Qui gagnera le Prix du Président de la République à l’élection présidentielle de 2017 ?

par Renaud Bouchard
lundi 28 novembre 2016

Il y eut comme un moment de flottement,
chacun d’eux hésitant au seuil d’un monde de possibles...

Des forces tectoniques très profondes, très puissantes vont balayer l'Europe et la France.

De F. Fillon à A. Juppé – on se gardera d'évoquer la mémoire des disparus qui de toute façon n'ont rien compris à la marche du pays -, ces compétiteurs donnent l'impression d'avoir oublié la vraie France, celle des discrets, des classes moyennes ou de ce qu'il en reste, pas exactement celle des barbours et des lodens ni même celle de cette famille heureuse et unie posant complaisamment devant une jolie maison sentant bon la France du bien-être matériel et de l'insouciance (photographie à laquelle il n'aura manqué en arrière plan devant le lierre de la façade de la gentilhommière, que la présence discrète et cossue d'une DS 21 pompidolienne de couleur noire aux chromes rutilants), cette France « périphérique », celle de tous ceux – jeunes et vieux – (23 millions ! Ce n'est pas rien !) qui n'ont pas voté mais voteront lorsqu'ils auront sous les yeux quelque chose et quelqu'un qui leur « parlera », auquel ils s'identifieront et dans lequel ils se reconnaîtront et qui les déterminera à faire un choix plus large que celui qui semble leur être proposé de manière inéluctable aujourd'hui. Un choix véritable. Leur choix. Un choix pour la France, pour toute la France, reposant sur des fondements solides et réalistes, des perspectives fiables et concrètes proposées, conduites et réalisées d'une main forte.

I- Ce quelqu'un, le 8ème président, qui sera-t-il donc en 2017 ou 2022 ?

Seuls quelques 4,2 à 4,6 millions d'électeurs ont en effet voté aux premier et deuxième tours alors que 44,6 millions de Français sont inscrits sur les listes électorales, soit à peine un pourcentage de 10% du corps électoral, loin d'être représentatif d'un second tour de présidentielle.

4,6 millions ont voté sur 44,6 millions d'électeurs inscrits, de telle sorte que l'on ne peut pas considérer que les électeurs de droite qui ne sont pas allés voter à la primaire, mais également ceux de gauche, de l'extrême-droite, de l'extrême-gauche, des centres et donc la masse de ceux qui sont loin des partis politiques n'existent pas pour autant. Qui peut en effet sérieusement imaginer, croire que leur vote ne comptera pas et que leur entrée sur la scène électorale ne se fera pas de la même manière que celle qui s'est produite au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et qui se produira peut-être prochainement en Autriche et en Italie, bouleversant une fois de plus tous les sondages et pronostics... ? Il y a là un côté presque méprisant envers le monde ordinaire qui n'est pas encarté politiquement et qui, voulant être à juste raison considéré, pourrait bien décider de prendre enfin en main ses intérêts en 2017.

Félicitations concédées par le vaincu, déclaration de rassemblement et main tendue du vainqueur après sa victoire aux élections primaires de la droite, les propos de la vedette du jour pourraient être ceux prononcés à l'issue d'un succès remporté lors de l'élection présidentielle de 2017. Mais il n'en est rien, car si pour certains aficionados l'élection présidentielle d'un jockey dont le cheval a remonté le champ de course jusqu'à doubler le favori semble s'être produite avec 5 mois d'avance sur le calendrier électoral, la réalité demeure toute autre avec l'obligation de remporter désormais le steeple-chase que représente le Prix du Président de la République qui sera couru en avril et mai 2017 !

La victoire de François Fillon à la primaire n'est donc jamais plus que la victoire au sein de la droite et des centres d'un candidat que ses électeurs ont souhaité distinguer comme étant à leurs yeux celui le plus à même de mener la bataille de la présidentielle. Quid du reste ?

L'élection présidentielle est en effet loin d'être acquise et ne se jouera pas sans les 90% restants du corps électoral qui ne s'est pas encore manifesté. La bataille des présidentielles demeure donc une autre bataille dont nul ne connaît l'issue car, s'agissant de stratégie politique, rien ne dit en effet que la gauche ne sera pas unie derrière un candidat tout comme rien ne prouve que le FN sera au second tour, voire même que l'électorat tout entier n'orientera pas ses références et son choix ultime vers une toute autre candidature, vers un tout autre candidat de droite. Aucune hypothèse, pas même la plus surprenante ou la plus inattendue qui soient, ne peuvent être sérieusement écartées en se fondant qur les seules perspectives issues du scrutin des Primaires dites de droite et du centre qui vient de s'achever.

