Nicolas Sarkozy, fils prodigue ou machine perdre de l’UMP ?

par Laurent Herblay
mercredi 10 juillet 2013

Lundi, lors de la réunion du bureau extraordinairement de l’UMP suite à l’invalidation des comptes de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, l’ancien président de la République a été accueilli comme le fils prodigue revenant dans sa famille. Il a également annoncé son retour.

Un faux suspens qui prend fin
 
Certes, Nicolas Sarkozy avait confié, tout au long de la campagne présidentielle de 2012 que s’il perdait, il se retirerait. Mais il était difficile de ne pas y voir un procédé uniquement destiné à faire parler de lui. La sincérité n’a jamais été sa qualité première. Depuis le fiasco de la campagne interne pour la présidence du parti, il piaffait de revenir, ce que le discrédit de Jean-François Copé et François Fillon facilitait grandement, faisant alors de l’ancien président un recours possible pour éviter le choix entre l’actuel président de l’UMP, vainqueur par tricherie, et l’ancien premier ministre, trop mou.
 
Il fallait alors une occasion pour rompre la promesse faite le soir du 6 mai, à savoir celle de se retirer de la vie publique. Certes, rompre une promesse n’est pas quelque chose qui effraie particulièrement l’ancien président de la République, mais il souhaitait quand même pouvoir donner une justification à ce reniement. C’est avec son culot coutumier qu’il a pris l’invalidation de ses comptes par le Conseil Constitutionnel pour raison de revenir sur ce qu’il avait dit. C’est ainsi qu’il fait de la faute reconnue de la mauvaise tenue de ses comptes de campagne un motif à reprendre la politique !
 
En tout cas, c’est ce qu’il a dit lundi, comme le montre cette vidéo amateur  : « cela m’a paru suffisamment important pour rompre la décision qui était la mienne de me retirer de la vie politique  ». Hormis les membres de l’UMP sarkozystes, il n’est pas évident qu’un tel discours sonne autrement que comme un mauvais prétexte pour revenir une énième fois sur ce qu’il avait dit. Il a affirmé qu’il a « approuvé l’appel de Jean-François, mais je me suis dit peut être que ça donne un coup de main si je m’y mets un peu ! Dans le fond, à quoi cela sert-il d’avoir un million d’amis sur Facebook  ».
 
Sauveur ou boulet de l’UMP ?
 
Une partie des militants de l’ancien parti majoritaire, malgré les défaites auxquelles les a menées l’ancien président de la République, a accueilli ce retour avec enthousiasme. Ils pensent volontiers qu’il est le seul capable de ramener leur parti au pouvoir en 2017. C’est tout le paradoxe de cette élection de 2012, où, bien qu’il n’ait été que le second président sortant à avoir perdu, la remontée dans les sondages a donné le sentiment d’une campagne réussie, alors pourtant qu’elle a été perdante, En clair, s’il était parti devant dans les sondages, comme VGE, il serait aujourd’hui un pestiféré.
 
Et il est tout sauf évident que Nicolas Sarkozy sera un atout pour l’UMP. Déjà, seulement 40% des Français souhaitent son retour, alors même que François Hollande est extrêmement impopulaire, signe que les citoyens portent toujours majoritairement un regard très critique à l’égard de son quinquennat et ne voient pas une nouvelle candidature d’un bon œil. Pire, pour l’aspirant à la candidature, au passif de son premier mandat se sont ajoutés d’autres boulets. Et l’invalidation de ses comptes de campagne par le Conseil Constitutionnel n’est pas le moindre, comme le rapporte justement Laurent Neumann.
 
Ce n’est pas seulement le dépassement du plafond de campagne qui a été sanctionné, mais aussi « leur absence de sincérité et le financement irrégulier ». Cela fait tâche. En outre, les innombrables affaires qui l’entourent (Tapie, Guéant, Karachi) mettent à mal son discours d’une « république exemplaire  ». Pire, le fait qu’il ait accepté de donner des conférences payées 100 000 dollars pour moins d’une heure de discours pour de grandes banques internationales comme Goldman Sachs en fait plus que jamais le candidat des puissants et non celui qui devait moraliser le capitalisme
 
Mais malgré tout, on peut penser que le bilan calamiteux de sa présidence et la trop grande continuité avec la présidence Hollande sur certains sujets (Europe, mondialisation) pourraient le pénaliser le plus. En un sens, on pourrait presque souhaiter sa candidature pour plus de clarté politique.

Lire l'article complet, et les commentaires