Philippe De Villiers : retour peu cavalier

par Gwendal Plougastel
mardi 16 février 2016

Fort d’un succès considérable en librairie, Philippe De Villiers effectue un come-back médiatique remarqué. De plus en plus prisé, aussi bien par les Républicains que par le FN, le Vendéen ne cherche pour autant pas à revenir dans l’arène politique.

« Quand on est loin, on est toujours populaire » disait François Hollande en 2011 lorsque DSK l’américain caracolait en tête des sondages, peu de temps avant de ruiner sa carrière politique en raison d’un coup de braguette tragique. Philippe De Villiers, lui, n’est pas parti si loin, et a laissé à ses enfants les coups en dessous de la ceinture. La Vendée lui a servi d’exil après une carrière politique bien fournie. Et c’est par le biais d’un livre-événement que PDV s’est rappelé au souvenir aussi bien des lecteurs que des électeurs.

 

La stature de la liberté

Son opus, « Le moment est venu de vous dire ce que j’ai vu », a en effet eu un retentissement majeur, en s’écoulant à plus de 200 000 exemplaires, loin devant les cadors des Républicains Sarkozy, Fillon et Juppé (par pudeur, nous n’évoquerons pas les ventes du livre de Jean-François Copé). D’une manière générale, peu d’hommes politique peuvent se targuer d’obtenir un nombre à 6 chiffres en la matière. 

Dans le pamphlet en question, De Villiers s’adonne par écrit à son exercice habituellement favori à l’oral : faire un constat accablant du pays, tout en tirant à boulets rouges sur tout ce qui bouge, en particulier sur ceux qui nous gouvernent. Dégagé de toute obligation politique, il profite de sa pleine liberté pour disserter avec sa gouaille et ses bons mots habituels. Et écrit sur les murs pour dire que nous y allons tout droit.

 

Le prince du parc

Parallèlement à cette activité littéraire, le noble continue de s’occuper avec entrain de son bébé, sa plus belle œuvre, le Puy du Fou. Le « meilleur parc d’attraction du monde », selon plusieurs études d’outre-atlantique, constitue toujours une grosse partie de l’emploi du temps de l’ancien ministre. Investi totalement depuis sa création, Philippe De Villiers se projette toujours sur le long terme avec le parc, puisqu’il contribue à concevoir les animations 4 à 5 ans avant leur lancement effectif. En d’autres termes, c’est l’histoire de sa vie. Peu enclin à s’endormir sur ses lauriers, il préfère continuer à s’en tresser.

 

L’idole déjeune

Lauriers d’autant plus nombreux que le corpus idéologique de De Villiers, mis en mots dans son livre, a trouvé un écho particulièrement fort au sein de l’ensemble de la droite politique, des Républicains au Front National. Celui-ci semble être devenu une référence idéologique incontestable, bien plus forte que lorsqu’il exerçait encore un certain nombre de mandats. Maintenant que sa présence fait défaut, on aurait donc l’obligation de ne lui trouver que des qualités ? Ou alors serait-ce dû à une simple question d’époque, comme si la crise persistante et les attentats de 2015 collaient mieux au discours historique de l’homme de 66 ans, qui a toujours crié haro sur l’Europe technocratique et l’islamisation du pays ? En conséquence de quoi, les hommes politiques de droite dans leur ensemble voient en lui un visionnaire qu’ils rêveraient comme caution auprès d’eux. Une sorte de fakir capable de les faire traverser dans les clous.

 

Trop pesant pour vouloir peser ?

Pour autant, Philippe De Villiers ne sera vraisemblablement pas candidat à l’élection présidentielle de 2017. La politique, il a fait une croix dessus, et ce sans signe ostentatoire. Entre les dégoûtés et les dégoûtants, chers à Mélenchon, il a vite choisi son camp. Au sortir d’une expérience gouvernementale sous Balladur, il a pris tous les risques pour s’offrir une carrière solo, et deux candidatures à l’élection présidentielle. Mais ni en 1995 ni en 2007 il ne dépassa les 5% de vote. Pris en étau entre la droite et son extrême, ses candidatures restèrent avant tout de témoignage.

Les années 2010, avec leur torpeur généralisée, auraient davantage pu servir sa cause et faire son miel. Mais le Vendéen avait non seulement déjà tourné la page, mais même carrément fermé le livre. Désormais, il préfère plutôt en écrire. C’est probablement la tragédie des grands incompris de devenir une référence, seulement après avoir tiré leur révérence. 

 

Gwendal Plougastel


Lire l'article complet, et les commentaires