Macron-Philippe : entre clarification et logique du pire

par Laurent Herblay
mardi 16 mai 2017

Dimanche, Emmanuel Macron est devenu officiellement président de la République et s’est exprimé pour la première fois. Hier, il a nommé Edouard Philippe, maire Les Républicains du Havre comme Premier ministre, réalisant sa première prise à droite. Deux premiers jours qui sonnent comme une poursuite de la clarification de notre vie politique, mais aussi comme une aggravation dans plusieurs domaines.

 

Nouveaux visages pour vieilles politiques qui ne marchent pas
 
Edouard Philippe parle peut-être un peu vite en affirmant que « ce que propose Macron, ça ne s’est jamais fait  ». Dans le tourbillon médiatique, peu parviendront à se souvenir de l’ouverture réalisée par Mitterrand en 1988 vers le centre, ou encore celle de Sarkozy en 2007 vis-à-vis de la gauche, où il avait réussi quelques prises spectaculaires : Bernard Kouchner, plusieurs fois ministre socialiste, Fadela Amara ou Eric Besson. A moins que cette première annonce ne soit suivie par plusieurs autres prises de choix demain, cette première annonce pourrait n’être que cosmétique, d’autant plus que le maire du Havre a un passé militant à gauche quand il était étudiant, ce qui limite la portée de son choix.
 
Malgré tout, ce brouillage des lignes entre les dits Républicains et ce nouveau PS qu’est La République En Marche est bienvenu. Depuis plus de 30 ans que ces partis soutiennent le même projet européen et mettent en place des politiques économiques tellement proches, il est profitable au débat public que les deux partis se rapprochent, même s’il est probable que la très grande majorité des dits Républicains ne cèderont pas à la tentation, l’arithmétique électorale semblant encore leur promettre suffisamment de sièges pour ne pas se remettre en question, étant donné que Marine Le Pen s’est ridiculisée lors du débat du second tour. L’ouverture Macron devrait donc finir comme celle de Sarkozy.
 
Plus grave, l’agenda du nouveau président est un prolongement des politiques économiques de son prédécesseur, qu’il avait contribué à façonner et qui ont échoué. Dimanche, il a déclaré que « le travail sera libéré, les entreprises seront soutenues, l’initiative sera encouragée  ». En clair, il veut prolonger la loi dite travail et donc poursuivre la déconstruction du droit du travail, au grand bénéfice des entreprises à une époque de chômage de masse, réduire encore leur fiscalité, une aberration sans fin alors que leurs profits sont au plus hauts et continuer la course à la loi de la jungle promue par Uber, où les riches touristes chinois poussaient l’ancien ministre à favoriser le travail du dimanche.
 

 

La présidence Macron, ce ne sont que de nouvelles têtes pour mener les mêmes politiques qui échouent depuis des décennies. Et pour couronner le tout, les échanges peu amènes entre la nouvelle majorité et ses alliés du Modem ou venus du PS créent un spectacle qui rappelle le pire de la Quatrième République. La seule chance de cette majorité, c’est de gagner par défaut, comme le 7 mai.
 

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