Les Franšais retirent les pleins pouvoirs Ó Macron

par Laurent Herblay
samedi 25 juin 2022

 Entre son refus de faire de campagne, le fiasco bien mal géré de l’organisation de la finale de la Ligue des Champions, ses appels à faire barrage à géométrie variable, et sa demande bien mal justifiée d’avoir une majorité solide, Macron mérite vraiment bien la situation dans laquelle il se trouve aujourd’hui. Les Français se sont finalement accordés pour lui retirer les pleins pouvoirs. Jupiter est mort, et bon débarras ! Macron devra négocier et ne pourra plus tout décider depuis l’Elysée.

 

Le crépuscule de Macron débute

Bien sûr, la majorité présidentielle reste le premier bloc de l’Assemblée, mais elle perd une centaine de députés, et échoue à plus de 40 sièges de la majorité absolue. La sanction est claire pour le président réélu, le premier qui ne voit pas confirmer son mandat lors des législatives qui ont suivi. Son style si jupitérien a rebuté une grande majorité de Français qui ne souhaitaient pas lui confier une nouvelle majorité absolue,. C’est sans doute cette volonté de priver Macron d’une majorité absolue qui a motivé bien beaucoup de Français dans des circonsciptions serrées et permis la défaite du président de l’Assemblée, Richard Ferrand, du président du groupe LREM, Christophe Castaner, et de trois ministres (Amélie de Montchalin, Brigitte Bourguignon et Justine Bénin) après l’élimination de Jean-Michel Blanquer, trois autres (Clément Beaune, Stanislas Guérini et Elisabeth Borne) échappant de peu au couperet.

 Les électeurs du second tour se sont probablement au moins autant exprimés par adhésion que par rejet. Les électeurs de la minorité présidentielle étaient au moins aussi motivés par leur opposition au RN et à la NUPES de Mélenchon que par une quelconque adhésion de classe, et conformiste, à Macron. De même, bien des électeurs de la NUPES ont exprimé un rejet du RN, mais aussi du président réélu. Et enfin, le RN capitalise sur le rejet de Macron, comme de Mélenchon. Mais ce que démontre ces élections, c’est que certains rejets s’affaiblissent (le RN ne suscitant plus le même barrage, notamment de la part des électeurs macronistes face à un candidat LFI) et d’autres se renforçent (une partie de l’électorat RN et NUPES faisant barrage à la macronie au second tour). Les évènements du Stade de France ont probablement donné un coup de pouce à la droite devant l’incurie et l’irresponsabilité du gouvernement.

Quel meilleur signe de changement que le passage à 160 députés RN et LFI, contre à peine 25 dans la législature précédente ! Les deux groupes pourront saisir à leur seule initiative le Conseil Constitutionnel. Même s’il continuera à chercher à échapper à la contradiction et au fait de rendre des comptes, la nouvelle configuration de l’Assemblée le lui imposera, et ce sera bienvenu. Il faut dire que la contradiction de LR ou du PS était bien timide, tant elle repose souvent sur des postures destinées à faire oublier une grande convergence idéologique. Voilà qui démontre aussi que le scrutin majoritaire à deux tours peut parfois produire une Assemblée très diverse quand l’opinion des Français l’est également. Et cela démontre aussi que la Cinquième République est un régime pas totalement présidentiel puisqu’en l’absence d’un mandat fort obtenu lors des législatives, le président va être extrêmement contraint.

 La question qui se pose aujourd’hui, c’est l’attitude de LR. Si Jean-François Copé a appelé à travailler avec la majorité dès dimanche, il semble ultra-minoritaire, même le tiède Christian Jacob s’est clairement exprimé contre à la sortie du conseil qui a réuni les dirigeants des Républicains lundi. Il faut dire qu’un tel accord serait probablement suicidaire. Au contraire, on peut penser que LR va chercher à se distinguer de Macron pour apparaître comme l’alternative modérée en 2027, en comptant sur une accélération de l’usure d’une majorité paralysée pendant cinq ans. Ils se limiteront à soutenir les quelques textes auxquels ils ne peuvent vraiment pas dire non, mais profiteront de la moindre occasion pour exprimer leur différence. Au moins, point positif, une telle configuration sera un frein considérable pour bien des projets les plus baroques de ce président qui ne pourra pas remettre en place un passe sanitaire à sa guise.

 La géographie du vote est extraordinairement intéressante et reflète la grande justesse des analyses de Christophe Guilluy. Les élus des grandes métropoles et de leur périphérie immédiate sont quasi exclusivement issus de la majorité présidentielle, ou de la NUPES, la première récupérant les sièges autrefois détenus par la droite (l’Ouest parisien par exemple). LR a littérallement été expulsé des grandes métropoles, les quartiers chics se choisissant quasi uniformément des représentants de la majorité présidentielle (ce qui a sauvé Clément Beaune, heureusement positionné dans le 7ème arrondissement de Paris, gagné sur le fil). Le vote Macron est un vote de personnes plutôt âgées et riches vivant dans des environnements plutôt dynamiques et privilégiés. Ce faisant, LR finit par devenir le représentant modéré de la France périphérique, dont le RN est le premier choix. La France privée de service public vote à droite.

 Les cinq prochaines années devraient être très remuantes. Avec une popularité de la macronie déjà très limitée, alors même qu’elle a mangé son pain blanc, Macron et sa majorité ne pourront pas éternellement s’abriter derrière des crises externes et vont devoir affronter l’impasse de leur politique économique dans un contexte économique compliqué par la hausse de l’inflation et des taux. La claque de ces législatives pourrait alors paraître pour un épisode agréable d’ici quelques années…


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