Quand Zemmour donne 2022 des airs de 2002

par Laurent Herblay
vendredi 26 novembre 2021

A première vue, l’idée peut sembler saugrenue, tant la percée de Zemmour a accentué l’avance de Macron au premier tour, et tant il a semblé affaiblir Marine Le Pen, qui a perdu son statut d’opposante inéluctable du président sortant. Mais bien plus que par l’incertitude sur la composition du second tour, par l’effet qu’il a eu sur les thématiques de campagnes, Zemmour affaiblit Macron.

 

Macron prend-il le chemin de Jospin ?

Et si la campagne de 2022 prenait des airs de celle de 2002 ? Alors, après cinq années au pouvoir, un homme trop sûr de lui, sous-estimant ses adversaires, pensant être dans le camp du bien, soutenu par bien des média, et appliquant à la lettre l’agenda oligarchiste d’une UE sous influence anglo-saxonne, avait perdu une campagne gagnée d’avance. Il était notamment tombé sur la question sécuritaire, et l’opposition du vote populaire à sa personne. Bien sûr, la situation n’est pas la même : Macron n’a pas une majorité désunie qui va présenter plusieurs candidats contre lui, il peut sembler avoir relativement bien traversé la crise sanitaire, et l’opposition qui lui fait face peut ne pas sembler représenter un vrai danger pour lui. Mais justement, parce que tout a été trop facile pour lui jusqu’à présent, 2022 est un piège.

Le premier piège, c’est une popularité finalement faible. Qu’il soit au-dessus de Sarkozy et Hollande au même stade n’est pas suffisant : le premier a été défait par le second sans enthousiasme, et ce second est devenu si impopulaire qu’il a été le premier président sortant à ne pas se représenter. De meilleurs sondages ne sont que modérément rassurants, d’autant plus que six français sur dix au moins continuent à exprimer un fort rejet de la personne et de sa politique, dont une moitié extrêmemement hostile. A contrario, les enthousiastes ne sont pas très nombreux, comme l’ont montré les élections municipales, puis régionales. Macron est dans la position paradoxale et dangereuse d’un sortant impopulaire pourtant favori par défaut, malgré le fort rejet qu’il suscite. Qui plus est, son avance devient mince au second tour.

Pire pour lui, la dynamique de la campagne place les sujets migratoires et sécuritaires en haut des préoccupations des Français. Il est assez incroyable d’entendre les candidats à la candidature LR faire un concours de propositions pour restreindre les flux migratoires, allant jusqu’à remettre en cause les règles de l’UE, pour 4 des 5 prétendants. Par delà le manque de cohérence avec le bilan 2002-2012, ils tiennent des propos que Marine Le Pen n’ose souvent plus tenir. Et si l’on en croit les sondages, le bloc à droite de Macron réunit près de 50% des sondés aujourd’hui. Et ce bloc est d’autant plus dangereux pour le président sortant qu’il est proche idéologiquement : maintien dans l’UE, à quelques règles près, oligarchiste économiquement et très clairement à droite sur l’immigration et la sécurité.

Et ces sujets sont de gros points faibles dans le bilan de Macron, qui, s’il utilise Darmanin pour tenter de se couvrir et essaie de durcir son discours, il reste clairement moins à droite que ce bloc, et que la population française plus globalement. Si ce sujet devient le facteur clé de l’élection, alors Macron pourrait bien être mis en minorité, qu’il affronte un candidat LR, Zemmour ou Marine Le Pen au second tour, car il apparaîtra toujours trop mou et faible sur ces questions. L’indistinction grandissante du groupe LR-Zemmour-Le Pen sur ces sujets est très dangereuse pour Macron car on peut penser que cela favorisera les reports, quel que soit le finaliste qui affronterait Macron au second tour. Les différences sont devenues très ténues sur ces sujets aujourd’hui, comme l’ont montré les débats de la primaire LR.

Bien sûr, officiellement, Macron est présenté vainqueur de Zemmour ou Le Pen, mais la marge est devenue très faible, et aussi négligeable que largement rattrapable alors qu’il reste cinq mois de campagnes. La question migratoire s’impose d’autant plus facilement que l’actualité charrie son lot d’informations suffisantes pour inquiéter, à juste titre, les Français, entre la frontière biélorusse ou les innombrables reportages sur les migrants qui traversent la Manche. Le bilan chiffré de la majorité est accablant sur la question. Bien sûr, la macronie espère probablement un bon report des voix qui se seront portés sur la gauche au second tour, mais la teneur de ce quinquennat, oligarchiste, autoritaire, amateur et prétentieux ne permettra qu’un report partiel de ces voix, même face à un adversaire très à droite.

Plus globalement, il faut se souvenir que les prévisions faites cinq mois avant le second tour ont une valeur très limitée tant elles sont généralement infirmées par la réalité. Voilà pourquoi Macron devrait se méfier, Et s’il ne le fait pas, ce qui est plus que possible, la surprise sera violente, le 24 avril, et pourquoi pas dès le 10, ce qui pourrait bien réjouir une majorité des Français…


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