Les élections (régionales), moment type du pouvoir du peuple

par Alban MARTIN
lundi 15 mars 2010

Bon, en marge de l’écriture de mon prochain essai sur la démocratie et les nouvelles technologies, il m’a semblé important de connaître les grands moments d’une démocratie vus de l’intérieur : débats à l’assemblée nationale et vote de loi (notamment la LOPPSI), rencontre d’élus de divers bords, suivi de la campagne, notamment celle du PS sur le thème du numérique lors de la venue d’Anne Hidalgo à la Cantine (à qui j’ai posé les questions sur l’open data suggérées par Creative COmmons france), il ne restait plus que le QG de campagne à tester ! C’est chose faite sur l’invitation de Matthieu, en charge de la stratégie numérique en Ile de France de Valérie Pécresse : récit de soirée.



C’est la première fois que je me confronte directement au militantisme, et Matthieu aura été un bon guide. J’ai en effet pu suivre les coulisses offerts au service presse, avec les journalistes qui : préparent leur prise d’antenne / vont à la pêche aux infos / se lancent dans la collecte des petits-fours / tentent d’appeler les porte-paroles des partis pour obtenir du verbatim (voir photos ci-dessous)



la presse room


la "petit-four" room

Il est assez grisant de sentir l’excitation monter chez les journalistes politiques. C’est assez contagieux en fait. On a l’impression que la France va être chamboulée d’un instant à l’autre, comme si l’élection régionale (en Ile de France en l’occurrence) allait marquer un "avant" et un"après"... Cet atmosphère de bouche à oreille continu dans la salle de presse est également communiqué par les militants qui semblent également attendre un dénouement qui va faire basculer beaucoup de choses. Ce n’est que rentré chez soi que l’on relativise ce qui vient de se passer (pas un grand enthousiasme à l’échelle des français qui ne se sont déplacés qu’à 50% pour aller voter).
 


des militants bien impliqués émotionnellement


Mais l’élection démocratique, vue de l’intérieur, donne l’impression de toucher les vies de manière très profonde. Et pourtant l’échelon régional n’est pas celui qui a le plus de pouvoir dans la hiérarchie de la représentation démocratique du peuple. En tout cas, les journalistes composent leurs analyses, commentant à 20H les chiffres qu’ils ont plus ou moins eu depuis 18h. Cette charmante journaliste de France 3 (ci-dessous) relisait ainsi son texte à côté de moi, histoire de ne pas écorcher un nom propre une fois à l’antenne. Je serais curieux de voir comment ça a rendu en direct ;)


journaliste france 3


Mais j’ai également eu accès "aux coulisses des coulisses", c’est-à-dire que j’ai pu vivre l’annonce des résultats directement au milieu de l’équipe des militants, ainsi qu’en présence de quelques têtes de listes (merci Matthieu encore une fois, pour le coup, c’était vraiment une expérience VIP). J’y ai croisé des personnes plutôt détendues, des bénévoles prompts à serrer des mains et à échanger des mots agréables (assez loin intellectuellement de l’agitation de la salle de presse) ; et des personnes au sein du QG qui récoltaient par téléphone les remontées d’urne aux 4 coins de l’île de France et consolidaient les résultats sur excel.

Vous n’en verrez pas de photo car, comme on me l’a expliqué, ces bénévoles pour la plupart n’ont pas fait le choix d’être des personnages publics, donc ce n’est pas à moi de les postériser aux 4 coins du web :) Après, il y avait en tout et pour tout une vingtaine de personnes dans ce QG, répartis sur 2 étages d’une péniche. Une vingtaine de personnes pour orchestrer, pendant des mois, les choix de plusieurs millions d’individus dans l’Ile de France le jour du vote...Un peu la règle des 1% si chère au Web2.0 en somme...
 
La soirée s’est terminée (du moins pour moi) par le discours de la tête de liste UMP Ile-de-France. Les résultats étant bons pour sa liste, l’accueil a été très chaleureux. 
 
Valérie Pécresse
 


J’en ai retenu le fait que "l’abstention était le grand vainqueur de la soirée", ce qui m’amène à m’interroger sur le vrai pouvoir du citoyen en démocratie, qui sert de base à mes réflexions du moment sur le rôle d’internet dans l’intermittence entre l’épreuve du suffrage universel : 

En effet, à l’échelle de l’individu, passer beaucoup de temps à étudier les programmes électoraux, pour finalement n’avoir qu’un impact marginal et égal à celui de n’importe qui lors du suffrage universel, constitue une prise très faible sur le cours des évènements démocratiques. Par contre, étudier un pan d’activité étatique en détail, décortiquer les faits et gestes d’un élu ou d’une organisation, ou avoir un avis d’expert sur un sujet débattu à l’assemblée nationale, aboutit, via les médias sociaux, à un impact équivalent à dix, cent, mille, ou un million de « voix ». Soit de manière très pratique en ralliant ces dix, cent, mille ou un million d’opinions sans tous les efforts exigés par le passé pour la constitution de collectif, soit en sautant des étapes pour transformer son opinion en opinion publique via des intermédiaires de plus en plus représentatifs de citoyens : Que ce soit via un blog dont les écrits d’expert résonnent sur la toile pour arriver aux oreilles des journalistes, puis des médias et des hommes politiques ; ou bien via un lobby organisé par plusieurs individus directement auprès d’élus via les outils numériques ; ou encore une enquête à charge à partir d’informations publiques méthodiquement analysées et distillées de manière subtile dans l’espace public numérique ; l’impact est alors direct et plus ou moins fort sur le fonctionnement démocratique : amendements portés à l’assemblée, projets de lois remis en question ; ou de manière plus négative, candidat écarté des listes, ou baisse de la réputation mettant en péril le bon exercice d’une fonction de représentant... 
 
Et si finalement, l’abstention n’était que le résultat d’un déplacement de l’exercice du pouvoir en amont pour certains, rendant les choses convenues au moment du vote pour tous ?
 

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