Macron / Le Pen : l’impasse par défaut dont les Français ne veulent pas

par Laurent Herblay
mercredi 27 novembre 2019

Les sondages peuvent sembler paradoxaux. Début du mois, un sondage IFOP indiquait que Macron et Le Pen recueilleraient tous les deux sensiblement plus de voix qu’en 2017, entre 27 et 28% chacun. Mais si 68% pronostiquent une réédition du second tour de 2017, 72% ne le souhaitent pas, seuls les électeurs du RN le souhaitant majoritairement. Quel sens donner à ce paradoxe ?

 

Ci-gisent le PS, LR et LFI
 
Quel paradoxe en effet de voir les deux finalistes de 2017, très majoritairement impopulaires l’un comme l’autre rassemblant deux tiers des Français contre eux, donnés encore plus largement en tête d’un premier tour présidentiel hypothétique aujourd’hui. Bien sûr, un sondage si longtemps en avance a peu de valeur, mais ces résultats en disent long sur notre paysage politique. Aussi impopulaires et fragiles soient-ils, Macron et Le Pen sont les seuls rescapés de notre paysage politique. Ne dit-on pas qu’au pays des aveugles, les borgnes sont rois ? En cela, je suis largement d’accord avec la lecture que fait David Desgouilles dans le FigaroVox de ces sondages.
 
Ce paradoxe vient simplement de l’extrême faiblesse du reste du paysage politique. Le PS ne se relèvera pas de l’épisode Macron, qui n’est que la prolongation et l’accentuation de ses compromissions passées. Le PS, qui a plus privatisé que la droite, qui a abandonné Alstom, qui a refusé tout coût de pouce au SMIC, qui a donné des dizaines de milliards aux entreprises et a largement entamé la déconstruction du droit du travail n’a aucune légitimité à incarner une offre politique vraiment plus sociale et distincte de la majorité actuelle, dont beaucoup des chefs en sont issus, qui plus est.
 
Et comme le soutient David Desgouilles, LR n’est pas moins pris au piège Macron, qui ne laisse plus le moindre espace politique à la droite classique, dont il incarne parfaitement la ligne libérale, atlantiste et européenne. Sur la question économique, il est allé bien plus à droite que Sarkozy, ne laissant comme possibilité pour se distinguer qu’une radicalisation impossible. Pire, sur les questions sécuritaires, il devient difficile d’imaginer une alternative de droite à ce pouvoir, volontiers liberticide, sécuritaire et dur avec les Gilets Jaunes, à défaut d’avoir assuré l’ordre, et qui ose même prendre position pour des quotas de migrants, dont la droite parlait mais qu’elle n’osait pas faire
 
La France Insoumise avait un boulevard pour s’imposer, comme l’indiquaient les sondages du printemps 2018, qui faisait logiquement de Mélenchon le premier opposant à Macron, après la campagne ratée de Le Pen en 2017. L’autoroute est large à gauche de Macron aujourd’hui… Mais Mélenchon a probablement achevé de se discréditer, entre sa réaction aux perquisitions de l’automne 2018, son discours sur le Vénézuela et son adoption d’une ligne islamo-gauchiste à rebours de son discours d’il y a quelques années, qui légitimait toute critique des religions, et plus globalement des valeurs de notre République et de la place des femmes dans notre société, comme le dit Céline Pina.
 
Bref, avec les trois principales autres alternatives potentielles déconsidérées ou sans espace politique, ne subsiste plus que Macron et Le Pen, exactement ce que souhaite le président qui y voit un billet pour un second mandat. Mais ce calcul n’est pas sans limite. D’abord, à force d’incarner un bloc élitaire sourd aux besoins et demandes du peuple, l’issue de 2022 promet d’être bien plus serrée qu’en 2017, comme le soutient Jérôme Sainte-Marie. Ensuite, je suis d’accord avec David Desgouilles pour dire que l’extrême insatisfaction des Français à l’égard de Macron et Le Pen rend possible aujourd’hui encore l’émergence d’une alternative qui balayerait tout sur son passage d’ici à 2022.
 
 
Bien sûr, 2022 pourrait voir une redite du duel de 2017. C’est encore l’option par défaut qu’indiquent les sondages d’opinion. Mais le fait que 72% des citoyens souhaitent autre chose indique bien que les Français attendent quelqu’un d’autre que Macron et Le Pen, et que cet autre ne viendra probablement pas du PS, de LR ou même de LFI. Les Français veulent un véritable changement.

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