Référendum : Cambronne sort des urnes
par Europeus
mardi 31 mai 2005
La France paie ainsi vingt ans d’hypocrisie de ses politiques sur les
questions européennes : l’Europe ? Une abstraction, tantôt source de
tous les maux, tantôt leur remède. Le Parlement européen ? Une
(siné)cure de jouvence pour recalés aux élections. L’élargissement ?
Souvenez-vous : l’occasion ratée d’une grande fête populaire. Bruxelles
? Le petit doigt derrière lequel se cachent nos dirigeants qui font
passer l’Union pour un repaire de technocrates qui décident de tout. Et
que dire des médias, qui découvrent l’Europe lors des seules élections
? Alors faut-il s’étonner du résultat ?
L’art et le manque de manière dont le camp du oui a géré la campagne
devrait aussi inciter à la modestie et conduire à des remises en cause.
Les partisans du oui se contentent au départ de parader mou - c’est oui
ou l’on n’a rien compris - remplis de morgue et perplexes quand le
peuple se rebiffe. On se gargarise du référendum espagnol où pourtant
seul un électeur sur trois a voté oui : un succès juridique mais un
échec démocratique. Et l’on croit déjà que tout est plié, méprisant les
adversaires qu’on croit retourner d’un simple chantage au oui. Le camp
du oui n’a eu de cesse de communiquer : beaucoup de moyens, peu
d’effet. Deux électeurs de moins de 25 ans sur trois auront même montré
leur manque de sensibilité aux beaux discours. Il faut au passage en
finir avec cette idée démagogique que l’Europe doit intéresser les
jeunes et seulement eux. L’éveil de la conscience européenne ne se fait
pas à coups de lâchers de ballons, de parterres de stars, de flonflons
de folklore moldave et de vieilles rengaines assénées par des
dinosaures fatigués pour lesquels l’Europe se résume à la paix.
En face, les nonistes auront su instrumentaliser le vote : montée du
chômage, des communautarismes et des peurs réelles des Français,
Turquie et perte identitaire pour la droite, dégradation sociale et
démocratique pour la gauche. Rappelons par exemple la cristallisation
symbolique sur le « plombier polonais », lequel viendrait « bouffer le
pain de nos Arabes », aurait pu dire Coluche. Un certain mérite revient
pourtant à la « gauche rebelle » d’avoir animé le débat référendaire
dans toutes les couches de la population, en surprenant les Français et
les médias, quand tous s’attendaient à un conventionnel « clivage
maastrichien », entre les souverainistes et les extrémistes,
traditionnels pourfendeurs de l’Europe, et les pro-européens.
Il y a désormais une « urgence civique » pour les politiques et les
médias à créer au jour le jour de la familiarité avec les sujets
européens au risque de voir la « fracture européenne » devenir plaie
béante. Les seules réponses pour le moment vont donner dans la
franchouillardise. Remplacer Raffarin ? On sait bien qu’un clou
chassera l’autre. Quant à l’Europe, tous les experts se sont accordés
pendant cette campagne pour dire que ce n’est pas Chirac qui pourrait
aller renégocier le traité en cas de non. Blocage jusque 2007 ? Le
processus de ratification va continuer dans les autres pays européens
et le traité de Nice s’applique jusque 2009, il y a deux ans de fenêtre
de tir pour revoir la copie et procéder à une nouvelle ratification.
Une démission du président permettrait de gagner du temps. « Putain,
deux ans ! » À défaut d’espérer du président une attitude gaullienne,
peut-on attendre de lui une « européenne attitude » ?
Stephen Bunard est directeur de la rédaction du magazine européen EuropePlusNet et vice-président France de l’Association des journalistes européens.