Par Jupiter !

par olivier cabanel
vendredi 27 juillet 2018

Certains se prennent pour Napoléon, et finissent parfois leur vie dans un asile avec un entonnoir sur la tête...

D’autres se prennent pour Jeanne d’Arc, De Gaulle, le Messie, voire Dieu...

Et ce genre de lubies s’invite aussi dans le monde politique.

On s’en souvient, Emmanuel Macron s’était attribué le titre de Jupiter (lien)... le dieu des dieux... et récemment, en prenant sur lui toutes les conséquences de l’affaire Benalla, il s’est en quelque sorte donné « en sacrifice »... attitude apparemment très christique, mais finalement plus pour tenter d’éteindre l’incendie, incendie qu’il juge incident, que pour « payer » pour les autres, allant jusqu’à la provocation : « qu’ils viennent me chercher », sachant bien qu’il est justement intouchable. lien

Sauf qu’à la différence de celui qu’il veut prendre pour modèle, il a une nouvelle définition du mot « exemplaire » : en reconnaissant la faute, il continue d’affirmer que la république reste exemplaire.

Et il ajoute « la République exemplaire à laquelle je crois n’est pas pour autant une République infaillible  ».

Encore une application de son fameux concept « en même temps »... faillible et en même temps exemplaire.

Il reconnait aussi que Benalla a conservé son salaire malgré sa suspension.... vous avez dit « exemplaire » ? lien

Cerise sur le gâteau, une autre personnalité du gouvernement est à son tour prise dans la tourmente, Muriel Pénicaud.

Elle était déjà « témoin assisté » dans une affaire de favoritisme, lors du voyage présidentiel à Las Vegas.

Des magistrats ont demandé au procureur de Paris l’ouverture d’une information judiciaire...

En mai dernier, elle avait affirmé aux juges qu’elle ne connaissait pas Stéphane Fouks, vice-président d’Havas... or lors de la consultation des mails que la justice a saisi chez Havas, ils ont découvert un mail adressé par Pénicaud à sa secrétaire qui dit : «  j’ai rendez-vous avec Fouks, cela ne doit pas figurer à mon agenda, et cela ne doit pas se savoir  »...lien

Pas de chance, tout comme pour Benalla dont l’Elysée espérait vite que les bavures seraient oubliées, pour Pénicaud, c’est raté, là aussi.

Mais revenons aux noms... et notamment aux prénoms.

On peut en effet s’attarder sur l’origine du prénom Emmanuel... lequel vient d’Immanouel, que l’on peut traduire littéralement par « Dieu est avec nous ». lien

Encore plus amusant, on peut s’interroger aussi sur le nom de celui qui est à l’origine de tout, le fameux Benalla.

Un chroniqueur de France Inter s’est penché sur la question, faisant remarquer que, littéralement, Benalla signifie « fils de Dieu »...

Nous avons donc Dieu, avec Jupiter en personne, son fils, « Ben Allah »...il ne manque plus que le Saint Esprit pour clore la trilogie.

Quant aux apôtres, il ne doit pas être très compliqué de les trouver au milieu de la cour de ministre qui entoure ce Jupiter si christique, en se demandant : qui sera Judas ?

On pourrait aussi s’interroger sur une personnalité proche du pouvoir qui semble destinée à porter la poisse à ceux qu’elle fréquente et soutient : Aurore Bergé.

Après avoir soutenu mordicus un certain Nicolas Sarkozy, elle s’est faite plus tard l’avocate de Morano et de Coppé.

La chute de ce dernier l’a portée dans le camp de Fillon... dont on connait aujourd’hui la triste fin.

Après s’être rapproché de Juppé, elle est maintenant l’un des soutiens les plus actifs d’Emmanuel Macron...

Aujourd’hui, elle se veut aux côtés du président empêtré dans l’affaire Benalla, et l’avenir nous dira si la poisse continue. lien

Au-delà de toutes ces postures, ou impostures, de ces politiques qui veulent s’incarner dans les héros du passé, histoire de s’en attribuer les mérites, il faut tout de même revenir sur l’affaire Benalla, et tenter d’en comprendre les raisons, et donc l’origine.

L’affaire est venue au-devant de la scène grâce surtout à des vidéos, celles de passants armés de leur iPhone, mais aussi celle de caméras de surveillance.

C’est vers ces dernières qu’il faut se pencher.

Normalement, les bandes sont effacées au bout d’un mois, or bizarrement, celles concernant la Place de la Contrescarpe ont été miraculeusement conservées...

