Notre Dame des Landes : le coup de Jarnac ou le bout du tarmac

par Gwendal Plougastel
mercredi 24 février 2016

En proposant de façon quasi improvisée un référendum sur la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes, François Hollande a pris le risque de se prendre les pieds dans les tapis, aussi bien juridique que populaire, face à un projet devenu pour beaucoup un symbole de résistance.

On dit parfois que les générations successives ont du mal à se comprendre parce qu’elles n’ont pas vécu ni connu tout à fait les mêmes choses. Aussi, que les réactionnaires et les nostalgiques de tout poil soient rassurés : grâce à l’arlésienne « Notre Dame des Landes », en Loire-Atlantique tout le monde est logé à la même enseigne ! Car cela fait plus de 50 ans que chacun attend patiemment la construction d’un nouvel aéroport en terres nantaises. Et qu’enfin avance ce projet contemporain. Pour qu’il n’ait pas coûté pour rien.

 

Y a-t-il un aéroport pour l’avion ?

L’idée initiale était pourtant aussi limpide que simple. Deux des dix plus grandes agglomérations françaises, Nantes et Rennes, n’étant séparées que d’une centaine de kilomètres, il semblait judicieux de créer un grand aéroport commun pour ces villes, pas forcément au milieu, mais en tout cas quelque part entre les deux. Une fois le site de Notre Dame des Landes choisi, le projet a alors avancé à son rythme, décennie après décennie, à l’allure d’un escargot, prédestinant probablement les opérations du même nom à venir…

Un demi-siècle, donc, nous sépare à présent du démarrage du projet. Les changements de millénaire ou de majorité politique n’y ont rien fait : les travaux n’ont toujours pas démarré.

 

Prétextes, mensonges et idéaux

La faute à des recours incessants de riverains en quête de temps, et d’écologistes en quête de temps de parole. A tout ce petit monde est venu s’agglomérer des retraités nantais qui n’attendent plus rien de l’avenir, et qui ne sont donc guère soucieux de la modernité du projet, et des altermondialistes qui ont autant soif de lutte des classes que de bière blonde. Sachant que la longueur de leurs idées est inversement proportionnelle à celle des leurs cheveux...

Venus prêter mains fortes aux riverains, et dormant carrément sur le site du futur aéroport à la faveur d’obligations professionnelles et familiales visiblement inexistantes, les squatteurs attendent tranquillement l’affrontement avec les forces de l’ordres, lorsque ceux-ci viendront les déloger. Car les travaux doivent démarrer à l’automne, c’est acté. Mais pour le moment, pour le constructeur Vinci, c’est tout sauf une autoroute.

 

Notre drame d’Hollande

Face à cette situation au point mort, le Président de la République a donc eu l’astucieuse idée de proposer au peuple de trancher, via un référendum prévu pour la rentrée 2016, et ce afin d’accélérer le début des travaux (et accessoirement faire rentrer Emmanuelle Cosse au gouvernement).

François Hollande connaît pourtant le risque des référendums, dont on a souvent tendance à oublier le sujet initial, pour devenir une sorte de vote sanction vis-à-vis de celui qui l’a initié. 2005 et le traité européen sont passés par là bien sûr, et l’état d’exaspération dans le pays est par ailleurs tel qu’il est illusoire de penser que les ligériens iront voter simplement en pensant à l’intérêt réel d’un nouvel aéroport.

De plus, la multiplication des griefs envers le projet NDDL, aussi bien acceptables que totalement farfelus, entretiennent le flou quant à l’issue du scrutin. Si les sondages sont étrangement rares sur le sujet, la victoire du « oui » est loin d’être utopique, comme en témoigne une enquête pour France Bleu Loire Océan de janvier 2016 qui faisait apparaître 56% de « pour ». Tout ceci, bien sûr, en attendant la validation juridique du référendum, et la clarification de son étendue géographique (département, région…) 

 

Last action Ayrault

Alors, un vote autorisé ou pas ? Pour les habitants de Loire-Atlantique ou également des départements limitrophes ? Pour voter « oui » ou « non » ? Pour qui aime les équations à plusieurs inconnues, Notre Dame des Landes est un cas d’école, en attendant que l’avion, enfin, ne décolle.

Pour François Hollande, dont la candidature à sa propre succession l’an prochain prend chaque jour un peu plus de plomb dans l’aile, une victoire du « oui » resterait en tout cas comme un joli coup politique, et un bel hommage à son ministre Jean-Marc Ayrault, qui n’aura pas été étranger à cette affaire. 

Le « non », en revanche, mettrait probablement fin au projet d’aéroport autant qu'aux projets d’avenir du président, et serait la représentation la plus spectaculaire du fait que son quinquennat aura été un aller simple. Sans retour.

 

Gwendal Plougastel


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