Les deux tours de l'élection qui vient d'avoir lieu ont amplement démontré que les « candidats naturels » comme les « premiers de la classe » peuvent rencontrer de sérieuses déconvenues.

Cinq mois vont s'écouler au cours durant lesquels le président qui sera élu sera celui qui saura éviter de passer la France au laminoir en évitant une nouvelle erreur d'aiguillage pour un pays largement éprouvé.

II-Tout est donc encore à venir, à préciser, à parfaire, mais surtout à modifier tant sur le plan politique que programmatique d'ici le 7 mai 2017 :

-Plan politique, d'abord, avec la recomposition et le renouvellement de l'ensemble des acteurs d'un arc politique obsolète, tous ces élus désormais frappés d'amnésie, oubliant les amis subitement devenus infréquentables et qui, ayant senti le vent tourner, tentent de se remettre au plus vite en ordre de marche avec de nouvelles allégeances en faveur du vainqueur assorties de tout un catalogue de protestations de foi, de manifestations d'amitié, de soutien et de fidélité autant inoxydables que serviles.

-Plan programmatique, ensuite et principalement, avec un programme économique et financier inacceptable car tout empreint d'une sorte d'ordolibéralisme à la française dans lequel les éléments fondamentaux sont d'ores et déjà particulièrement critiquables s'agissant de la monnaie (l'Euro) et de l'engagement européiste qui ne sauraient précisément demeurer en l'état, sauf à envisager un échec garanti : les failles majeures du « programme » Fillon en quelque sorte, aussi inefficace que dangereux.

III-F.Fillon en retard d'une guerre ou le programme d'avant-hier ?

Qui saura en effet dire, expliquer et convaincre F. Fillon du danger mortel que représentent pour la France des intérêts qui s’affrontent autour d’un prix désormais exclu du marché : le taux de change ?

Qui saura lui démontrer que l'Allemagne veut préserver l’Euro dans son incomplétude car elle bénéficie d’un taux de change irréaliste et que la France, à l’inverse, est victime d’un taux de change qui la détruit et risquera de la faire disparaître même en temps que puissance moyenne si elle doit avec le pouvoir d’un nouveau président de la république se lancer dans le précipice de la dévaluation interne ?

Partisan d'une ligne économique « orthodoxe » qui prône l'équilibre budgétaire - car il ne peut y avoir selon lui de croissance économique solide sans la réduction préalable de la dette publique et des déficits budgétaires -, F. Fillon défend pour l'heure une politique qualifiée « d'austérité » que nombre de Français pensent nécessaire pour relancer l'activité et réduire le chômage.

Si en 2017 François Fillon est élu en France et Angela Merkel réélue en Allemagne, nul doute alors que l'axe franco-allemand redeviendra le moteur européen dont le carburant sera l'ordolibéralisme.

Pareille perspective est loin d'ête engageante tant il est aujourd'hui démontré que si l'ordolibéralisme allemand s'est révélé être une cage de fer pour l'Europe, ce même ordolibéralisme revisité pourrait bien devenir une cage d'acier pour la France dès lors que celle-ci se verra administrer une fois de plus, mais cette fois-ci avec les pleins pouvoirs, une thérapie économique qui procèdera plus du poison que du médicament.

L'intermède Hollande ne saurait en effet passer par pertes et profits (plus pertes que profits, soit-dit en passant) et éclipser le rôle de celui qui aura été durant cinq ans dans l'ombre de son chef – je dirige, il exécute – et qui aura donc, sauf à démontrer le contraire, mais alors pourquoi ne pas avoir démissionné plutôt que de souffrir durant cinq années ? le co-artisan sinon le co-auteur de ce bilan économique calamiteux aggravé par les socialistes, chaque faction ayant joué à l'essuie-glace droite-gauche, et prochainement gauche-droite.

La dette de 600 milliards est celle de N. Sarkozy et de son homme-lige F. Fillon. Et ce serait le même qui, de retour après deux quinquennats désastreux proposerait de servir un menu désormais concocté à sa propre sauce en ayant oublié le désastre économique dont il a été plus que témoin en exercant les fonctions de Premier ministre ?

Tous les ingrédients d'un échec prochain sont désormais présents avec le programme Fillon tel qu'il est aujourd'hui présenté, cette Ordnungspolitik à la française proposée au nom d'une politique de « reprise en main » dont il est déjà clairement établi que les premières mesures seront néfastes et ne feront qu'aggraver la situation actuelle.

