Redonner du pouvoir d’achat aux franšais, qu’ils disent…

par Michel DROUET
mercredi 26 septembre 2018

Il y a quelques temps - l’ancien monde, sans doute – c’est l’entreprise (ou l’Etat pour les fonctionnaires) qui assurait le maintien du pouvoir d’achat des salariés par le fonctionnement de l’économie et les impôts perçus. L’Etat introduisait par ailleurs des correctifs (allocations) afin de réguler le système.

L’Etat en première ligne

Désormais, c’est l’Etat qui semble assumer seul cette fonction de distribution de pouvoir d’achat, ce qui constitue un changement majeur dans la manière d’appréhender l’économie de marché, avec ses premiers de cordée.

Au passage, on remarquera que l’Etat, représenté actuellement par un gouvernement du « nouveau monde » veut « redonner » du pouvoir d’achat, ce qui laisse entendre, d’une part qu’il est désormais quasiment seul sur ce terrain et que d’autre part, il aurait les moyens de le faire.

Les entrepreneurs et les premiers de cordée aux abonnés absents

Le discours invariable depuis des décennies des représentants des entreprises personnalisé par la dynastie des Gattaz, notamment, aura fini par avoir raison des réticences. Notre actuel gouvernement – pro-business – a chaussé les bottes du précédent et déversera des milliards d’euros sur les entreprises (un peu plus de vingt pour 2019). Cela fait déjà plusieurs années que l’on cède aux sirènes de la « compétitivité » et que l’on dégrève là, des cotisations sociales ou encore qu’on verse des crédits impôts (le CICE) ou bien encore que l’on diminue l’impôt sur les sociétés, sans que cela produise d’autres effets que l’augmentation des dividendes des actionnaires et des rémunérations des dirigeants.

On se souviendra avec émotion du pin’s de M. Gattaz promettant un million d’emplois au début du quinquennat Hollande et de la suppression, par Macron, de l’ISF supposée relancer l’économie…

Tout se passe comme si les anciens et nouveaux riches, sans doute élevés dans les meilleurs écoles ou institutions de la République, payées par nos impôts, et très heureux de posséder une carte vitale avaient décidés que les demandeurs d’emplois n’avaient qu’à traverser et retraverser la rue pour trouver un boulot tout en continuant à profiter sans vergogne des cadeaux fiscaux que leur octroie généreusement et sans contreparties le gouvernement.

Très en vogue actuellement, les trusts, qui permettent l’évasion fiscale sans risque vers des pays où il fait toujours beau.

Donc, l’Etat est désormais le tôlier

Comme toute bonne petite entreprise, l’Etat fait donc des choix et communique afin que le bon peuple comprenne qu’en 2019, 6 milliards d’euros lui seront redonnés, ce qui laisse entendre qu’ils auraient été prélevés de manière presque indue.

Oui, mais, pour redistribuer 6 milliards, not’Président et son équipe de oui-oui se sont démenés, non seulement pour rouler la pelote de 20 Milliards pour les entreprises (voir plus haut) mais également pour racler les fonds de tiroir et piquer dans la poche de ceux qui ne sont pas bien en cour.

Au titre des fonds de tiroirs, on notera la baisse du nombre de fonctionnaires de Bercy, ce qui devrait réjouir le bon peuple, mais qui interroge tout de même quand on sait que l’évasion fiscale se chiffre à 100 Milliards d’euros, de quoi équilibrer le budget et redistribuer équitablement le reste.

Quant à ceux qui ne sont plus bien vus, on notera les non-actifs, c’est-à-dire les retraités qui vivent aux crochets de la société comme de vulgaires riches exonérés de l’ISF, les chômeurs qui font exprès de ne pas traverser la rue et vivent grassement avec les indemnités, les fonctionnaires qui sont trop nombreux, sauf au Ministère de l’Intérieur, et les bénéficiaires des aides sociales qui coûtent un pognon de dingue.

Donc, ce sont ces catégories qui sont priées de faire des efforts. Les uns se résignent devant la ponction de la CSG et la non revalorisation de leurs pensions, les autres se font marquer à la culotte pour vérifier leur réelle envie de travailler, et les derniers supportent le gel du point d’indice et la baisse des effectifs (y compris à l’Education Nationale et au Ministère du travail).

Cela fait du monde, entre les 14 Millions de retraités, les 5 Millions de fonctionnaires, les quelques millions au RSA, ceux qui touchent les APL et les 5 millions de chômeurs, une quasi majorité d’électeurs pour faire entendre leurs voix lors des prochains scrutins.

Les perdants et les perdants

Au jeu de qui gagne perd, ils sont nombreux à se considérer comme des nantis sans voir les 2 ou 3 % qui en haut de l’échelle leur crachent à la figure. Il y en a d’autres qui sont quasi consentants, aveuglés par leur pension de retraite mirifique à 1300 euros et qui se disent : « nous au moins on a la chance d’être retraités » ce qui augure bien de ce qui se passera pour les générations à venir ou encore ceux à qui on martèle, et qui finissent par le croire, qu’être fonctionnaire c’est un privilège.

Ce sont ceux-là qui sont appelés à se cotiser en se serrant la ceinture pour que les « Actifs » puissent enfin constater une augmentation artificielle de leurs revenus qui est déjà bien entamée par l’inflation, voire annulée par les hausses des carburants et autres taxes « écologiques » sur l’énergie.

Et ça marche : il n’est que de voir le ralentissement de l’économie depuis le début de l’année. Les gens consomment moins, ce qui est sans doute une bonne nouvelle pour la planète, mais un peu moins pour les charrettes de licenciés qui vont en découler.

A ce petit jeu du qui gagne perd, il y a ceux pour lesquels il n’y a pas d’autres alternatives en transport que le véhicule individuel ou bien le logement dans des passoires thermiques dans lesquels le compteur électrique poursuit sa course folle. S’ils ont la mauvaise idée de fumer et de picoler un peu, c’est la quadruple peine.

Et qu’on ne compte pas sur la suppression de la taxe d’habitation pour se refaire la cerise. A un moment ou un autre les communes devront faire payer leurs services aux habitants (crèches, maison de retraites) ou supprimer les subventions aux associations afin de boucler leurs budgets.

La misère a de beaux jours devant elle, mais il faut bien que les riches puissent vivre, n’est-ce pas ? 


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