Mélenchon hier, Montebourg aujourd’hui : mais qu’ont-ils tous avec Cincinnatus ?

par Xtf17
mardi 26 août 2014

Tour à tour Jean-Luc Mélenchon puis Arnaud Montebourg citent ce personnage antique, connu pour s'être retiré de la vie publique entre deux passages au pouvoir. Lucius Quinctius Cincinnatus (v.519 - v.430 av. J.-C.) est un homme politique romain, considéré par les Romains, notamment les patriciens, comme un des héros du premier siècle de la République et comme un modèle de vertu et d'humilité.

S'il ne faut pas se tromper sur cette référence, convient-il d'y voir un rapprochement en ces deux hommes ?

Consul en 460 av. J.-C., si Cincinnatus s'est retiré de la vie politique pour retrouver les champs, c'est pour mieux revenir par la suite au pouvoir en sauveur, après une suite de défaites subies par les troupes romaines. Par patriotisme, Lucius décida d'abandonner sa charrue pour prendre la tête des armées romaines et accepter le poste de dictateur à deux reprises en 458 et en 439 av. J.-C. (limité à six mois dans la République Romaine). Victorieux des Eques et des Volsques, Lucius abandonna son poste à son terme et reprit immédiatement sa charrue.

Cette histoire est un classique de la vertu républicaine. La figure de Cincinnatus a été mise en avant non seulement par les révolutionnaires français, mais aussi par certains américains qui ont fondé la ville de Cincinnati dans l'Ohio.

Extrait du discours de clotûre de l'Université d'été du PG (Remue-Méninges 2014) par Jean-Luc Mélenchon (à partir de 55:29) :

"...et voilà pourquoi quand on change la règle du jeu, c'est-à-dire la Constitution, quand on élit une Assemblée Constituante on décide de tout ça. oui il faut élire une Assemblée Constituante, avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre Assemblée, et qui ne seront ensuite élus nulle part. Comme ça ils font le travail et ils rentrent à la maison. Cincinnatus. Voilà."

 

Extrait de la Conférence de Presse d'Arnaud Montebourg annonçant son départ du gouvernement (à 7 minutes 09) :

"Que vais-je faire de cette liberté retrouvée ? Je vais prendre exemple sur Cincinnatus, le général Romain, qui préféra quitter le pouvoir pour retourner à ses champs et à ses charrues. Je vais, puisque je n'ai pas de mandats et ne m'apprête pas à en solliciter d'autres, retourner travailler parmi les français, comme eux, et continuer à défendre là où je serai, là où je me trouverai, ce que je crois être juste pour la France ".

Peut-on voir là un clin du second au premier ? Le Figaro a aussi remarqué l'étrange téléscopage.

La citation de Cincinnatus n'est évidemment l'apanage de personne. D'autant que Mélenchon est coutumier du fait : peu avant la campagne pour la présidentielle de 2012, dans un long portrait publié par le magazine Les Inrocks, il affirmait son souhait de la voir déboucher sur un régime parlementaire. « Dès que ce nouveau régime aura été adopté, je jetterai la clé de l'Élysée dans la Seine et je rentrerai chez moi ! Il y a en moi du Cincinnatus. Mon ambition n'est pas le pouvoir, pour une simple raison : j'ai déjà tout eu. J'ai été le premier bachelier de ma famille. J'ai été président délégué d'un conseil général. J'ai été sénateur. J'ai été ministre. Donc, en ce qui concerne la carotte de la carrière, les honneurs, ma vie a été débarrassée assez vite de cette forme triviale de l'ambition ».

En tout cas il est un point certain sur lequel ils se rejoignent : la construction nécessaire d'une VIe République pour sortir du marasme institutionnel où la France est embourbée.


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