On en trouvera la démonstration avec les analyses de J. Sapir et de J-C. Werrebrouck qui démontrent l'urgence de changer enfin de capp, ici http://russeurope.hypotheses.org/5446, et encore là http://www.lacrisedesannees2010.com/

On peut s'interroger légitimement sur le point de savoir si F. Fillon ne fait pas actuellement preuve d'une complète ignorance de ce qu'est un multiplicateur budgétaire. S'il savait ce dont il s'agit, son programme serait à coup sûr et de facto différent.

http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2013/01/23/cercle_63587.htm

http://www.gaullistelibre.com/2013/01/le-fmi-leve-le-pied-sur-lausterite-pas.html

http://www.latribune.fr/opinions/editos/fillon-un-schauble-francais-618448.html

D'où la question majeure qui se pose désormais de savoir qui sera ou qui pourrait être le 8ème président à même d'être choisi et élu en 2017 sur la base d'un programme économique réaliste, solide et viable ?Il n'est pas sûr que François Fillon fasse l'affaire, sauf à changer préalablement quelques paramètres économiques fondamentaux. Peut-être faudra-t-il l'y aider ?

 

Sources et références :

Analyses :

François Denord, Rachel Knaebel & Pierre Rimbert, Le révélateur grec. L’ordolibéralisme allemand, cage de fer pour le Vieux Continent, Le Monde Diplomatique, août 2015, pp.20 et 21

https://www.monde-diplomatique.fr/2015/08/DENORD/53518

http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2013/01/23/cercle_63587.htm

http://www.gaullistelibre.com/2013/01/le-fmi-leve-le-pied-sur-lausterite-pas.html

http://www.latribune.fr/opinions/editos/fillon-un-schauble-francais-618448.html

Voir les notes de J. Sapir postées sur le carnet RussEurope, le 28 novembre 2016, Sapir J., « La marche triomphale de F. Fillon ? »https://russeurope.hypotheses.org/5472, « François Fillon, clarté et incohérences », note postée sur le carnet RussEurope, le 22 novembre 2016, https://russeurope.hypotheses.org/5446 et Sapir J., « François Fillon, de Gaulle et Jean Monnet », note postée sur le carnet RussEurope, le 21 novembre 2016, https://russeurope.hypotheses.org/5440

Un bilan économique partagé :

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/election-presidentielle-2012/le-bilan-de-sarkozy/20120215.OBS1449/le-quinquennat-de-nicolas-sarkozy-en-5-chiffres.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/election-presidentielle-2012/le-bilan-de-sarkozy/20111228.OBS7659/le-bilan-de-sarkozy-les-francais-plus-pauvres-qu-avant.html

On réalise en relisant ces études réalisées en 2012 que les problèmes décrits, dont la responsabilité est alors imputée au quinquennat de N.Sarkozy, seront quasiment les mêmes -reproches compris-, que ceux aujourd'hui imputés à F.Hollande à l'issue d'un quinquennat tout aussi désastreux que celui de son prédécesseur.

Electeurs en France :

https://www.insee.fr/fr/statistiques/1379718

Multiplicateur budgétaire :

http://www.blog-illusio.com/article-le-multiplicateur-budgetaire-est-encore-plus-eleve-en-recession-que-nous-le-pensions-124680729.html

Walter Lippmann, Ayn Rand, Louis Rougier, Werner Schaüble, l'alchimie de l'ordolibéralisme de F. Fillon.

http://www.unige.ch/ses/socio/carnets-de-bord/revue/pdf/11_114.pdf

Propositions :

http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/12/propositions-pour-refonder-une-nation-ouverte-sur-le-monde.html

http://www.polemia.com/les-francais-ont-decoche-une-droite-avec-fillon-et-sils-cognaient-a-gauche-a-la-presidentielle/

http://www.noeud-gordien.fr/

http://jessescrossroadscafe.blogspot.fr/

Sur les primaires : anticonstitutionnelles

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1617441-un-president-candidat-a-une-primaire-c-est-contraire-a-l-esprit-de-la-constitution.html

10 mesures :

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2016/11/27/29006-20161127ARTFIG00196-les-10-mesures-de-francois-fillon-pour-redresser-l-economie-francaise.php?xtor=EPR-211

Varia :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/2013/09/09/francois-fillon-justifie-ses-photos-de-famille-dans-paris-match-de-son-manoir-de-solesme-315031.html

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1620752-fillon-vainqueur-de-la-primaire-de-la-droite-le-triomphe-du-catho-thatcherisme.htm

 

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