Macron et Bayrou, le retour du duo de bric et de broc

par Régis DESMARAIS
dimanche 30 août 2020

François Bayrou se prépare à être « ressuscité » par Emmanuel Macron. Le futur Haut commissaire au plan risque de tomber bien bas... et nous aussi, si nous n’y prenons garde.

Emmanuel Macron a récemment déclaré qu’il considérait François Bayrou comme un « grand responsable politique ». Cette déclaration, venant d’un responsable politique sans envergure, relativise l’appréciation de grandeur portée sur M. Bayrou. En général, ce qui est petit politiquement n’a jamais vraiment été en état de voir et comprendre ce qui est grand ; une telle capacité, par la prise de conscience de la notion de grandeur, lui serait évidemment terrible et fatal.

Le 3 septembre prochain, François Bayrou devrait être nommé au poste de haut-commissaire au Plan et à la prospective. La presse titre « Emmanuel Macron ressuscite François Bayrou en haut-commissaire au Plan  » sachant que le président ressuscite aussi le commissariat au plan mort en 2006. On aimerait aussi que le président Macron ressuscite tous les morts de la Covid-19, décédés en raison de l’incurie du Gouvernement, mais gardons raison, M. Macron n’est ni Jupiter, ni le Christ, ni n’importe quel dieu, il n’est qu’un acteur d’un piètre vaudeville que certains intituleraient « La fin de la Démocratie sous les Slims cuirs de Dame Brigitte ».

On mesure aussi toute la panique, la détresse et le désespoir de ces deux hommes pour envisager pareil duo.

Celui qui se présentait comme le jeune nouveau, hors « système », s’unit de nouveau au vieux briscard de la politique (Bayrou a commencé sa carrière politique l’année suivant celle de l’élection de François Mitterrand et s’est présenté trois fois à l’élection présidentielle). Cet étonnant couple sera à observer de près tant il est probable que la durée de vie institutionnelle du Haut-commissaire pourrait être aussi longue que celle du feu garde des sceaux Bayrou. Une chose est sûre, les deux hommes devraient avoir du mal à se supporter, hors champ des caméras.

Bayrou a souvent déclaré qu’il se savait prédestiné à exercer la fonction suprême de la 5ème République. C’est avec des élans mystiques, que dans le passé, il a décrit la vision de son accession à l’Elysée. Cette prédestination a sans doute une réalité mais dans des univers parallèles, les fameux multivers. Dans notre monde, point de Bayrou à l’Elysée ou alors uniquement sur le perron. La sagesse vient avec la vieillesse. De l’Elysée, Bayrou a souhaité passer à Matignon, puis de Matignon à la place Vendôme puis désormais, dans un Haut-commissariat, sans doute logé à Lourdes (on y ressuscite peut-être mieux là-bas). Roger Fauroux déclarait de Bayrou qu'il gouvernait « avec le sondoscope en bandoulière  ». Le président gouverne avec un masque sur le nez et sur les yeux. La France est bien partie avec ce duo à rendre ennuyeux Laurel et Hardy.

François Bayrou, alors ministre de l’Education nationale donnait parfois le spectacle d’un homme colérique. Je me souviens avoir croisé François Bayrou déambulant rue de Grenelle, le téléphone portable vissé à l’oreille. Il y avait en lui tout le triomphalisme arrogant de l’homme parvenu à un poste de pouvoir et de représentation. Depuis cette époque, François Bayrou s’est donné l’image d’un homme de recours, d’un homme en « réserve de la République », d’un homme qui serait le dépositaire du bon sens et de la bonne parole, et peut-être aujourd’hui des réserves de gel hydro-alcoolique.

Il s’est présenté aux élections présidentielles. Il a fait des scores très en-deçà de ses ambitions. Qu’à cela ne tienne, il s’est plu à faire passer une audition à des finalistes de l'élection présidentielle pour savoir lequel est digne de recevoir son onction et surtout ses consignes de vote. Recalé mais toujours à lorgner le pouvoir, à vouloir arbitrer. Ségolène Royal, elle aussi en mode panique et prête à tout pour ratisser large, a donc subi le béarnais. Souvenons nous de ce débat entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007, ce fameux débat ou l’adversaire de Nicolas Sarkozy a débattu avec le 3ème homme, l’évincé de la course. Incroyable, mais Bayrou !

