Nouveau gouvernement : et si la semaine dernière avait été planifiée longtemps à l’avance ?

par Laurent Herblay
mardi 2 septembre 2014

Cette idée m’est apparue dès lundi dernier, quand François Hollande et Manuel Valls ont réagi de manière brutale aux déclarations relativement anodines d’Arnaud Montebourg. La semaine a été si intense et bien séquencée qu’on en vient à se demander si tout n’était pas planifié à l’avance.

Trop bien séquencé pour être honnête ?
 
François Hollande est connu pour son goût de la synthèse insipide qui contente tout le monde, mais pas vraiment pour son sens de la décision incisive. Là, quelques heures après les déclarations du vibrionnant ministre de l’économie, le gouvernement était démissionné. Le lendemain, mardi, la nouvelle équipe était annoncée. Le mercredi, Manuel Valls faisait un discours aux universités de rentrée du Medef où il s’est fait applaudir comme jamais « socialiste » ne s’était fait applaudir, alors même que les chiffres du chômage atteignent un tristement nouveau record. Jeudi, dans une interview donnée la veille du remaniement, Emmanuel Macron, le très libéral ministre de l’économie, se dit pour un assouplissement des 35 heures. Bref, le virage eurolibéral atteignait un nouveau sommet.
 
Mais l’incroyable séquence hebdomadaire se poursuit samedi puisque François Hollande avait convoqué un sommet des chefs de gouvernement « de gauche » pour appuyer sa demande d’assouplir à nouveau les objectifs européens de réduction des déficits publics, tenant un discours finalement peu éloigné, sur ce sujet, des propos reprochés à Arnaud Montebourg six jours avant. Le tout alors que le PS se retrouve pour ses universités de rentrée, dans un ballet subtil où les rebelles affirment leur différence sans franchir le rubicon et Manuel Valls récuse toute politique d’austérité, permettant à la majorité de traverser la fin de semaine sans trop de heurts. Cette succession de temps forts ressemble à une chorégraphie travaillée, d’autant plus que beaucoup de ces temps forts étaient prévus depuis longtemps.
 
Pourquoi une telle chorégraphie ?

En fait, l’impression que donne cette séquence où la majorité a confirmé plus que jamais son cap eurolibéral, au point de renvoyer les ministres qui le contestaient et d’aller se faire applaudir par le Medef tout en laissant s’exprimer une ligne contestatrice qui reste confortablement au bercail, c’est que Hollande et Valls cherchent à occuper un large espace politique qui va de la gauche socialiste à un centre eurolibéral. Car après tout, la position de l’aile gauche du PS est ambiguë : certes, elle a perdu 3 ministres mais elle conserve sa liberté de parole et surtout, n’a pas mis en danger ses précieuses investitures. Et pour l’Elysée et Matignon, cela permet de se droitiser tout en gardant une aile gauche, qui peut donner le change et donner l’impression qu’il est possible d’agir de l’intérieur plutôt que de l’extérieur.

Même si la ligne politique est une erreur magistral sur le fond, comme le démontre tous les chiffres publiés ces dernières semaines, et que, pire encore, la majorité persiste dans son erreur en étant incapable de remettre en cause le logiciel qui met la France dans une impasse depuis plus de 30 ans, comme l’a rappelé Jean-Pierre Chevènement sur Marianne, il ne faut pas sous-estimer l’effet du calcul politicien de Hollande. En effet, en assumant plus que jamais son cap eurolibéral, il pourrait bien mettre l’UMP dans une position difficile, en se plaçant trop près de son aile modérée pour qu’elle se distingue de lui, poussant donc l’ancien parti majoritaire vers une ligne plus droitière moins rassembleuse. Mieux, l’existence de son aile gauche peut lui permettre de limiter ses pertes sur son autre flanc.

« Fraise des bois  », « flamby  » : toute sa vie, Hollande a été sous-estimé. Même si je suis radicalement opposé à sa politique, qui mène le pays dans une impasse, je crains que la ligne eurolibérale tenue par un parti qui se dit socialiste ne sera pas forcément perdante pour 2017, aussi toxique soit elle.


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