Peut-on échapper à une présidence Macron ?

par Laurent Herblay
mercredi 8 mars 2017

En novembre, je pensais encore que Macron n’était que la grenouille de la fable, et que sa candidature se dégonflerait à la fin de l’hiver, moment de la campagne généralement considéré comme critique pour la cristallisation de l’électorat. Avec Hamon, et surtout Fillon, contestés dans leur propre camp, il semble à date que tout soit réuni pour que l’ancien ministre de l’économie soit élu président.

 

Faux nouveau, en position centrale, dans un champ de ruine
 
Les derniers sondages sont très favorables à l’ancien conseiller et ministre de l’économie de Hollande  : son avance sur François Fillon au premier tour grandit (25% contre 20% selon l’Express), tout comme son score de second tour face à Marine Le Pen (58 à 62%). Et avec les dernières péripéties de la campagne de François Fillon, abandonné par une partie importante de son camp, dont on peine à voir comment il pourrait redresser sa campagne, le second tour peut sembler jouer dès aujourd’hui, même si le caractère complètement extravagant de cette campagne amène à être prudent : il y a 46 jours (la distance qui nous sépare du premier tour), il n’y avait pas encore d’affaire Fillon…
 
En outre, malgré le champ de ruine de cette campagne, et le caractère assez peu engageant des candidats des grands partis qui se succèdent au pouvoir, à peine 21% Français souhaitent la victoire de Macron, un score inférieur à Marine Le Pen. En somme, il profite bien davantage du champ de ruine politique de notre pays que d’un véritable attrait pour sa personne, ses idées ou son programme, si ce n’est sans doute au sein des classes supérieures dont il est le candidat. Emmanuel Macron, c’est avant tout un candidat qui a la chance de se lancer au bon moment, sans concurrent capable de rassembler les Français face à lui. Il peut même dire de grosses âneries, tout en restant le favori  !
 
Et il faut bien un contexte extraordinaire pour qu’un tel candidat soit en position de favori ! Son programme est dans la droite ligne de la politique de Hollande, qui a eu les résultats que l’on connaît, ne se différenciant que par une légère amplification du mouvement libéral-libertaire du PS. Cette collection de propositions plus dignes d’un sous-secrétaire d’Etat que d’un candidat à la présidence de la République, ne changerait pas grand chose. Et les mesures en faveur des classes populaires ne doivent pas faire oublier les mesures en faveur des entreprises (baisse de l’IS de 33,3 à 25%, alors que les profits sont au plus haut) ou des plus riches (réforme de l’ISF ou baisse de la fiscalité sur le capital).
 
En somme, la stratégie de Hollande pour 2017 pourrait fonctionner, au détail près qu’il n’a pu se représenter, mais en permettant à un de ses ministres d’espérer être élu. Bien sûr, il est désespérant de voir un tel personnage, Hollande en pire, dans cette position. Mais on peut se demander s’il ne s’agirait pas d’un mal pour un bien. En effet, si Macron était élu, ce serait un champ de ruine, entre un PS qui exploserait entre ceux, nombreux, qui rejoindraient la nouvelle majorité, et les irréductibles qui le refuseraient, et une droite qui serait laminée aux législatives. L’effondrement des deux partis qui dominent notre vie politique depuis trop longtemps, ne permettrait-il pas l’émergence d’une alternative ?
 

 

Bien sûr, Macron reste un des pires candidats, libéral-libertaire pro-patronat, communautariste méprisant à l’égard du pays qu’il prétend diriger, et je le combattrai. Mais on peut se demander si le coup de grisou de son élection ne permettrait pas, avec la déception qui viendrait rapidement, et le boulversement politique qui en suivrait, une recomposition favorable à un vrai changement.
 

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