Pourquoi faire barrage au FN

par Laurent Herblay
mercredi 9 décembre 2015

Dimanche, les Français ont qualifié le FN au second tour dans presque toutes les régions, avec des chances significatives de victoire dans plusieurs d’entre elles. Comme toujours depuis que ce parti est fort, même si je respecte profondément le vote de ses électeurs et que certains seront peut-être surpris de ce choix, je persiste à penser qu’il faut lui faire barrage, sans le moindre état d’âme.

 
Un vote compréhensible et respectable
 
Comme lors des cantonales de 2011 ou de 2015, des présidentielles de 2012, et des européennes de 2014, je persiste à penser qu’il n’est malheureusement pas illogique qu’une part grandissante et forte des citoyens donnent leur voix à la PME politique de la famille Le Pen. En effet, il faut bien reconnaître que les politiques suivies depuis des décennies sont un désastre : chômage de masse, baisse du pouvoir d’achat, insécurité, baisse du niveau scolaire, disparition des services publics sont les points communs qui rassemblent le bilan des majorités qui se sont succédées. Pire encore, nos dirigeants, de droite comme de gauche, ne semblent se préoccuper que d’eux-mêmes, n’hésitant pas à faire des promesses dont ils savent qu’ils ne les tiendront pas (Hollande et la finance, lui et Sarkozy et le chômage).
 
Dans un tel contexte, et avec une quasi absence de croissance depuis 2008, il est plus que légitime que les électeurs cherchent une alternative. Une fois passé le soufflet centriste (plus du même), et avec une gauche radicale perdue dans ses contradictions, pour l’instant, n’émerge que le FN, qui a le bénéfice de l’antériorité, mais aussi du fait d’être instrumentalisé par le PS. Le rejet que suscite ce parti dans les élites est sans doute un badge d’honneur pour ses électeurs. Quand Pierre Gattaz, patron du Medef, qui râle encore après avoir obtenu des dizaines de milliards de baisse de cotisations sociales, le critique, cela est contreproductif. Pour toutes ces raisons, ce vote doit être écouté, compris et surtout respecté. Après tout, le Parti Socialiste et la droite dite de gouvernement ne l’ont pas complètement volé.
 
Mais un parti encore pire que les autres
 
Bien sûr, la rhéorique souverainiste, protectionniste, interventionniste et laïc du nouveau FN peut compliquer la compréhension de ma telle position. Mais, d’abord, je ne partage pas toutes les positions de ce parti, loin de là. Pourquoi refuser d’accueillir des étudiants étrangers, vecteurs d’influence pour notre pays, même si je suis d’accord pour viser un solde net proche de zéro ? Je ne partage pas non plus bien de ses positions sur les sujets de société, sa stigmatisation des immigrés (sans tomber dans l’angélisme). Bref, ce n’est pas parce qu’ll y a des points d’accord qu’ll faudrait le soutenir, d’autant plus que sur bien de ces points, il a bien varié dans le temps, restant ultralibéral jusqu’en 2010. Et le manque de maitrise de Marine Le Pen sur bien des sujets ne plaide pas pour lui faire la moindre confiance.
 
Pire, comme je le rappelais il y a 10 jours, il faut aussi voir qu’il y a au FN, outre les relents nauséabonds de l’extrême-droite, bien des pires comportements des partis qu’il dénonce. On peut rappeler ici à que Marine Le Pen se distingue depuis 11 ans par un absentéisme record au Parlement Européen : comment pourrait-elle assumer le rôle de présidente de région, à un an des présidentielles  ? Le FN est également pris dans des affaires qui rappellent Bygmalion. Et puis, on peut aussi noter la contradiction d’un Florian Philippot, laïc et républicain à Paris, mais défenseur du Concordat dans sa région, qui semble ainsi se comporter comme tous les politiciens de gauche et de droite qu’il ne cesse pourtant de dénoncer. Bref, pour moi, le FN, c’est le pire du PS et de l’UMP, l’extrémisme et la xénophobie en plus.
 

Voilà pourquoi, si j’étais dans une région où ce parti est en position de l’emporter, je n’hésiterais pas une seconde à apporter ma voix au parti le mieux placer pour le battre, parce qu’aussi mauvais soit ce parti, je pense, malheureusement, qu’il est sans doute significativement moins pire que le FN. Et aux gaullistes qui se posent des questions, je tiens à rappeler que le FN est l’antithèse du gaullisme


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