Si elles l’ont été, c’est qu’il y a peut-être de bonnes raisons.

Pour les comprendre, il faut savoir qu’une lutte fratricide existe depuis quelques temps entre différents services de gendarmerie, de police...

Il faut savoir aussi que le chef de l’état a un projet qu’il juge manifestement essentiel, la réorganisation de tout ce système policier.

Si l’on en croit le commandant militaire de l’Elysée, chargé de protéger les bâtiments, ainsi que le responsable du groupe de sécurité de la Présidence de la République, lequel veille sur le chef de l’état, le système actuel mérite une « optimisation », plus de « cohérence et d’efficacité ».

Il s’agirait donc de mettre en place un « secret service » à la française, une sorte de police parallèle, qui verrait le jour dès le début 2019.

Elle n’aurait de compte à rendre qu’à l’Elysée, tant pour ses missions, ses achats de matériel, et même ses recrutements.

C’est Patrick Strzoda qui a détaillé ce projet nommé DSPR (direction de la sécurité de la présidence de la république), avec bien sur le maintenant tristement célèbre Benalla à sa tête.

Faut-il voir une convergence de ce bouleversement dans la police avec le fait que, depuis janvier 2018, 200 chasseurs de l’Oise, assermentés par la gendarmerie, peuvent patrouiller dans les bois pour prêter main-forte aux forces de l’ordre ? lien

Le retour de polices parallèles donc ?

Il est vrai que l’on peut légitimement s’interroger lorsque l’on découvre, lors des manifs de Nantes, ou d'ailleurs, des agents cagoulés, sans matricules, impossible à identifier et qui avaient pour mission de réprimer durement les manifestants.

Quand on découvre comment, ce qu’il faut bien appeler une milice présidentielle, traite les journalistes dans cette courte vidéo, et on comprend un peu mieux le projet de Macron.

Cette DSPR devrait recruter des « barbouzes » auprès d’anciens cadres militaires, gendarmes, ou civils réservistes de la gendarmerie.

Bref, ce projet ne fait pas la joie des gendarmes, policiers, ou militaires, qui craignent du coup d’être privés de leurs prérogatives, et qui sont montés sur leurs ergots.

Si l’on en croit le « Canard enchaîné », généralement bien informé, un commissaire divisionnaires s’en est un peu ému : « Sarko les avait virés de l’Elysée ; depuis ils veulent leurs revanche  ».

Et un haut gradé de la gendarmerie d’ajouter : « ces flics sont vraiment paranos... ils sont capables de tout ».

Lorsque Éric Morvan, directeur général de la police nationale à découvert cette réforme voulue par le chef de l’Etat, la moutarde lui est montée au nez, et il s’en était plaint dans un courrier adressé au directeur de cabinet de Gérard Collomb, l’homme qui n’est pourtant au courant de pas grand-chose.

Pourtant, lors de son audition devant la commission sénatoriale, Éric Morvan a été bien plus mesuré... évoquant au sujet de Benalla : « un jeune homme qui a perdu les pédales, qui a eu la grosse tête, et qui s’est senti pousser des ailes en raison de l’administration prestigieuse dans laquelle il se trouve... », ajoutant : « cette sanction disciplinaires n’est pas une sanction clémente, ça n’est pas une suspension, mais une mise à pied  »... lien

Le cafouillage continue puisque Benalla vient de contredire Castaner, lequel affirmait que l’incriminé, dans le bus des bleus, s’occupait des bagages... « Pas du tout », vient de déclarer Benalla : « j’étais là pour la logistique, juste pour prévenir l’Elysée que tout allait bien... je ne m’occupe pas des bagages des joueurs ». « Il a semble-t-il tenté de prendre la main sur le dispositif de sécurité au détriment de la gendarmerie  » a expliqué Antoine Rondel, un journaliste de LCIlien

Voilà qui éclaire d’un jour nouveau toute l’affaire, et ses développements...une nouvelle guerre des polices en quelque sorte.

En conservant une vidéo qui incrimine l’homme que Macron avait choisi pour diriger cette officine de barbouzes, des hauts responsables n’ont-ils pas voulu torpiller discrètement le projet présidentiel ?

Comment cela finira-t-il ?

L’avenir nous le dira, car comme affirme mon vieil ami africain : « qui crache en l’air reçoit tout sur sa figure ».

Le dessin illustrant l’article est de Placide

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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