Hélas, pour François Bayrou, aucun régime n’a voulu le sortir de sa réserve. Il en est des hommes comme de certains mobiliers : trop datés, trop encombrants et trop démodés. Bayrou c’est tout ça. Il voue une grande admiration pour Valéry Giscard d’Estaing mais l’estime n’est pas réciproque. François Bayrou a de quoi détester la politique. Sans doute trouvera-t-il avec Emmanuel Macron de quoi rafraîchir ses élans et ses joutes.

Pour Emmanuel Macron, c’est une autre histoire. Le voici désormais affublé d’une cossue armoire béarnaise difficilement intégrable dans un loft contemporain. Il en est des meubles comme de certains hommes…

Emmanuel Macron se délecte des médias. Narcisse, il contemple son image démultipliée à la une de la presse people et dans les prime-times. Bayrou en 2007, vomissait ces fameux prime-times et maudissait les médias, les élites françaises, les industriels. On imagine un dîner Bayrou, Macron, Castex… et on entend déjà le bruit des fourchettes et des mâchoires mastiquant des viandes trop élastiques. Nul doute que Bayrou va tenter d’exercer sur Emmanuel Macron tout son pouvoir de vieux sage et de conseiller averti. Un Haut-commissaire doit bien servir à transmettre du savoir et de la sagesse. Emmanuel Macron risque de vite étouffer sous le poids académique de cet homme du passé aux ambitions contrariées. François Bayrou semble ne pas avoir remarqué la propension du président à créer des comités « Théodule ». Une crise sanitaire, et hop on invente un haut conseil scientifique puis un autre cénacle. L’important est de pouvoir déporter les fautes et les erreurs politiques sur ces comités constitués de mauvais conseillers. Comme le disait le président Trump, en époussetant l’épaule du jeune Macron « Il doit être parfait  ». François Bayrou risque donc, de son Haut commissariat au plan, de basculer dans un mauvais plan où il endossera une partie des échecs présidentiels d’ici 2022. Emmanuel Macron doit pouvoir se présenter à la prochaine élection présidentielle comme une jeune vierge sortie indemne des bras de ses mauvais conseillers tapis dans ces comités « Théodule »… Pauvre François Bayrou, les ambitions contrariées obscurcissent déjà son avenir…

Bayrou est ambitieux. Simone Veil écrivait dans ses mémoires que « François Bayrou me parait davantage guidé par l'ambition personnelle que par ses convictions » et que François Bayrou est « convaincu qu'il était touché par le doigt de Dieu et qu'il était évidemment prédestiné à devenir un jour Président de la République. C'est (...) aussi un illuminé ». Si François Bayrou se disait touché par le doigt de Dieu, Macron est désormais touché par le doigt de Bayrou, c’est moins chic. Certes, Emmanuel Macron est aussi touché par le mysticisme (la politique c’est un style, c'est mystique) mais avec Bayrou, il va entrer de plain-pied dans un entre-deux-mondes où il va devoir se montrer très malin pour faire endosser au vieux briscard les échecs de fin du quinquennat ou pour spolier le béarnais des éventuelles fulgurances intellectuelles qui viendraient donner à la France un élan politique et économique. Le rapprochement de François Bayrou avec Emmanuel Macron, c’est le baiser de l’araignée mais nous ne sommes pas encore parfaitement certains de savoir qui sera l’araignée.

La politique a ceci de mystique qu’elle nous offre des spectacles inattendus et parfois grotesques. Macron et Bayrou, sitôt dépassé la stupéfaction de l'incongruité du duo, on se laisse gagner par la sourde angoisse d’une décadence trop visible de notre système politique. L’angoisse serait gérable, quitte à se faire prescrire une injection de Rivotril, hors autorisation de mise sur le marché mais avec la bénédiction de Monsieur Véran, mais là, il s’agit de l’avenir de notre pays. Il faut réagir ! Point de Rivotril, de Remdesivir ou d’aspirine, il faut de la lucidité et lever les masques pour dévoiler la laideur de la mascarade politique en cours. La lucidité, c’est comme l’hydroxychloroquine, c’est vieux, c’est testé et quoi qu’on dise, beaucoup de gens en on tâté sans périr, alors soyons lucides et commençons à préparer 2022.

Régis Desmarais

 


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