Les hommes ne sont pas équipés pour résoudre leurs problèmes actuels (2)

par Orélien Péréol
mardi 29 décembre 2015

Cet article a été écrit à la suite de l'élection régionale en Corse. Il généralise beaucoup cet événement déclencheur.

Il ne traite absolument pas de la question des événements de tue d'Ajaccio, et encore moins de savoir si ces événements ont un lien avec les dites-élections, qui ont été un déclencheur.

Colorie la carte à ton goût
Si tu veux être en avance sur ton temps, rajoute des traits et des couleurs.

Déjà au large du continent, la Corse aurait-elle la velléité de se libérer, comme si elle était prisonnière de la France ?

La subdivision des peuples et des territoires est un mouvement politique actuellement fort ; et il se généralise : l’Écosse pose la question de sa sortie du Royaume-Uni (pour l’instant, c’est non, mais on sent bien que cette question référendaire sera de nouveau posée, jusqu’à l’obtention du oui) ; le Grexit, le Brexit sont dans les tuyaux de l’Europe…

La raison de ces volontés sécessionnistes serait la perte de souveraineté du peuple local. Il faudrait rapprocher la décision de ceux qui se sentent appartenir au même ensemble ethnique, historique, culturel… Ce qui les concerne étant décidé ailleurs par des gens qui, de fait, n’ont pas le même intérêt général amènerait des décisions mal cadrées, voire défavorables. Il faudrait donc quitter l’ensemble plus large, trop large pour retrouver des décisions ad hoc, qui leur ressemblent et les servent vraiment.

C’est une pensée, un sentiment plutôt, hémiplégique : il fait commencer l’analyse à la décision et ne considère pas que la décision a des antécédents hors des principes et de la volonté des décideurs. La décision est empreinte d’une situation, de contraintes, et aussi de capacités qui lui sont extérieures. Avant la décision qui libère les forces et les guide dans les directions que l’on a choisies, il y a d’autres forces, indécidables. Dont les conditions et les ressources naturelles, liées notamment à la taille du territoire. Autrement dit, en rapprochant la décision de celles et ceux à qui elle s’applique, on doit la mettre en œuvre avec des ressources diminuées : les ressources de celles et ceux qui vont l’appliquer. Et la décision, bien que prise plus près, sera plus loin de ce qui serait le meilleur pour ceux à qui elle s’applique.

Or, les partisans du regroupement sur la plus petite identité légitime, celle que l’on trouve en naissant, qui n’est ni discutée, ni discutable, va de soi… ne voient pas, ne parlent jamais de ce revers de la médaille, qui est pourtant aussi important que l’avers ; ils ne parlent jamais de la raréfaction de la ressource qui est liée à ce choix. Ils ne parlent que de la liberté, le respect de soi… qui vient du fait que l’on prend la décision « seul ».

Une pensée qui englobe le maximum de la réalité est plus près de ce qui se passe vraiment qu’une pensée qui en coupe la moitié. Ici, la coupure scinde le temps en deux : le passé n’est pas pris en compte, la ressource, exploitée, exprimée, mise en œuvre par la décision n’existe pas ; on ne compte que le futur, les conséquences et le présent : la fierté d’être soi.

Il y a là une réaction au fait que les marchandises et les hommes circulent facilement sur la planète. La planète est devenue l'unité de fonctionnement des humains, étant donné la vitesse de nos échanges symboliques, économiques, politiques. Ce phénomène appelé mondialisation n'a pas d'antécédent. Les humains n'ont pas de référence, ne peuvent guère utiliser le passé pour guider leurs pensées et leurs choix. Cette absence de repère situe la mondialisation plutôt du côté du mal, du côté des choses à craindre. L'inconnu est une source d'angoisse, pour les hommes que nous sommes. Cependant, la mondialisation n’est ni bien ni mal. La juger n'a pas d'efficacité possible, croire qu'elle est dans la décision des humains et qu'on pourrait en disposer à notre guise pour la tirer du côté du bien ou du côté du mal est naïveté qui augmente les périls qui y sont attachés. La mondialisation est le fruit de la puissance de nos techniques, qui nous font, aussi, vivre beaucoup plus vieux qu’autrefois aussi.

La tentation dialectique qui consiste à penser que la vraie vie est chez soi, entre soi, monte partout, avec des murs de séparation parfois… alors que l’isolement de chaque pays, de chaque région, de chaque groupe ne fait qu’aggraver les difficultés que ce groupe a à vivre.

Pour se continuer, nous devons nous allier à une femme pour un homme, à un homme pour une femme. Mêler nos gènes. Nous ne pouvons nous continuer qu’en renonçant à une moitié de nous et nous ne savons pas quelle moitié nous donnons et quelle moitié se perd. La seule chose que nous pouvons penser pour nous rassurer si ça nous inquiète est que nous sommes nous-mêmes faits d'une moitié d'homme et d'une moitié de femme.

Prendre ses décisions en son terroir peut paraître vaillant, révolutionnaire, subversif. C’est être le jouet des événements et se mettre inconsciemment, ou instinctivement, dans une anti-mondialisation qui n’est pas fonctionnelle. C’est renoncer aux ressources que nous apportent ceux qui prennent les décisions avec nous, alors qu’il est évident que ces ressources nous sont nécessaires à chaque instant.

Pour la Corse, et pour bien d’autres envies séparatistes, il serait bon d’honorer, en même temps que la décision, les ressources qui président à la décision.


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