Macron achève le virage droitier de notre vie politique

par Laurent Herblay
jeudi 12 avril 2018

Cette semaine, Emmanuel Macron a prononcé un discours à la Conférence des évêques de France qui a provoqué une polémique. Faut-il y voir une nouvelle étape dans sa droitisation, désormais évidente pour les Français, comme l’a montré un récent sondage réalisé pour le Monde ?

 

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Bien sûr, le phénomène n’est pas nouveau. On peut le tracer sur 35 ans, voire même plus pour qui se souvient de certains choix de la SFIO sous la Quatrième République… Déjà, en 1983, l’homme du programme commun avait capitulé par dogmatisme euro-monétaire à courte vue. Puis, était venue l’Acte Unique et le Marché Commun, le choix d’un oligolibéralisme profondément antisocial, avant de préférer envoyer un bon million de Français au chômage au début des années 1990 plutôt que de renoncer au franc cher et à la parité avec le mark. Bref, le passif de la droite la plus bète, pour reprendre le terme employé par Krugman au sujet de Hollande, a des racines profondes.
 
Après un Jospin qui a plus privatisé que Chirac et Balladur, tout en renonçant à agir pour l’emploi, entre autres, Hollande a poursuivi cette marche droitière à courte vue en refusant de revaloriser le SMIC, en prolongeant l’austérité mise en place son prédécesseur, et surtout avec son triplé magique de baisse des taxes des entreprises de plusieurs dizaines de milliards, de libéralisation du travail du dimanche, et de début de la déconstruction du droit du travail, avec Macron comme conseiller à l’Elysée ou à Bercy. Pour qui prend du recul, il est stupéfiant de constater à quel point ce qu’on appelle la gauche, ou ce qui lui a succédé, est finalement plus à droite que la droite, économiquement.
 
Une fois arrivé à l’Elysée, Macron ne ralentit pas le rythme. Après avoir mis massivement baissé les impôts des plus riches et sur les profits des entreprises, puis mis en pièces une partie du droit du travail, il s’attaque au démantèlement d’un de nos services publics les plus emblématiques, la SNCF, avec un discours qui emprunte aux plus droitiers des commentateurs ou des politiques. Mieux, il parachève son mouvement droitier en durcissant la politique migratoire et en prenant une invraisemblable position sur l’église, qui rappelle quelque peu le discours de Latran de Sarkozy, deux prises de position fortement critiquées à gauche, qui renforce plus encore son positionnement droitier.
 
Significativement, le Figaro couvre positivement le discours fait aux évêques, contrairement aux médias de gauche. Et les Français ne s’y trompent pas : quand 28% le situaient à droite il y a un an, désormais, pas moins de 50% portent ce jugement, dont 5% qui le jugent « très à droite  ». Ce faisant, on peut se demander si le piège que Hollande semblait vouloir tendre à l’opposition d’alors, et dans lequel il est tombé en voulant ménager la chèvre et le chou et en se plaçant tellement en contradiction avec sa campagne, ne pourrait pas être redoutable aujourd’hui. Quel espace politique laisse Macron à LR et au FN aujourd’hui ? Ne cherche-t-il pas à faire de Mélenchon son nouveau meilleur ennemi ?
 
 
Difficile de savoir ce que la poursuite du grand mouvement de droitisation de notre vie politique peut produire : renforcement du pôle central droitisé qu’incarne Macron, droitisation accrue ouvrant la voie à Wauquiez, ou boulevard ouvert à Mélenchon ? A moins que rien ne soit écrit. Après tout, il y a cinq ans, personne ne connaissait encore Emmanuel Macron…

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