MAYOTTE : « Ne m’appelez plus jamais France... » (1)

par Jean-François Dedieu
samedi 23 février 2013

IMMIGRATION CLANDESTINE

MAYOTTE : « NE M’APPELEZ PLUS JAMAIS FRANCE ... (1)

Concernant le 101ème département français, comment assumer notre passé et prévoir pour demain quand l'exercice dévoyé de la politique donne une image peu flatteuse de l'Etat, trahit la République et amène à bafouer les principes de base d'une démocratie ? 

MAYOTTE : « NE M’APPELEZ PLUS JAMAIS FRANCE ... (1)

... La France elle m’a laissée tomber » : si la chanson de Sardou peut aussi concerner Mayotte, elle ne se fredonne malheureusement plus sur un ton ironique et désabusé tant la réalité, sous tous ses aspects, est triste à en pleurer.

 L’actualité vient nous rappeler en effet la gravité de la situation. Dans la nuit de vendredi à samedi, à M’zouazia, dans le sud de l’île, des cambrioleurs armés de machettes s’en sont pris à un magasin hifi. Le propriétaire prétendument endormi a reconnu les voleurs. Depuis, la population française s’oppose à la population étrangère et plus particulièrement aux clandestins : aux bagarres, aux représailles, à la psychose due à l’arrivée des renforts, a succédé l’expulsion des petits étrangers dans les écoles maternelles et primaires. 

 Choqués par ce triste spectacle, les "braves gens", les citoyens ne savent plus vers qui se tourner tant l’atmosphère en reste aux atermoiements, à l’impuissance, à la démagogie. Comment ne pas désespérer quand on sait par expérience que les réponses apportées relèveront encore des gesticulations et de la langue de bois ? Premier responsable de la situation : l’Etat, ce machin à tous dont certains seraient plus égaux que d’autres (Coluche). Pas plus tard que ce matin, KweziFM a présenté le Préfet nouvellement nommé : « ... que l’Etat soit lisible, réactif, efficace... » et Patrick Millan lui a fait ajouter « transparent, bien sûr »... J’ai cru entendre « risible » pour "lisible" et cela le serait si la situation n’était si grave. Ensuite, alors que le journaliste osait parler d’une vedette des autorités en panne depuis trois ans, Monsieur le Préfet, en ne répondant pas et avec la morgue de celui qui ne doit jamais accepter qu'il a tort, nous a sorti la « mutualisation des moyens » peut-être pour que nous comprenions qu’entre la gendarmerie et la police, on ne se tire plus dans les pattes...

L’Etat et ses institutions pléthoriques, ce sont aussi ces missions qui se succèdent pour constater par exemple, que le centre de rétention est indigne de la France ou pour « conduire une étude technique », une de plus appelée à rester dans le tiroir jusqu’à ce que la suivante dépoussière le problème pour le laisser en plan. Tout cela peut durer des lustres sinon plus... Dernièrement, c’était la mission Christnacht... Les journalistes ont leurs "marronniers" et pour l’Etat, ce seraient peut-être des "sapins", de Noël pour les promesses et pour la caisse indispensable à l’enterrement desdites promesses. Passons sur le "sapin" de Christnacht qui voudrait nous convaincre que les discussions engagées depuis plusieurs années avec les Comores aboutiront alors que l’on sait que du jour au lendemain, l’autorité comorienne peut refuser la reconduite aux frontières comme cela s’est produit en 2006-2007. On sait aussi que ces choses-là se monnaient à l’instar des principes démocratiques... Question de Realpolitik... 

INFOS DU MOMENT :

Mercredi 20 février 2013 : Le maire a mis l’Etat face à ses responsabilités régaliennes : une réunion est prévue en préfecture dès 9 heures ce matin. Du côté des politiques c’est un silence assourdissant... 

Matin du jeudi 21 février 2013 : des habitants de M’Zouazia font barrage à ceux qui partent travailler dans la capitale Mamoudzou, pas assez impliqués selon eux. Ces mêmes habitants ont prévu de faire du porte à porte pour "inciter" les clandestins à boucler le baluchon. Les écoles sont fermées, les instituteurs ayant fait valoir leur droit de retrait pour ne pas envenimer la situation.

 (Source KweziFM / 21 février 2013, 6h 45 locales [-3 GMT])

Une navette est venue chercher les collégiens bloqués (200 personnes environ sur le barrage)

(Source KweziFM / 21 février 2013, 7h 35 locales [-3 GMT])

MAYOTTE : « NE M’APPELEZ PLUS JAMAIS FRANCE ... (suite)

L’Etat c’est aussi l’Insee qui a intérêt à minorer le nombre d’habitants (moins de Dotation Globale de Fonctionnement à verser) et à minimiser le problème de l’installation massive des clandestins. Les décomptes en seraient devenus suspects : entre 2007 et 2012, la population de Mayotte n’aurait augmenté que de 26.000 personnes et nous ne disposons plus des chiffres sur le nombre de clandestins évalué à 55.300 en 2002 et extrapolé au même niveau en 2007 par le Secrétariat à l’Outre-mer... Extrapolons...

L’Etat, c’est encore la radio et la télé publique, Mayotte 1ère, ex RFO qui traite le grave incident de M’Zouazia sans montrer comment les enfants ont été sortis des écoles : la consigne étant sûrement de ne pas inquiéter quitte à escamoter la vérité. Cette manière inacceptable de nous traiter comme des impubères rappelle trop ce que fut le paternalisme colonial et s’apparente à ce qui se fait sous des régimes autoritaires. Merci à KweziFM et télé de nous proposer autre chose que des informations aseptisées ou sous contrôle...

Les autorités et les médias aux ordres devraient plutôt nous alerter en rappelant des incidents du même ordre à Kani-Keli en avril 2010. Douchina, conseiller du lieu et Président du Conseil général justifiait alors l’expulsion des clandestins : « Kani est envahi.par les clandestins... » dont certains « ... voient Mayotte comme un "Dubaï" où ils peuvent se servir à leur guise ! ». RFO a parlé de "milice" (une inspiration des binationaux peut-être ?) (1) Le préfet condamne fortement sous prétexte que cette mission incombe à la « gendarmerie et à la Police de l’Air et des Frontières »... vous remarquerez qu’il n’a pas dit la « PAF », c’eût été court pour laisser croire à des moyens suffisants, alors que les 12 gendarmes de m’Zouazia étaient alors chargés d’un secteur comptant 25000 personnes (d’après le ministère de l’Intérieur les effectifs nationaux de la gendarmerie sont de 98155 personnels, soit 1,5 gendarme pour mille personnes en moyenne mais 0,60 seulement à Mayotte, pour avoir une idée de la situation). Dormez tranquilles braves gens ! Nous assurons votre sécurité ! 

  1. voir contribution Facebook "Mayotte En Danger" n°18 du 9 nov 2012. ON EMBAUCHE HORS DES FRONTIERES ! et la cont. n°1 du 21 septembre 2012 PLAIDOYER POUR MAYOTTE SANS LES BAVARDS DE SERVICE...

Lire l'article complet, et les commentaires