PS : Éléphants vs Nupes, la confusion totale

par Sylvain Rakotoarison
vendredi 20 janvier 2023

« Les militants ont donc reconduit Olivier Faure à la tête du parti socialiste. Les résultats définitifs seront proclamés à l’issue du vote des délégués du congrès de Marseille. » (Communiqué du PS du 20 janvier 2023).

Le congrès du PS à Marseille en janvier 2023 sera-t-il comme le congrès du PS à Reims en novembre 2008, lorsque Ségolène Royal revendiquait sa victoire face à Martine Aubry ? Probablement pas, car en 2008, il y avait un enjeu majeur, celui d'affronter en 2012 le Président sortant Nicolas Sarkozy avec des chances non négligeables de l'emporter au second tour (à l'époque, c'était Bertrand Delanoë qui avait le vent en poupe parmi les éléphants). En 2023, rien de tout cela, même si la confusion reste similaire. Dans la nuit du 19 au 20 janvier 2023, les deux concurrents socialistes ont en effet revendiqué leur victoire.

La situation ne pouvait donc pas être pire au parti socialiste au lendemain du second tour du vote de la motion et du premier secrétaire qui y est associé. Les 42 365 adhérents du PS étaient appelés ce jeudi 19 janvier 2023, de 17 heures à 22 heures, à départager le premier secrétaire sortant Olivier Faure, par ailleurs député de Seine-et-Marne, et le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, proche de Laurent Fabius.

Au-delà des personnes, c'était bien une vision de l'avenir, plus morose que rose, du parti à la rose qui s'affrontait : d'un côté, la soumission totale au chef des insoumis Jean-Luc Mélenchon (qui a gagné provisoirement son OPA sur la gauche en 2022) ; de l'autre côté, le retour des éléphants dans l'indécision, l'immobilisme et l'absence d'horizon politique à moyen terme. Il est sûr que c'était difficile pour les rares socialistes qui étaient restés fidèles à leur parti après les tremblements de terre de 2017 et de 2022.

Ce second tour a mobilisé à peine plus d'adhérents qu'au premier tour du 12 janvier 2023, à savoir un peu plus de 800 suffrages exprimés de plus que la semaine précédente (je ne peux évoquer que les suffrages exprimés car d'après les résultats officiels publiés actuellement par le PS, il n'y aurait eu aucun vote blanc ou nul pour ce second tour, au contraire des 241 au premier tour, ce qui peut d'ailleurs intriguer). Cela reste très faible, à savoir seulement 56,1% des inscrits (à comparer aux 54,2% du premier tour).

Le scrutin fut très serré, moins de 600 voix séparent les deux candidats. Olivier Faure a gagné avec 12 076 voix, soit 50,8% tandis que Nicolas Mayer-Rossignol, qui pensait être victorieux pendant le dépouillement nocturne, n'a obtenu que 11 683 voix, soit 49,2% des suffrages exprimés. C'est donc Jean-Luc Mélenchon qui doit se frotter les mains ce 20 janvier 2023 car son opération visant à phagocyter définitivement son ancien parti va pouvoir se poursuivre jusqu'à son achèvement. Ce n'est un secret pour personne de rappeler qu'Olivier Faure rêverait de succéder à Jean-Luc Mélenchon comme leader de la Nupes, mais il est bien le seul à rêver ainsi ; la dynamique présidentielle, c'est plutôt de faire un rêve collectif.



Quant aux éléphants, très déçus, dont on devine la proximité avec l'ancien Président François Hollande qui, ces derniers jours, s'épanchait sur tout et sur rien dans les médias, ils ont raté leur opération visant à reconquérir le parti socialiste pour redonner sa place de parti gouvernemental et responsable dans la perspective d'une élection présidentielle en 2027 très ouverte par l'impossibilité de nouvelle candidature du Président actuel Emmanuel Macron.

Le congrès qui entérinera ce vote, quatre-vingtième du nom depuis la création de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) le 25 avril 1905 dans une salle du boulevard de Strasbourg, à Paris, par la fusion du parti de Jean Jaurès et de celui de Jules Guesde, aura lieu la semaine prochaine, du 27 au 29 janvier 2023 à Marseille, ville que le PS a reconquise en juin 2020 sur la droite républicaine après vingt-cinq ans d'échecs électoraux.

La motion soutenue par Nicolas Mayer-Rossignol reconnaissait avec lucidité l'avenir sombre de ce parti : « Sans débat sur le fond, sans clarification politique, notre parti se divisera encore et, de départs en scissions, achèvera de se dessécher. (…) Notre tâche est de dégager un horizon réparateur et d’apporter des réponses à la colère, pas seulement de l’accompagner surtout quand elle est dévoyée et se trompe de cible. ». Tout y était dit.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
PS : Éléphants vs Nupes, la confusion totale.
Olivier Faure.
Le leadershit du plus faure.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Anne Hidalgo.
Le socialisme à Dunkerque.
Pierre Moscovici.


 


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