Le vide idéologique de la gauche mis en lumière par les trolls

par Caleb Irri
mercredi 6 février 2013

J’avais commencé un article sur les « trolls » et le « flaming », suite à une émission dans laquelle monsieur Emmanuel Todd était accusé de « complicité » avec madame Marine Le Pen. Victime à son tour de ce qui ressemble de plus en plus à un sabotage organisé de la parole iconoclaste en matière de politique économique, je m’apprêtai à dénoncer une théorie du complot dirigé contre ceux qui luttent (ou semblent vouloir lutter) contre la pensée unique… Sauf que le problème n’est pas si simple :

car dans la période de crise que l’Europe traverse ce ne sont pas seulement deux camps qui s’affrontent mais bien plusieurs tendances dont il est difficile de définir clairement les frontières.

Tout d’abord il faut revenir au positionnement idéologique de chacun des protagonistes :

-L’UMP désire clairement le sauvetage de l’Europe par l’instauration de l’austérité générale, avec baisse de la protection sociale, baisse des salaires et hausse des taxes sur les ménages, etc…


-Le PS est tiraillé entre son électorat qui veut taxer les riches et son pragmatisme économique qui conduit à l’austérité mal affirmée, mais désire lui-aussi le sauvetage de l’Europe à tout prix.
- Tous ceux qui luttent à la fois contre le PS et l’UMP sont donc « naturellement » accusés par ceux-ci de faire cause commune à travers leurs virulentes critiques contre la politique économique menée par l’un ou l’autre de ces deux partis ; et c’est peut-être là que commence le « confusionnisme » dont se servent les trolls et les « flameurs ».

Le confusionnisme, si j’ai bien compris le sens de cette accusation, serait de défendre à travers un discours apparemment d’extrême-gauche les positions de l’extrême droite, ce qui serait susceptible de faire naître la confusion entre ces deux entités opposées. A ce confusionnisme (qui lui-même fait suite à l’accusation de « complotisme » ou de « conspirationnisme » que subissent tous ceux qui remettent en cause la version officielle du « onze septembre ») s’ajoute désormais une autre qualification : le « rouge-brunisme », dont les acteurs (les « rouges-bruns ») seraient en quelque sorte des agents infiltrés à l’extrême-gauche pour insinuer le confusionnisme…

Mais qu’importe : c’est en voulant rechercher à qui peut bien profiter ce « complot » qu’on se perd, car hors mis le mépris commun de « l’UMPS » par les deux extrêmes, il est difficile de leur trouver des points communs ; en politique, les ennemis de nos ennemis ne sont pas toujours nos amis !

En y réfléchissant un peu (quand même !), il y a le point épineux de la politique de la France dans la crise et par rapport à l’Europe. Sur ce sujet c’est effectivement la confusion qui s’impose, car les analyses de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche semblent converger au premier abord : il y a un problème avec l’Europe. Mais seulement sur le diagnostic, car sur les solutions leurs avis divergent fortement… enfin en apparence aussi. Et c’est sans doute là que le bât blesse. Et aussi que les « trolls » nous disent peut-être quelque chose qu’ils ressentent disons… confusément. Car même si l’extrême-gauche désire une « autre » Europe plus solidaire quand l’extrême-droite veut « moins » d’Europe, les solutions induites par ces deux choix se fondent en réalité sur un seul et même modèle, le capitalisme.

Et c’est là que se trouvent coincés nos chers économistes alternatifs « de gauche » : ils se cognent de plein fouet à l’idéologie capitaliste, qui en temps de crise conduit inévitablement au protectionnisme puis au nationalisme -qu’il soit européen ou non. Car comment faire autrement ? A partir du moment où l’on s’accorde sur le fait que le capitalisme ne sauvera pas tout le monde sans vouloir changer de modèle, il faut bien choisir : et que ce soit à droite comme à gauche (extrême ou pas), un consensus se dégage pour dire qu’il vaut mieux sauver ses fesses (ou celles de son pays) plutôt que celles du voisin… Sauf que si cette conception sied à la droite comme à la gauche « classiques », elle rentre pour ce qui est de l’extrême gauche en contradiction totale avec « l’internationalisme » qui fonde son idéologie.

C’est à cette absence d’alternative idéologique d’une « vraie » gauche (comment en effet protéger les Français des licenciements boursiers tout en désirant le développement des autres nations qui font justement concurrence à ces même Français, le tout à l’intérieur du cadre capitaliste ?) que s’attaquent les trolls bien avisés pour mettre en lumière le flou de leurs propositions : si l’on se place d’un point de vue économique, les positions de l’extrême-droite et de l’extrême gauche aboutissent au même point, par des chemins différents. Le cadre réflexif dans lequel se fondent toutes les propositions politiques est absolument capitaliste, et les solutions employées pour sortir de la crise sont donc exclusivement économiques : comment pourraient-elles aboutir à une solution sociale, alors même que le capitalisme lutte contre le social ?

A partir du moment où même les partis de gauche continuent à croire aux vertus du capitalisme, les trolls et autres flameurs continueront eux-aussi à faire converger deux conceptions opposées qui se mélangent et se rejoignent dans le capitalisme. Cela devrait nous inciter à la réflexion : une alternative « post-capitaliste » ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr


Lire l'article complet, et les commentaires