d’un projet écologique, démocratique et social pour gagner l’élection présidentielle de 2022 et enfin changer nos vies ! » ? Il est malheureusement à craindre qu’aussi sympathique soit cette démarche, ce ne soit pas du côté de la Primaire populaire que le salut puisse venir à 4 mois de l’échéance de 2022. Un processus innovant de ce type doit en effet être mûri durant des années, et surtout faire l’objet d’une large communication en amont pour avoir des chances d’influer sur les pratiques politiques et la mobilisation citoyenne.

C’est d’autant plus vrai concernant la gauche du spectre politique français : les caciques préfèrent s’y noyer ensemble plutôt que voir l’un des leurs surnager !


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